VIDEO. "Le but de cette plainte, c'est de dire 'stop'" : des proches de victimes de la chimiothérapie au 5-FU mettent en cause les autorités sanitaires

Quatre familles de patients ont déposé plainte contre X, lundi. Leurs proches sont morts ou ont gravement souffert des effets secondaires du 5-FU, une chimiothérapie essentielle et très utilisée. Aujourd'hui, elles reprochent aux autorités sanitaires de ne pas avoir recommandé plus tôt un test qui aurait permis de déceler leur sensibilité à ce traitement.

FRANCEINFO

"Je ne me remettrai jamais du décès de mon épouse. On a toujours été ensemble, on se connaissait depuis l'âge de 2 ans." Cela fait plus de deux ans que Roselyne, la femme d'Alain Rivoire, est morte des suites d'une intoxication à sa chimiothérapie, le 5-FU. Depuis, cet ancien ingénieur et docteur en chimie à la retraite se bat. Il a même créé l'Association de défense des victimes du 5-FU pour faire connaître les risques liés à ce traitement et accompagner les familles.

Lundi 4 février, des plaintes contre X pour homicide involontaire, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui ont été déposées par des proches de trois personnes décédées et d'un homme qui a souffert gravement de cette toxicité. Ces familles reprochent aux autorités sanitaires de ne pas avoir recommandé plus tôt un test qui aurait permis de déceler leur sensibilité à ce traitement, selon leur avocat, Vincent Julé-Parade. Ces plaintes ont été déposées au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris.

"Il ne fallait absolument pas la traiter au 5-FU"

Contacté par franceinfo, Alain Rivoire a raconté le calvaire vécu par son épouse après le traitement choisi par l'oncologue pour lutter, en 2015, contre la récidive d'un cancer dépisté en 2005. "Au bout d’une semaine, elle a commencé à avoir des rougeurs au niveau du visage.On nous a baladés, baladés. Son état a empiré comme c’était pas possible. Ça coulait du sang de sa bouche, toutes ses muqueuses se dégradaient", raconte-t-il.

En septembre 2016, Roselyne Rivoire a fini "par décéder dans des douleurs atroces". Un test fait après sa mort a révélé que la patiente était intolérante à la molécule. "Il ne fallait absolument pas la traiter au 5-FU", clame Alain Rivoire. Or, ce test aurait pu être réalisé avant le traitement. "Les connaissances scientifiques permettaient de longue date de mettre en place un dépistage qui aurait permis d'éviter ces drames", plaide son avocat à l'AFP. 

Les médicaments en cause sont à base de 5-fluorouracile, dit 5-FU, ou de son précurseur, la capécitabine. Le 5-FU, utilisé depuis plus de cinquante ans, est un anticancéreux essentiel, parmi les plus utilisés en chimiothérapie, seul ou associé à d'autres anticancéreux. Le 28 février 2018, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recommandé le dépistage. Et, le 18 décembre, l'Institut national du cancer et la Haute Autorité de santé (HAS) ont recommandé la réalisation systématique d'une des deux méthodes de dépistage, "pour prévenir certaines toxicités sévères" des chimiothérapies par 5-FU.

"Roulette russe"

Alain Rivoire espère briser l'omerta qui règne dans ce dossier. Il accuse les médecins de les avoir "méprisés". "Ils disaient qu'on ne comprenait rien du tout, souffle-t-il, or en fait, on comprenait trop ce qui se passait." Son avocat s'interroge sur l'inaction des autorités sanitaires. "Pourquoi a-t-on accepté de jouer à la roulette russe avec des centaines de patients ?" s'indigne-t-il.  

"C'est une affaire de santé publique, une affaire de masse", ajoute l'avocat, qui estime à "des dizaines voire des centaines" le nombre d'accidents toxiques. Avec ces plaintes visant la responsabilité des autorités publiques et sanitaires, Vincent Julé-Parade entend "jeter un pavé dans la mare" et "éviter de nouvelles victimes". "Le but de cette plainte, c’est de dire 'stop'. Le but d’une chimio, c’est de sauver des vies, ce n’est pas d’en supprimer."

Au département d\'oncologie de la clinique Francheville à Périgueux (Dordogne), le 20 octobre 2016.
Au département d'oncologie de la clinique Francheville à Périgueux (Dordogne), le 20 octobre 2016. (BURGER / PHANIE)