Une pétition pour combler le "fossé mondial de la douleur"

L’ONG Douleurs sans frontières demande à ce que le droit à la prise en charge de la douleur soit inscrit dans la Charte des Droits de l’Homme.

Une pétition pour combler le \"fossé mondial de la douleur\"
Une pétition pour combler le "fossé mondial de la douleur"

L’OICS, organe de l’ONU dédié à la question au contrôle stupéfiants à l’échelle internationale, a dressé début mars d’un constat accablant : celui d’un "fossé mondial de la douleur". D’un côté, les États-Unis et le Canada surconsomment les médicaments opiacés, avec des dizaines de milliers de décès annuels imputables à ces surdoses. De l’autre, les pays pauvres, où "des milliards de personnes n’ont, au mieux, qu’un accès limité aux médicaments [utilisés] pour la prise en charge de la douleur".

Dans ce contexte, l’ONG Douleurs sans frontières (DSF) appelle l’Assemblée Générale des Nations Unies à inscrire dans la Charte internationale des Droits de l’Homme le droit à la prise en charge de la douleur.

Il s’agit pour elle "de faire valoir le droit des peuples, quelque soit leur condition et leur culture, à disposer des moyens propres à prendre en charge la douleur, la souffrance et les symptômes de fin de vie". Un projet de résolution à soumettre au vote de l’ONU a été rédigé et diffusé sous forme de pétition, afin d’attirer l’attention de l’organisation internationale.

De nombreux freins à l'égalité d'accès aux soins palliatifs

"Il n’est plus admissible de constater l’inégalité entre des pays émergents en voie de développement et les autres nations", expliquent les porteurs de la pétition. "Les traitements de base, pas vraiment sophistiqués, même pas du tout comme l’aspirine, le paracétamol, la codéine ou la morphine suffisent dans la plupart des cas à soulager. Mais pour des considérations politiques, pour des freins médico-juridiques ou de réglementations tatillonnes, de nombreux patients souffrent et parfois meurent en silence ou dans des cris insupportables." Alain Serrie, président de DSF, rappelle qu’en Arménie "il n’y a pas d’opiacés : on y considère la morphine comme une drogue et un stupéfiant."

Voir aussi : 25 millions de personnes par an meurent dans des souffrances que la morphine pourrait éviter

"Dans les trois quarts des pays du monde, on ne prend pas en charge la douleur post-opératoire", poursuit Alain Serrie. "Pourtant, en 1961, la communauté internationale a adopté la convention unique sur les stupéfiants, dans laquelle elle déclarait que « les stupéfiants sont indispensables pour soulager la douleur et les souffrances », et demandait aux pays de prendre les mesures nécessaires pour garantir leur disponibilité à des fins médicales. Près de 60 ans plus tard, cette promesse demeure largement non tenue, en particulier dans les pays à faibles et moyens revenus."

Des enjeux moraux et économiques

L’enjeu de l’accès aux antalgiques est moral, mais également économique. "La douleur peut être si invalidante qu’elle interdit ou empêche toutes activités artisanales, agricoles, sociales et professionnelles pour celui qui souffre", fait valoir la proposition de résolution. "[La souffrance] devient une source d’exclusion supplémentaire et un facteur d’inégalité sociale". Les auteurs soulignent que le malade "n’est pas l’unique victime", son entourage devenant également "victime objective de la douleur, que ce soit la famille, l’entreprise ou le système de santé qui gère le malade".

"Ce n’est pas parce qu’il est né à Lagos, qu’elle est née à Erevan, Phnom Penh ou Maputo qu’elle doit être opéré à vif sans antalgiques ou mourir de son cancer dans des douleurs inhumaines", poursuit l’ONG.  Les cosignataires insistent sur le fait que la souffrance "ne peut plus se justifier par un quelconque mérite procuré par la résistance à la douleur, ni par la rédemption qu’apporterait une épreuve salvatrice. Elle ne saurait être vécue comme une fatalité."

la rédaction d’Allodocteurs.fr