#KuToo : le mouvement des Japonaises contre l’obligation à porter des talons

Un mouvement japonais né sur Twitter milite pour laisser la liberté aux femmes de porter des chaussures plates sur leur lieu de travail. Une telle mesure mettrait fin à l’injonction sexiste des talons hauts dans les entreprises nippones.

#KuToo : le mouvement des Japonaises contre l’obligation à porter des talons
#KuToo : le mouvement des Japonaises contre l’obligation à porter des talons (Crédits Photo : © Jason Hargrove on VisualHunt / CC BY-NC  )

Talons plats ou talons hauts ? Au Japon, où le port de chaussures à talons est souvent une obligation pour les travailleuses en entreprise, un vent de révolte féministe se soulève.
Tout commence en janvier 2019 lorsque l’actrice et mannequin Yumi Ishikawa publie un tweet dans lequel elle s’indigne contre les patrons qui exigent que leurs salariées portent des talons hauts. "J’aimerais me débarrasser un jour de la coutume selon laquelle les femmes doivent porter des talons et des escarpins au travail. Quand j’étais hôtesse pendant un mois à temps partiel, je ne pouvais plus utiliser mes pieds à force de porter des talons hauts et j’ai arrêté ce travail." y raconte-t-elle.

"Si les femmes avaient le droit de porter de chaussures plates, nos emplois seraient moins inconfortables" écrit-elle également, avant de ponctuer ses propos par le mot-clé #KuToo. Ce terme, inspiré par le mouvement #MeToo, fait également référence aux termes japonais kutsu ("chaussures") et kutsuu ("douleur"). Le tweet devient rapidement viral : il comptabilise plus de 68.000 "likes" et des milliers d’autres tweets reprennent ce "hashtag".

Mettre fin à l’injonction sexiste des talons

Les femmes y expriment le mécontentement, l’humiliation et même les blessures liés à cette obligation. Comme plusieurs d’entre elles le rappellent, le #KuToo n’aspire pas à bannir les talons hauts mais espère ouvrir suffisamment les esprits pour laisser le choix aux femmes de porter, si elles le souhaitent, des chaussures plates sur leur lieu de travail.

"J’aimerais vraiment ne pas avoir à porter de chaussures à talons pour ma recherche d’emploi. Pourquoi les femmes sont-elles obligées de le faire ? À cause de mon hallux valgus et d'une voute plantaire assez large, j’ai facilement mal aux pieds. Cinq minutes de marche depuis Shinosaka et voilà dans quel état je suis. En sang. Ce n'est pas normal de me forcer à porter ces chaussures. En quoi cela fait-il partie des bonnes moeurs ? Ce n’est pas bon pour la santé !"

"Combattante" par la dessinatrice japonaise Rika Asakawa

Face au succès de son tweet, Yumi Ishikawa a voulu poursuivre son action. En février, elle lance donc une pétition sur le site Change.org adressée au ministère nippon de la santé, du travail et des affaires sociales. Ce texte, qui réclame des mesures concrètes pour ne plus forcer les femmes à porter des chaussures à talons au travail, a aujourd’hui réuni plus de 17.000 signatures.

En 2016, au Royaume-Uni, Nicola Thorpe, également comédienne, avait exprimé la même revendication dans une pétition similaire après avoir été licenciée pour avoir refusé de porter des talons hauts. Le mouvement qu’elle avait lancé avait abouti à la mise en place d’une commission parlementaire visant à améliorer les codes vestimentaires pour les femmes au travail.
Car en France, comme au Japon et au Royaume-Uni, un employeur a le droit d’imposer une tenue vestimentaire particulière à ses salariés et d’interdire d’autres vêtements. En pratique, cette obligation peut donc concerner les talons, le maquillage et les jupes pour les femmes, malgré le caractère sexiste que prend alors cette injonction.

Un réel problème de santé

En plus de cette discrimination, l’obligation du port de talons hauts pose de réels problèmes de santé. Des chaussures trop hautes peuvent en effet être à l’origine de blessures au niveau de la cheville et du pied en lui-même, le plus souvent des entorses ou des tendinites. Et, sur le long terme, les genoux, le dos, la colonne vertébrale, le nerf sciatique et même le cou peuvent être impactés.