Une médecin généraliste à l’écoute des migrants

Brigitte Tregouët est engagée depuis près de vingt ans aux côtés des personnes étrangères arrivées en France après un parcours de migration souvent difficile. 

Brigitte Trégouët est médecin généraliste à La Roche-sur-Yon. Depuis près de 20 ans, elle soigne des personnes sans papiers vivant dans cette ville vendéenne. Des migrants au parcours douloureux qui tentent de reconstruire leur vie dans cette commune d’environ 53 000 habitants.

"J’ai fait des certificats de coups et blessures c’est des descentes aux enfers" rapporte la médecin, qui entend régulièrement des récit de tortures. Quand certains fuient la dictature, d’autres tentent de survivre à la guerre ou d’échapper à la misère.

Lire aussi: Santé des migrants : quelle prise en charge ?

"On reçoit du dynamisme"

Pour le Dr Trégouët, les aider est un devoir. "Quelquefois on me dit, la fameuse phrase, 'on ne peut pas recevoir toute la misère du monde'. Mais quand on reçoit des migrants précaires, on ne reçoit pas seulement de la misère. On reçoit du dynamisme. Quand les gens sont venus à pieds de l’Afghanistan,  on se dit que ce sont des gens qui ont la niaque. Donc on reçoit leur dénuement mais leur énergie aussi", souligne Brigitte Trégouët.

Les patients qu’elles reçoit sont dans des situations très diverses. Certains sont en France depuis plus de 15 ans, d’autres ne sont arrivés dans notre pays que depuis quelques mois. Ils arrivent parfois en consultation accompagnés d’une interprète et/ou d’une assistante sociale spécialisée dans les demandes d’asiles.

Une consultation transculturelle

Lorsque les traumatismes de l’exil semblent insurmontables, le docteur Tregouët oriente les migrants vers une consultation transculturelle. Encadrées par des psychologues, anthropologues, éducateurs ou interprètes, ces séances se concentrent sur les violences endurées dans le pays d’origine des patients ou lors de leur épopée migratoire. Ces consultations, en groupe, visent à sécuriser le patient et permettent aux thérapeutes de mieux recevoir des récits éprouvants. "On touche souvent à des choses qui même pour des thérapeutes sont particulièrement difficiles à entendre. C’est là où le travail en groupe montre toute son utilité. Et on y trouve appui, compétences et on peut partager toutes ses difficultés qui sans cela seraient parfois particulièrement lourdes à porter", explique le psychologue patrice Rodot, membre de l’association qui organise cette prise en charge, l’ACSSIT.

Au fil des mots, les thérapeutes tentent d’apprivoiser la douleur, toujours à la lumière d’un éclairage culturel. "A partir du moment où on évoque des choses du pays relatives à la culture, il peut y avoir des éléments qui vont échapper au psychologue, aux thérapeutes. Cela va se voir dans les manières de faire, de se vêtir, de s’asseoir, de parler, les expressions, l’humour (… ) qu’on pense très personnels mais qui sont en fait enracinés dans notre culture. L’anthropologue peut donc permettre de faire le lien", détaille catherine Thomas, l’anthropologue qui assiste à ces séances.

Pour ceux que cette prise en charge intéresse, le docteur Trégouët la raconte dans un livre : Mais qui sont les ces migrants qui débarquent dans notre petite ville ?, paru en janvier dernier aux éditions Broché.

Une médecin généraliste à l’écoute des migrants
Une médecin généraliste à l’écoute des migrants