Déremboursement de l'homéopathie : "Ça fait cher le kilo de sucre"

La Haute Autorité de santé s'est prononcée vendredi pour le déremboursement de l'homéopathie, dont l'efficacité est jugée "insuffisante". Un déremboursement "assez logique", selon François Chast, pharmacien des hôpitaux et président honoraire de l'Académie de pharmacie.

Les granules d\'homéopathie ne devraient bientôt plus être remboursées.
Les granules d'homéopathie ne devraient bientôt plus être remboursées. (STÉPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

La commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) prône dans un avis rendu vendredi 28 juin la fin du remboursement des produits homéopathiques faute d'efficacité prouvée, comme le concluait déjà un avis provisoire rendu mi-mai. C'est le gouvernement qui tranchera in fine"Si on ne prouve pas l'efficacité de l'homéopathie, on ne la rembourse pas", a commenté ce matin sur franceinfo François Chast, pharmacien des hôpitaux et président honoraire de l'Académie de pharmacie, juste avant que la HAS ne rende son avis définitif. Selon lui, "la création de 2 000 postes d'infirmières serait probablement beaucoup plus utile au système de santé et aux Français."

franceinfo : que pensez-vous du déremboursement de l'homéopathie ?

François Chast : C'est assez logique. Depuis des dizaines d'année, l'Assurance maladie a visé à ne plus rembourser que les médicaments dont l'efficacité est prouvée. C'est ce qui va se passer pour l'homéopathie. Si on ne prouve pas son efficacité, on ne la rembourse pas. Ce n'est pas la première fois que le sujet est sur la table. Il y a une quinzaine d'années, Jean-François Mattei, alors ministre, avait proposé le déremboursement de l'homéopathie de 65% à 35%. Il n'y a pas eu de catastrophe. Il ne s'agit pas d'interdire l'homéopathie mais d'en revenir au système commun à tous les médicaments en France, où on ne rembourse que ce qui est efficace.

L'homéopathie représente 0,3% des remboursements de la Sécurité sociale. Certains trouvent que c'est dérisoire. Qu'en pensez-vous ?

Ça fait cher le kilo de sucre. Un granule d'homéopathie, c'est 50 mg. Il y en a une soixantaine dans un tube, ça fait 1 000 euros le kilo. La création de 2 000 postes d'infirmières correspond à peu près à la somme que l'on dépense pour l'homéopathie. Ces postes seraient probablement beaucoup plus utiles au système de santé et aux Français que le remboursement que ce qui ne sont, au fond, que des granules de sucre.

Selon les laboratoires Boiron un patient pris en charge par un homéopathe coûte 35% de moins que les autres patients à la Sécurité sociale. Est-ce vrai ?

C'est faux. Il y a eu une étude réalisée par une équipe anglo-américaine sur plus de 40 000 patients en Allemagne traités soit par homéopathie, soit par des médicaments conventionnels. Les malades qui reçoivent des médicaments homéopathiques coûtent en gros 20% de plus que les malades qui ne sont pas traités par l'homéopathie. C'est donc une inexactitude que d'affirmer le contraire.

Faut-il arrêter l'homéopathie ?

Si ceux qui utilisent l'homéopathie en sont contents, qu'ils continuent. Ce qui serait regrettable, c'est que l'on considère que l'homéopathie est une médecine qui est suffisamment efficace pour soigner des maladies qui ne devraient pas du tout être justifiables de ce type de traitement. Quand je vois chaque automne, hiver, fleurir sur nos murs des publicités pour des médicaments de prévention de la grippe, c'est un véritable scandale sanitaire. On n'a pas le droit de mentir aux Français sur le caractère préventif de l'homéopathie. C'est une ineptie scientifique et médicale.