Contraception : "Des jeunes ne veulent pas en entendre parler parce que c'est des hormones et que cela perturbe l'organisme", explique un gynécologue

Selon le professeur Israël Nisand, parmi les freins dans l'accès à la contraception, "la raison financière est présente, mais secondaire".

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Radio France
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Des plaquettes de pillules contraceptives de troisième génération. (Photo d'illustration) (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le professeur Israël Nisand, gynécologue obstétricien à l’hôpital Américain de Paris et professeur des universités à la Faculté de médecine de Strasbourg, a indiqué jeudi 9 septembre sur franceinfo qu'il y avait "des jeunes qui ne veulent pas entendre parler de la contraception" parce que "c'est des hormones et que cela perturbe l'organisme". Le gouvernement annonce la gratuité de la contraception pour les femmes de moins de 25 ans invoquant la précarité comme frein pour y accéder. Mais selon lui, "la raison financière est présente, mais secondaire".

franceinfo : Constatez-vous un recul de la contraception chez les moins de 25 ans ?

Israël Nisand : Il y a un recul de la contraception partiellement dû à son coût, mais également dû à l'ambiance antihormone et plutôt écolo. On a dit beaucoup de mal des hormones et il y a un vrai recul chez les jeunes de la contraception. Le refus de contraception ou le recours à des contraceptions non médicalisées, donc moins efficaces, est devenu beaucoup plus fréquent dans les cinq dernières années. La raison financière est présente, mais secondaire. Il y a des jeunes qui ne veulent pas entendre parler de la contraception. D'abord parce que c'est celle des mamans. Ensuite parce que c'est des hormones et que ça perturbe l'organisme.

Avez-vous du mal à les convaincre ?

On a du mal et on avait d'autant plus de mal que l'IVG est gratuite et que la contraception ne l'est pas. Il y a de plus en plus de jeunes qui ont recours à l'IVG quand elles ont une grossesse non souhaitée. Et ceci, à répétition, alors que la contraception n'était pas jusqu'à présent gratuite.

La précarité même si elle n'est pas la raison principale, selon vous, ne concerne pas essentiellement les 18-25 ans ?

Elle concerne surtout les 18-25 ans parce qu'on avait pas mal de jeunes qui avaient une gratuité jusqu'à 18 ans et qui, alors qu'elles étaient étudiantes, n'avaient toujours pas beaucoup de moyens, devaient prendre en charge leur contraception. C'est une vraie avancée que de rendre la contraception gratuite jusqu'à 25 ans. Mais bien sûr, la précarité concerne tout le monde et de plus en plus de monde. Il y a fort à penser que certaines femmes, en bout de plaquette [de pilules], n'ont pas l'argent, les quelques euros nécessaires, pour aller chercher une contraception et la continuer et que ceci est à l'origine d'un certain nombre de grossesses non souhaitées. Il y a des prises en charge, il y a des mutuelles, mais il n’y a pas mal de femmes qui n'ont pas de mutuelle, qui sont dans une très grande précarité. Il y a des possibilités actuellement de trouver des financements, mais je pense que les gens qui ont une aide médicale gratuite devraient avoir la possibilité d'avoir une contraception gratuite également.

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