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Reportage "S'il n'y avait pas eu cet accompagnement, je ne serais pas là pour vous en parler": au cœur d'une maison "Athos" qui accueille les soldats victimes de stress post-traumatique

Article rédigé par Agathe Mahuet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Christophe vient une semaine par mois dans cette maison Athos près de Bordeaux, et participe à différents ateliers. Ce jour-là, c’est cours de piano. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)
Le gouvernement prévoit la construction de plus de maisons Athos, des lieux de vie dans lesquels les anciens militaires victimes de stress post-traumatiques peuvent se reconstruire. Aujourd'hui il en existe quatre en France.

Réapprendre à vivre, après avoir vécu les traumatismes d’un terrain de guerre. Ils sont plus de 3 000 selon l'estimation du gouvernement : des soldats français porteurs de séquelles psychologiques liées à leurs missions en Afrique ou au Proche-Orient. Pour leur permettre de se reconstruire, le gouvernement présente mercredi 10 mai son "plan blessés", qui prévoit notamment d’augmenter le nombre de maisons dites "Athos". Dans ces lieux de vie, quelques dizaines de militaires soignent leurs troubles et reprennent pied grâce à des activités du quotidien. Pour le moment, il en existe quatre en France dont une à Bordeaux, où franceinfo s'est rendu.

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C’est un vieux bateau qu’ils rénovent à plusieurs sur ces chantiers navals, au bord de la Garonne. "On est en train de refaire l'avant de la cabine du bateau", explique Pascal, en plein ponçage, l’atelier qu’il a choisi depuis plusieurs semaines. "Ça me permet de sortir un peu la tête de l’eau, surtout", confie-t-il. Après 24 ans dans l’armée de terre et 16 missions à l’étranger, Pascal a perdu pied. "J'ai été exposé à plusieurs événements potentiellement traumatisants et il y a trois ans, j’ai été déclaré en syndrome post-traumatique. Certains de mes camarades qui ont fait exactement les mêmes missions que moi vont bien, ils n'ont pas de problème. Moi ça m’est tombé dessus", confie-t-il avant d'ajouter, hésitant : "S'il n'y avait pas eu cet accompagnement, je ne serais très certainement pas là pour vous en parler..."

Pascal a passé 24 ans dans l’armée de terre. Il a été diagnostiqué il y a trois ans avec un symptôme post-traumatique. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Permettre aux soldats de recréer du lien social

À quelques kilomètres de là, une maison baptisée "Athos", comme le mousquetaire résilient d'Alexandre Dumas, prend donc le relais des soignants et de l’hôpital. La structure aide ces anciens militaires à remonter la pente grâce à des sorties kayak, des ateliers artistiques ou travaux manuels. "Les lieux sont beaux et ça, ça a du sens", dit Pierre Knecht, le directeur. C'est un lieu de vie chaleureux, bienveillant où chacun a sa chambre, mais partage des espaces communs. 

"L'objectif est de recréer du lien, de les faire sortir de l'isolement et de vivre ensemble, explique Pierre Knecht. On retrouve du plaisir dans le collectif et dans le lien social." Ici, chaque blessé psychique vient à son rythme. "Ça va de celui qui arrive avec une petite boîte de cannelés ou de madeleines pour partager un café, et qui reste discuter pendant 20 minutes, une demi-heure, à celui qui passe la semaine complète et qui va enchaîner plusieurs semaines ... Avec cette obligation de décrocher le week-end pour que la maison ne devienne pas un lieu dans lequel on finit par s'isoler."

Pierre Knecht, le directeur de cette maison Athos, aime le symbole du tilleul couché devant la maison : un arbre tombé, mais qui, chaque année, fait encore des feuilles. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Pudiques sur ce qu’ils ont dû affronter sous l’uniforme, les anciens soldats trouvent ici plus qu’une épaule. "Dans le monde extérieur, il y a une incompréhension tellement énorme, témoigne Christophe, membre de la maison depuis deux ans. C'est un monde totalement parallèle ... Les seules personnes qui nous comprennent vraiment, ce sont nos camarades. Cette maison, c'est l'endroit où on est ce qu'on est." Christophe continue de venir ici une semaine par mois. Ses traumatismes de guerre l’empêchent encore parfois de prendre le train, ou d’aller faire des courses : "À une époque, je n'allais pas bien du tout, glisse-t-il. Le principal problème, c'est la foule, il y a aussi le fait d'être dans un endroit confiné."

"Quand vous êtes à la caisse du supermarché et qu'il y a une personne devant et une personne derrière vous, vous vous sentez piégé et vous finissez par lâcher les courses sur le tapis et partir en sueur avec une sensation d'oppression thoracique."

Christophe, ancien soldat

à franceinfo

Lui a réussi à retrouver du travail, en mécanique dans la fonction publique. Christophe est un modèle, dit de lui le directeur. "Ici, on décroche et on se détache totalement", dit-il en jouant quelques notes sur le piano de la maison. Mais il sait que tout est fragile. "C'est ce que nous dit Pierre : 'Ici, vous êtes membres à vie.' Ce n'est pas une guérison, tu n'oublieras pas ce qu'il s'est passé, mais tu peux apprendre à vivre avec." Pour que plus d'anciens militaires puissent faire ce cheminement, le gouvernement souhaite que dix maisons "Athos" comme celle-ci existent en 2030, en métropole et en Outre-mer. 

Le reportage d'Agathe Mahuet

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