Le phénomène de maltraitance des personnes âgées est "colossal", dénonce une association

Alors que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lance lundi une réflexion destinée à lutter contre la maltraitance en maison de retraite, le président de l'association des directeurs au service des personnes âgées dénonce sur franceinfo un problème "colossal".

Manifestation des salariés des Ehpad privés et publics devant l\'antenne du Val d\'Oise de l\'agence régionale de santé d\'Ile-de-France, le 30 janvier 2018.
Manifestation des salariés des Ehpad privés et publics devant l'antenne du Val d'Oise de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, le 30 janvier 2018. (MAXPPP)

Le phénomène de maltraitance des personnes âgées est "colossal" en France, constate lundi 19 février sur franceinfo Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Également membre de la commission de réflexion lancée aujourd'hui par la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn sur la bientraitance des personnes âgées et handicapées, il accuse les pouvoirs publics de ne pas respecter leurs engagements pour améliorer la prise en charge. Les personnels des Ehpad, prévoient, eux, une nouvelle grève le 15 mars pour dénoncer leurs conditions de travail.

Franceinfo : Quel est l'ampleur de ce phénomène de maltraitance en France ?

Pascal Champvert : Il est colossal, parce que la première maltraitance dans un pays comme le nôtre, c'est l'âgisme. C'est-à-dire la discrimination par l'âge, c'est-à-dire la dévalorisation de tout ce qui touche les personnes âgées et plus généralement le vieillissement. La deuxième maltraitance majeure, c'est le manque de temps passé auprès des personnes âgées fragilisées à domicile et en établissement. Et qui est responsable de cette deuxième maltraitance ? Évidemment, les pouvoirs publics.

Parce qu'il n'y a pas que les personnes âgées en Ehpad qui sont touchées par ce phénomène ?

75% des maltraitances ont lieu à domicile. Généralement, elles viennent des familles qui s'épuisent, qui elles-mêmes au fond sont maltraitées par la situation. Elles s'épuisent à aider les personnes âgées avec trop peu de moyens et d'accompagnement. Au fond, la maltraitance globale, c'est celle des pouvoirs publics qui imposent à des familles de s'épuiser ou à des professionnels à domicile ou en établissement à aller toujours trop vite par rapport au temps qu'il faudrait passer pour aider correctement les personnes âgées, et aussi d'ailleurs les personnes handicapées.

Qu'est-ce que vous allez proposer pour améliorer la prise en charge de ces personnes âgées ?

Au fond, nous demandons à l'État d'assumer simplement ce qu'il a promis. D'assumer de mettre en place un financement pérenne de l'aide à domicile, car aujourd'hui les structures d'aide à domicile courent toujours après des moyens qu'elles n'ont pas. Nous demandons aussi d'augmenter le nombre de personnel en établissement comme à domicile. L'État s'était engagé à ce qu'en 2012, il y ait entre 8 et 10 professionnels pour 10 personnes âgées. Aujourd'hui on est à peine à 6 pour 10. Donc il faut que l'État tienne juste les engagements pris devant les personnes âgées, les familles et les professionnels.