Journée des fatigues : "La fatigue est un signal qui vous veut du bien", explique un spécialiste

"Par définition, la fatigue est devenue quelque chose d’exogène", explique sur franceinfo Léonard Anthony, spécialiste de la fatigue.

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Radio France
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Une femme dans son lit baille en entendant sonner son réveil. Photo d'illustration. (VANESSA MEYER / MAXPPP)

Léonard Anthony, spécialiste de la fatigue, auteur de Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres aux éditions Overjoy, a affirmé dimanche 21 novembre sur franceinfo que la "fatigue était une alliée" qui nous "veut du bien". C'est officiellement ce dimanche la Journée des fatigues, la première lancée par l'Association française du syndrome de fatigue chronique et soutenue par le gouvernement. "Il ne faut pas combattre la fatigue", car elle "est un signal", explique-t-il.

franceinfo : Est-ce qu'on est tous fatigués de la même façon ?

Léonard Anthony : Non, évidemment. Les fatigues sont différentes d'une personne à une autre. On regarde la fatigue souvent sous un angle négatif. Il ne faut pas la combattre parce qu'au fond, il faut se rappeler que la fatigue est un signal qui vous veut du bien, qui est là pour vous dire : "Ralentis, commence à descendre, décélère." Et il y a même une bonne fatigue. Si vous faites du sport, vous vous rendez compte assez vite que vous vous sentez fatigué. Mais c'est une bonne fatigue. La bonne fatigue c'est celle dont on se remet rapidement. Par contre, si vous vous sentez fatigué tout au long de la journée, avant même que la journée ait commencé, vous commencez à tirer sur la corde, à vous sentir lourd, les paupières qui tombent, là, il faut commencer à s'interroger.

La fatigue peut-elle être une alliée ?

La fatigue est une alliée qui vous veut du bien pour une raison simple, c'est que nous vivons dans un monde qui accélère en permanence, où on nous demande d'être performant tout le temps. Ou la simple idée de faire une pause, de se reposer est mal vue. Donc, par définition, la fatigue est devenue quelque chose d’exogène.

On peut se préoccuper de sa fatigue dès son réveil ?

Si vous sautez du lit alors que vous êtes encore en train d'être en sommeil et de dormir un peu, ce n'est pas une bonne chose. Ce que je suggère souvent de faire, c'est de s'éveiller, c'est-à-dire de s'accorder le temps de se réveiller. Mettez peut-être le réveil un tout petit peu plus tôt et laissez-vous le temps de vous lever. Et là, si on est dimanche matin et que vous avez envie de traîner un peu, laisser venir l'énergie.

Faire des pauses est aussi utile pour gérer sa fatigue, mais c'est quoi une bonne pause ?

Un chauffeur de taxi m'a dit : "Après déjeuner, j'ai systématiquement un coup de barre. Qu'est-ce que je peux faire ?" Je lui demande : "Qu'est-ce que vous faites ?" Il me dit : "Je tiens, je lutte et ça peut durer des heures". Je lui réponds : "Eh bien, prenez cinq à dix minutes. Installez-vous, respirez tranquillement et fermez les yeux. Vous allez vous reposer, vous allez être légèrement dans un état semi-ensommeillé. Peut-être encore cinq, dix minutes après avoir rouvert les yeux, vous allez être un peu ralenti, mais vous ne luttez plus. Vous pouvez même le faire une deuxième fois dans l'après-midi". Pas besoin de dormir. On se repose dans un état ensommeillé.

Comment ne pas subir le téléphone portable qui peut devenir une source de fatigue ?

L'homo sapiens, c'est-à-dire nous, est sur Terre depuis 300 000 ans, le téléphone portable qui a bouleversé nos vies est là depuis 20 ans. Il nous faut un temps pour apprendre à vivre avec cet objet que l'on trimballe en permanence avec soi. Il n'y a aucun autre objet qui est aussi intrusif. Enlever les notifications, c'est important. Mettez toutes les applications de réseaux sociaux ou celles qui vous sollicitent beaucoup à la fin, sur la dernière page de votre téléphone ou dans un sous-dossier, et enfin garder le contact avec peu de gens.

Quand faut-il consulter un médecin ?

Si vous sentez que la fatigue persiste au bout de quelques jours, quelques semaines, parlez-en avec votre médecin traitant. Il est important d'écarter tout symptôme biologique. Et ensuite, et heureusement, c'est la majeure partie des cas, c'est souvent lié à notre façon de vivre et donc nous avons le pouvoir d'agir assez facilement. Si on décide de la prendre en main.  

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