"Près de 4 000 médicaments" en rupture ou en risque de rupture en France, annonce le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine

L'amoxicilline et la cortisone font partie des médicaments touchés par la pénurie. Il y a des ruptures ponctuelles et d'autres "qui s'inscrivent dans la durée et là, ça devient dramatique", estime jeudi le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
"Près de 4 000 médicaments" en rupture ou en risque de rupture à la date du 26 octobre 2023 (photo d'illustration). (MARTIN ROCHE / MAXPPP)

Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) et pharmacien à Plombières-lès-Dijon en Côte-d'Or, annonce jeudi 26 octobre sur franceinfo que "près de 4 000 médicaments" sont aujourd'hui en rupture ou en risque de rupture en France. Parmi ces médicaments, on retrouve des antibiotiques, ou encore des antidiabétiques. Selon lui, la relocalisation de la production de certaines molécules pourrait, en partie, régler le problème.

franceinfo : Les pénuries touchent quels médicaments en ce moment ?

Pierre-Olivier Variot : En ce moment, l'amoxicilline, qui est un antibiotique très prescrit, mais il y a aussi la cortisone, ce sont des médicaments de l'hiver. Énormément de médicaments comme des anti cancéreux, des anti hypertenseurs, des antalgiques, des antidiabétiques. On est à près de 4 000 médicaments [en rupture ou risque de rupture] aujourd'hui. On a des ruptures ponctuelles, qui vont durer un mois, deux mois, certaines peut-être plus. Mais on a aussi des ruptures qui s'inscrivent dans la durée et là, ça devient dramatique.

Par rapport à l'an dernier, à la même époque, on se situe comment ?

Par rapport à l'ensemble des molécules, on est à peu près pareil, mais ce ne sont pas forcément les mêmes. Par rapport à l'amoxicilline, il y a un grand paradoxe. L'ANSM nous dit qu'il y a entre trois et cinq mois de stock chez les industriels. Les grossistes, qui sont l'intermédiaire entre les grossistes et les pharmacies, n'ont pas de stock, et les pharmacies ont des stocks très très variables. Donc il y a une grosse disparité au niveau de l'approvisionnement et ce n'est pas normal que les industriels fassent des stocks. Il faut qu'ils soient libérés au plus vite de façon à être présentés dans les officines.

Vous notez les mêmes manques en France ou il y a des disparités entre les régions ?

Globalement, ce sont les mêmes partout, mais il se peut qu'une officine ait encore du stock parce qu'elle ne l'a pas encore dispensé, mais elle ne pourra pas en recommander une fois qu'elle l'aura dispensé.

Pourquoi on en est là depuis le Covid ? La demande mondiale est trop forte ? On est trop dépendants de la Chine qui préfère garder ses médicaments qu'elle produit ?

C'est un peu tout ça, mais cela a commencé un peu avant le Covid, cela fait dix ans qu'on commence à voir des pénuries. La première raison, c'est quand il y a une inadéquation entre la production et les besoins. Typiquement, c'est ce que l'on a connu l'an dernier avec le paracétamol. Cela peut être aussi quand un médicament ne passe pas un test, cela veut dire que tout un lot va être retiré. Mais il y a aussi, et là, je n'ai pas d'explication, une partie des médicaments qui s'évapore, qui disparaît, entre l'industriel et l'officinal, et là, je ne sais pas où ça va, et personne n'a la réponse. On n'arrête pas de poser la question à l'Agence du médicament, pour mettre de la transparence dans le circuit.

Au mois de juin, Emmanuel Macron annoncé la relocalisation de la production d'une cinquantaine de médicaments essentiels, est-ce-que cela peut nous sortir de la crise ?

Cela nous sortira vraisemblablement de la crise, mais que pour ces médicaments-là. Mais effectivement, la relocalisation et le fait qu'on ne soit pas dépendants d'autres nations pour la production de médicaments essentiels, c'est fondamental.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.