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Vaccination obligatoire : "C'est important d'entretenir la vaccination pour que les maladies ne réapparaissent pas"

Le professeur François Bricaire, chef du service infectiologie à la Pitié Salpêtrière à Paris, explique à franceinfo pourquoi il a signé l'appel pour la vaccination obligatoire, publiée jeudi par 200 grands noms de la médecine.

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Radio France
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Le professeur Francois Bricaire, chef du service infectiologie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, en 2009. (MAXPPP)

Rendre la vaccination obligatoire, c'est l'appel lancé, jeudi 29 juin, dans Le Parisien, par 200 grands noms de la médecine. Le 16 juin dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait annoncé réfléchir à "rendre obligatoire pour une durée illimitée les onze vaccins destinés aux enfants", contre trois à l'heure actuelle : la diphtérie, le tétanos et la polio. 

Le professeur François Bricaire, chef du service infectiologie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris et signataire de la lettre, estime qu'il faut à présent "passer à la vitesse supérieure" sur la question de la vaccination. 

Franceinfo : Pourquoi cette appel ? 

François Bricaire : Cette démarche nous paraît importante dans la mesure où, jusqu'à présent, il y a eu beaucoup de discussions et des contestations sur les vaccins et, du coup, une couverture vaccinale en France qui est insuffisante, et qui est l'une des plus médiocres en Europe. C'est la raison pour laquelle nous voulons soutenir la proposition de notre nouvelle ministre de la Santé, et l'aider dans sa réflexion pour qu'on améliore la couverture vaccinale et qu'on rende un service à la population en terme de santé publique. 

Quelles sont les maladies qui ont resurgi ou pourraient ressurgir qui pourraient être évitées par une vaccination ?

Le meilleur exemple, c'est celui de la rougeole puisqu'on a vécu des poussées épidémiques. Et tout ceci incontestablement parce que la couverture vaccinale était insuffisante. On voit dans certaines zones géographiques réapparaître de la rubéole et on sait très bien, par exemple, que si on vaccine mal contre la diphtérie, immédiatement on voit réapparaître de la diphtérie. Et c'est la même chose pour la coqueluche. Et on peut multiplier les exemples. Donc c'est important de vacciner pour protéger immédiatement mais aussi d'entretenir la vaccination pour que les maladies, ou la plupart d'entre elles, ne réapparaissent pas.

Comprenez-vous la méfiance que suscite la vaccination chez certains parents ?

On peut toujours comprendre les réserves. Les interrogations ne sont jamais mauvaises à condition d'accepter les bonnes réponses et de ne pas se laisser influencer par des mauvaises réponses. Par conséquent, c'est le devoir d'un certain nombre de médecins, de scientifiques, d'universitaires etc. de donner à la population les meilleures réponses possibles pour qu'ils soient convaincus de l'importance de cette vaccination. 

La vaccination ne doit-elle pas rester un choix ? 

Un choix, je ne suis pas sûr. Dans une collectivité, sachant que la vaccination rend service à la collectivité, il est important que la collectivité prenne des décisions, voire impose. Bien sûr, dans un monde idéal, si les gens étaient raisonnables et acceptaient la vaccination, il ne serait pas nécessaire de la rendre obligatoire. À partir du moment où il y a toutes ces réticences, qui continuent malgré les explications et qui aggravent la situation, je pense qu'il faut passer à la vitesse supérieure et aller vers une obligation un peu plus importante.

Ceci étant, aujourd'hui, certains vaccins sont en rupture de stock. Est-ce aussi une solution pour y remédier ? 

C'est évidemment une gêne pour ceux qui prônent la vaccination de voir des ruptures de stock. C'est un sujet qui avait déjà été évoqué. Il faut absolument que l'industrie pharmaceutique fasse le maximum pour éviter ce genre de ruptures de stock qui est effectivement néfaste pour la réalisation de la couverture vaccinale que l'on souhaite. 

Certaines associations et élus y voient un cadeau fait aux laboratoires pharmaceutiques. C'est un problème de santé publique ou de gros sous ? 

C'est un problème de santé publique pour moi. Je ne pense vraiment pas que ce soit un problème de gros sous. L'industrie pharmaceutique est indispensable pour produire des vaccins, c'est évident, mais, au niveau d'un pays, c'est pour le bien public, pour une bonne politique de santé que des décisions sont prises.

Irène Frachon, qui avait soulevé le scandale du Médiator, s'inquiétait il y a quelques mois des positions ambigües de la ministre de la Santé sur les liens entre médecins, experts et laboratoires quand elle présidait la Haute autorité de Santé. Ne croyez-vous pas qu'il puisse y avoir conflit d'intérêt sur ce dossier ?

Je ne suis pas mesure de répondre exactement sur un conflit ou un lien d'intérêt. Je ne pense vraiment pas que notre ministre actuelle soit dans une situation qui entraîne un doute. Je ne suis absolument pas Mme Frachon sur ce terrain. 

Cet élargissement de la vaccination obligatoire est-il urgent ? À quelle échéance faudrait-il la mettre en place ? 

L'urgence, ce n'est peut-être pas le mot mais le plus rapidement sera le mieux car l'idéal est quand même d'assurer une couverture correcte de la vaccination française.

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