Pénurie d'amoxicilline : quatre questions sur les tensions d'approvisionnement autour de cet antibiotique

Certaines versions de ce médicament se raréfient en pharmacie ces derniers mois. L'Agence nationale de sécurité du médicament a annoncé mardi que des livraisons sont en cours.
Article rédigé par Florence Morel
France Télévisions
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Un flacon d'amoxicilline, le 15 novembre 2023 à Ordiarp (Pyrénées-Atlantiques). (QUENTIN TOP / HANS LUCAS / AFP)

L'amoxicilline se fait rare depuis l'automne dans les pharmacies. L'antibiotique le plus prescrit en France est particulièrement difficile à trouver en officine dans sa version buvable. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui reconnaît des "difficultés importantes", a demandé, mardi 26 décembre, aux industriels de "mettre immédiatement à disposition des grossistes-répartiteurs [les intermédiaires entre les fabricants et les officines] la majeure partie de leurs stocks". L'ANSM a par ailleurs annoncé que des livraisons sont " en cours" chez ces grossistes-répartiteurs, lesquels "s'assureront d'une répartition équitable de celles-ci sur le territoire". Franceinfo fait le point sur la situation en répondant à quatre questions liées à la pénurie de ce médicament.

1 Quel est l'état des stocks ?

Depuis cet automne, l'agence de sécurité du médicament, mais aussi les associations de patients et les pharmaciens eux-mêmes, constatent que l'amoxicilline est absente de certaines officines. L'ANSM relève qu'au vendredi 22 décembre, la situation était tendue au niveau des grossistes, qui se chargent de répartir les commandes dans les pharmacies. Hormis pour la version orale 1000 mg, ils disposaient de moins de trois jours de stocks. Le constat s'avérait similaire pour les pharmacies concernant les stocks d'amoxicilline sous forme buvable, prescrite en pédiatrie. 

En revanche, les stocks de cet antibiotique sont supérieurs à un mois chez les industriels, quelles que soient les formes de l'antibiotique, selon l'état des lieux de l'ANSM. "Cette situation est incompréhensible", dénonce le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, Philippe Besset. "Cela fait des mois qu'on interroge les industriels, mais nous n'avons pas de réponse".

2 Qu'est-ce qui explique cette situation ?

Les pénuries de médicaments ne sont pas rares ces dernières années. Toutefois, celle de l'hiver 2022-2023 a été particulièrement virulente, d'une part en raison d'une triple épidémie de grippe, de Covid-19 et de bronchiolite, d'autre part à cause de tensions d'approvisionnement sur certains médicaments.

Cet automne, pharmaciens et patients disaient craindre de revivre la même situation. Cependant, contrairement à l'année précédente, les récentes tensions ne s'expliquent plus par un manque de molécule, mais par une mauvaise répartition des stocks. Aurélien Rousseau, alors ministre de la Santé, pointait début octobre sur France Inter les "surstocks" réalisés par certaines "grosses pharmacies" au détriment des petites officines.

Fin décembre, le problème s'est quelque peu déplacé, les industriels se retrouvant pointés du doigt. "Ils disposent de deux à trois mois de stocks, contre deux à cinq jours chez les pharmaciens", déplore aujourd'hui Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine (Uspo). Ce dernier dénonce un manque de transparence, nuisant à l'ensemble de la chaîne de distribution des médicaments.

3 Quelles mesures ont été prises ?

En raison des fortes pénuries de médicaments fin 2022-début 2023, un plan hivernal a été lancé par l'agence du médicament. Il vise à "anticiper et limiter les tensions sur certains médicaments majeurs de l'hiver", comme l'amoxicilline ou le paracétamol, "et ainsi sécuriser leur disponibilité afin de répondre aux besoins pour les patients"

Par ailleurs, sur demande du ministère de la Santé, les groupes pharmaceutiques, les grossistes et les pharmaciens se sont engagés en novembre, dans une charte symbolique, à répartir la distribution d'antibiotiques afin d'en garantir l'accès aux patients. Aucune sanction n'est toutefois prévue en cas de manquement à cette promesse.

Néanmoins, le gendarme du médicament dispose d'un nouveau moyen de coercition, entériné par la publication au Journal officiel, mercredi, de la loi portant sur le budget 2024 de la Sécurité sociale. L'ANSM peut désormais, "en cas de rupture ou de risque de rupture d'approvisionnement d'un médicament d'intérêt thérapeutique majeur", comme l'amoxicilline, "prendre les mesures de police sanitaire nécessaires pour garantir un approvisionnement approprié et continu".

Dès mardi, l'ANSM a demandé aux industriels de "mettre immédiatement à disposition des grossistes-répartiteurs la majeure partie de leurs stocks", afin que les boites soient "distribuées équitablement dans les pharmacies et positionnées au plus près des patients". "Je suis très content que l'agence se soit saisie de son nouveau pouvoir au plus vite", se félicite le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, Philippe Besset.

4 Quand la situation pourrait-elle s'améliorer ?

Sur le terrain, "la situation a commencé à s'améliorer la semaine dernière pour ce qui est des comprimés", observe Pierre-Olivier Variot. Pour la version pédiatrique du médicament, les livraisons arrivent à partir de "cette semaine". "Libérer des stocks signifie qu'il faut libérer des camions, ce qui peut prendre quatre à six jours", précise le président de l'Uspo.

En attendant que ces médicaments soient de nouveau disponibles, l'ANSM rappelle qu'il "est toujours possible pour les pharmaciens de délivrer directement une préparation magistrale adaptée pour les enfants de moins de 12 ans". Autrement dit, si le pharmacien n'a pas d'amoxicilline sous la main, il peut préparer des dosages adaptés à un patient en particulier, sur prescription médicale. 

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