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"Peut-être que certains vont décéder du fait de ce retard" : face à la pénurie de tests de dépistage du cancer colorectal, les médecins tirent la sonnette d'alarme

L'Assurance-maladie a lancé un appel d'offres l'an dernier, mais il a été contesté par plusieurs fournisseurs. L'affaire est actuellement dans les mains du Conseil d'État mais sur le terrain la pénurie guette et pourrait avoir de lourdes conséquences pour près de 16 millions de Français.

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Un kit de dépistage du cancer colorectal, le 21 avril 2019. (THIERRY GACHON / MAXPPP)

C'est le deuxième cancer le plus meurtrier en France. Chaque année, le cancer colorectal emporte 18 000 personnes. Dans 9 cas sur 10, il peut être guéri s'il est dépisté et pris en charge assez tôt. Tous les Français âgés de 50 à 74 ans reçoivent ainsi tous les deux ans une invitation à venir retirer un kit de dépistage chez le médecin ou le reçoivent à domicile.

Pourtant, il est aujourd'hui difficile, voire impossible, de trouver des tests de dépistage de cette maladie. "En Pays de la Loire, en PACA, en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, il n'y a plus de tests", alerte le gastro-entérologue lyonnais Thierry Ponchon. En conséquence, le président du centre de dépistages des cancers en Auvergne-Rhône-Alpes explique "ne plus pouvoir fournir les médecins généralistes".

Les médecins généralistes n'arrêtent pas de nous appeler pour avoir des tests mais on n'en a pas.

Thierry Ponchon

à franceinfo

Le marché des tests de dépistages aurait dû être renouvelé depuis le 1er janvier. L'Assurance-maladie a lancé un appel d'offres l'an dernier, mais il a été contesté par plusieurs fournisseurs. Après divers recours en justice, l'affaire est en ce moment dans les mains du Conseil d'État. En attendant, aucun nouveau test n'arrive dans les cabinets médicaux, alors que ces dépistages à réaliser chez soi concernent près de 16 millions de Français.

Près de huit millions d'invitations sont envoyées par an. Face à cette problématique, "depuis maintenant deux ou trois mois dans chaque structure régionale, on a arrêté d'inviter les personnes", explique le professeur Thierry Ponchon. Cette décision a pour but d'"éviter que les personnes aillent voir leur médecin généraliste pour demander un test qui n'existe pas", poursuit le président du centre de dépistages des cancers qui trouve cela "triste".

Des dépistages plus tardifs

Tous les mois, plus de 800 cancers colorectaux sont habituellement détectés. Ce n'est plus le cas maintenant. Un retard de diagnostic est pris et c'est alarmant pour le professeur Thierry Ponchon "Ce sont des personnes que l'on va détecter plus tard que ce que l'on aurait pu faire grâce au dépistage organisé. Peut-être qu'un certain nombre d'entre eux, on va les détecter trop tard."

Ce dépistage trop tardif aura des conséquences directes pour certains, selon le gastro-entérologue : "Peut-être qu'ils auront besoin d'une chirurgie alors qu'ils n'en auraient pas eu besoin. Peut-être qu'ils auront besoin d'une chimiothérapie alors qu'ils n'en auraient pas eu besoin ou peut-être, malheureusement, certains vont décéder du fait de ce retard au diagnostic."

L'Assurance-maladie reconnaît que certaines régions manquent de tests. Elle assure qu'elle va faire en sorte de répartir les stocks restants dans les régions où il en manque en attendant que la situation judiciaire avec l'appel d'offre des nouveaux tests soit réglée.

Reportage de Solenne Le Hen - 0
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