Furosémide Teva : plusieurs cas suspects signalés à l'ANSM

L’Agence nationale de sécurité du médicament demande aux patients de rendre à leur pharmacien toutes les boîtes délivrées. Des enquêtes ont été lancées.

Une boîte du furosémide 40 mg produite par le laboratoire pharmaceutique Teva. 
Une boîte du furosémide 40 mg produite par le laboratoire pharmaceutique Teva.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Les patients sont invités à se rendre "dès que possible à leur pharmacie" pour y recevoir "un autre médicament à base de furosémide". L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) demande, lundi 10 juin, aux personnes concernées de rapporter chez leur pharmacien toutes les boîtes de furosémide Teva 40 mg qui leur ont été délivrées, peu importe leur numéro de lot. Une erreur de conditionnement de ce médicament est soupçonnée d'être la cause de la mort d'un nonagénaire marseillais. 

Acte 1 : un décès à Marseille attire l'attention sur l'erreur de conditionnement

Une enquête a été ouverte samedi sur la mort suspecte d'un patient nonagénaire. Il aurait absorbé pendant plusieurs jours le somnifère Teva conditionné comme le diurétique, à la suite d'une mauvaise manipulation du laboratoire. Cependant, "il n'est pas possible d'établir un lien de causalité entre le décès et le problème de conditionnement", dans l'état actuel des choses, a précisé lundi l'ANSM.

Selon un porte-parole du laboratoire Teva, leader mondial des génériques, cette erreur de conditionnement porterait sur quelques dizaines de boîtes. Les deux lots, référencés Y175 ou Y176, ont fait l'objet d'une mesure de rappel dès vendredi.

Acte 2 : au moins trois autres cas suspects identifiés 

En plus du cas à Marseille, deux nouveaux "signalements de pharmacovigilance" avec "un décès et un cas grave", ont été notifiés lundi à l'ANSM

"Pour l'un des cas, le patient semble avoir été traité par le produit incriminé retiré de la vente vendredi (lots Y175 ou Y176), a précisé l'agence. Des investigations sont encore en cours concernant le dernier signalement, afin de déterminer le lot administré". Si "d'autres signalements sont actuellement à l'étude", l'agence a par ailleurs indiqué que le lien avec le diurétique n'est pas toujours "suffisamment documenté". 

Enfin, une patiente de 73 ans a été hospitalisée en réanimation au CHRU de Tours pour des complications, à la suite de la prise de furosémide, a indiqué l'Agence régionale de santé (ARS). Selon elle, la patiente a été traitée avec le produit incriminé retiré de la vente vendredi. "Elle est en observation à l'unité de soins continus, et son état n'est pas préoccupant", a déclaré la directrice de la santé publique et environnementale de l'ARS Centre.

Acte 3 : l'ANSM poursuit son enquête pour déterminer les risques 

Les inspecteurs de l'agence ont notamment enquêté lundi après-midi dans l'usine de conditionnement du laboratoire, située à Sens (Yonne). Par ailleurs, pour déterminer si cette interversion constitue bel et bien un risque, l'ANSM s'appuie sur les signalements de pharmacovigilance qui lui sont rapportés : "Ces déclarations [émanant de professionnels de santé] sont ensuite validées, évaluées et enregistrées par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) dans une base informatique située à l’ANSM qui coordonne l’ensemble du système", et ce afin "d’identifier les risques médicamenteux". 

"Si nécessaire, des études complémentaires sont réalisées et le cas échéant des mesures correctives sont mises en place afin de réduire ces risques", poursuit l'ANSM. 

Acte 4 : toutes les boîtes rappelées 

Dans la foulée, l'ANSM a invoqué une "mesure de précaution" pour rappeler lundi toutes les boîtes de furosémide Teva 40 mg. Donc tous les lots et non plus seulement les deux qui ont fait l'objet d'une erreur de conditionnement. 

Le générique furosémide Teva représente environ 8 à 10% du marché des diurétiques en France, selon l'ANSM, qui estime qu'il n'y aura pas de tension sur l'approvisionnement, "car de nombreuses alternatives existent".

Acte 5 : une enquête ouverte en Ardèche

Par ailleurs, le parquet de Privas, en Ardèche, a également ouvert une enquête lundi après le décès, le 4 juin, dans un hôpital drômois d'une octogénaire qui, selon ses proches, aurait ingéré des comprimés provenant des lots incriminés.  

Selon une source proche du dossier, ce dernier cas ne ferait pas partie des trois répertoriés par l'ANSM, ce qui porterait donc lundi soir le nombre total de cas suspects à quatre.

Un numéro vert a été ouvert par les laboratoires Teva à la demande de l'ANSM : 0800 51 34 11. Il est ouvert au public 24h/24.