Un herboriste prétendait pouvoir "combattre" le sida avec des plantes

Il affirmait pouvoir combattre 80% des maladies, dont le sida, avec des plantes : un an ferme et 50.000 euros d'amende ont été requis lundi en correctionnelle contre "l'herboriste" Jean-Pierre Raveneau pour "exercice illégal de la pharmacie".

Tisanes, huiles essentielles, teintures mères... dans cette célèbre herboristerie parisienne près de la place Clichy, l'une des plus vieilles d'Europe, les amateurs peuvent se fournir, entre balance en cuivre et pilon, en plantes médicinales en vrac et en mélanges préparés sur place dans un petit laboratoire.

Hypertension, virus H1N1, troubles de la prostate, psoriasis, paludisme, fibromes, herpès génital ou constipation extra-forte, Jean-Pierre Raveneau expliquait à ses clients pouvoir combattre 80% des maladies. L'un de ses produits, le Viralgic, interdit à la vente en France par une décision de justice en 2011, affirmait même "agir directement sur le virus" du sida "en renforçant les défenses immunitaires pour aider à le combattre".

Une médecine alternative à base de plantes

Déjà condamné en septembre 2011 à un an avec sursis et 15.000 euros d'amende pour exercice illégal de la pharmacie pour la vente du Viralgic, il est aujourd'hui considéré par l'accusation en état de récidive légale.

"J'ai toujours estimé qu'il était possible avec un diplôme de pharmacien d'exercer dans l'herboristerie", a justifié le prévenu à la barre expliquant avoir passé une bonne partie de sa vie à s'opposer au "monopole pharmaceutique" en obtenant la déclassification de la vitamine C, de minéraux et d'oligo-éléments, assimilés auparavant à des médicaments.

"M. Raveneau a constitué un circuit parallèle en suivant la mode des médecines alternatives", a expliqué à l'audience un contrôleur de l'Agence régionale de santé (ARS). "Les plantes, c'est l'origine du médicament. Elles ont des vertus, mais peuvent aussi être du poison. En 2009, on avait dit à Raveneau qu'il exerçait une activité illégale, il n'en a pas tenu compte". Le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens s'est constitué partie civile.

"Je ne délivre pas d'ordonnances, rien que des conseils. J'ai vendu des plantes et des mélanges, mais pas des médicaments. Mon but a toujours été d'apporter du bien-être. Quand je parle de combattre (une maladie), c'est s'y opposer, mais je n'ai jamais prétendu guérir telle ou telle pathologie", a plaidé le prévenu.

La procédure judicaire

A l'origine de cette procédure, le signalement aux autorités sanitaires d'un pharmacien des pays de Loire auquel un client avait réclamé une préparation, un hypnotique fort, acheté à l'herboristerie de la place Clichy. 

Parallèlement, un autre signalement au procureur de la République avait été fait en 2012 après la distribution à Paris d'un tract ventant le Viralgic : "Il contient 600 molécules associées et combat efficacement le VIH/Sida et plusieurs autres maladies", affirmait le prospectus. 

Lors de perquisitions à l'herboristerie, les enquêteurs avaient notamment mis la main sur des flacons d'huiles essentielles et des crèmes classés par pathologie d'une valeur de 32.297 euros, ainsi que 33 flacons de Viralgic et des lots d'étiquettes.

A l'audience, la procureure Flavie Le Sueur a également réclamé la fermeture de deux herboristeries visées par la procédure, trois mois avec sursis et 5.000 euros d'amende contre leur propriétaire Nicole Sabardeil et 100.000 euros d'amende contre sa société "Pharma Concept". Une peine de six mois avec sursis et 2.000 euros d'amende a par ailleurs été requise contre un revendeur, Mamadouba Camara.

Les avocats des prévenus ont plaidé la relaxe de leur client. Le jugement a été mis en délibéré au 17 février.