Six choses à savoir sur "Hyalomma marginatum", une tique géante qui se répand en France et en Europe

Cet acarien plutôt méditerranéen, deux fois plus gros qu'une tique classique, est particulièrement agressif.

La tique géante \"Hyalomma marginatum\", image prise au microscope 
La tique géante "Hyalomma marginatum", image prise au microscope  (ADAM CUERDEN)

Alerte aux tiques géantes ? On ne les retrouvait autrefois, sur le sol français, qu'en Corse. Mais ce parasite plus imposant que les tiques courantes s'est installé dans le sud de la France dans les années 2010. En juillet, deux spécimens ont été trouvés aux Pays-Bas, selon Ouest France. Faut-il pour autant s'affoler ? Non : ces signalements ponctuels ne signifient pas que l'acarien progresse durablement vers le Nord, ni qu'il y trouve des conditions durables de prolifération. Voici six choses à savoir pour mieux connaître Hyalomma marginatum, le nom savant de cette tique géante.

1Deux fois plus grosse qu'une tique classique

"Hyalomma marginatum" est "une tique dure de grande taille, reconnaissable à son rostre long et à ses pattes bicolores (anneaux blanchâtres aux articulations)", explique l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). "Les adultes à jeun font environ 5 millimètres de long ; la femelle gorgée, dont la cuticule est de couleur chamois avec des lignes blanchâtres marquées, mesure près de 2 centimètres et pèse 1 à 1,5 grammes". La tique géante se distingue donc de la tique courante par sa plus grande taille : elle est deux fois plus grosse.

2Elle parasite petits et grands vertébrés

Les larves des tiques, détaille l'Anses, infestent des petits vertébrés comme les lièvres, les lapins, les hérissons, mais aussi des oiseaux souvent présents au sol comme les merles, les rouges-gorges ou les grives.

En revanche, les tiques adultes "ont une prédilection marquée pour les grands vertébrés : chevaux, bovins, ovins et caprins, mais aussi sangliers ou chevreuils (...) Il est habituel de trouver sur les hôtes infestés davantage de mâles que de femelles, car les premiers peuvent rester fixés plusieurs mois alors que le repas des femelles dure environ une semaine".

3Elle se cache dans le sol

Comment la tique géante attaque-t-elle ses cibles ? Elle n'opère pas comme Ixodes ricinus, l’espèce la plus répandue en Europe, explique à Ouest France Muriel Vayssier-Taussat, microbiologiste à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). "Alors que la tique commune se positionne au sommet d'une brindille, et attend que celle-ci passe non loin de là pour s'attacher à elle, (...) Hyalomma marginatum se cache dans le sol, et, quand elle repère sa proie, court jusqu'à celle-ci". La tique géante serait capable de suivre sa cible sur une centaine de mètres.

4Elle est l'un des vecteurs de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo...

Cette tique géante est l’un des principaux vecteurs du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Cette maladie "provoque des flambées de fièvre hémorragique virale sévère", décrit l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les animaux sont contaminés lorsqu'ils sont piqués par des tiques infectées. La transmission à l'être humain, détaille l'OMS, se fait "soit par les piqûres de tiques, soit par contact avec du sang ou des tissus d'animaux infectés, pendant ou immédiatement après l'abattage".

A quoi reconnaît-on la maladie ? "L'apparition des symptômes est brutale, avec de la fièvre, des myalgies (douleurs musculaires), des vertiges, une raideur et des douleurs de la nuque, des douleurs dorsales, des céphalées, une sensibilité des yeux et une photophobie (sensation de gêne provoquée par la lumière)", décrit l'OMS. Le taux de létalité chez les êtres humains est d'environ 30%, et la mort, si elle se produit, survient pendant la deuxième semaine de maladie.  

5 ... Mais personne n'a été atteint en Europe

On peut néanmoins se rassurer. Selon Ouest France, une cinquantaine de tiques Hyalomma marginatum ont été retrouvées dans le nord-ouest de l'Europe depuis 2012, et aucune n'était porteuse du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.

"Pour qu'une tique soit contaminée, il faut qu'elle se soit nourrie du sang d'un animal ou d'un humain lui-même malade (...) Et il faudrait ensuite qu'elle soit transportée jusqu'en France par un oiseau migrateur... On ne peut bien sûr pas exclure totalement ce risque. Mais il n'y a pas de quoi être alarmiste pour le moment", déclare Muriel Vayssier-Taussat, citée par Le Parisien. Personne n'a donc été victime en France d'une tique porteuse de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.

6Elle s'est installée dans le sud de la France 

Dans sa note de mai 2018, l'Anses note que l'acarien n'était autrefois pas présent en France métropolitaine. Alors que cette tique géante est endémique dans les pays méditerranéens, du Maghreb à la péninsule ibérique, et de l'Italie à la Turquie, les régions du sud de l'Hexagone étaient épargnées. Mais depuis 2015, selon l'agence, la présence de Hyalomma marginatum a été jugée "pérenne" sur la bordure méditerrannéenne française. Les conditions ont pu y "devenir favorables à la suite des changements climatiques en cours", relève aussi l'Anses.

L'Anses évoque "deux hypothèses" pour expliquer la présence de la tique géante en France continentale. Première hypothèse : des larves ou des "individus immatures" auraient été introduits par des oiseaux migrateurs. Seconde hypothèse : "cette introduction pourrait être également la conséquence de l’importation de chevaux ou de bovins infestés par des tiques adultes en provenance d'Espagne ou d'Italie".

Le 16 janvier, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM) publiait une carte des pays européens signalant la présence ou non de tiques géantes. Très présent dans le sud de l'Europe, Hyalomma marginatum est ponctuellement signalé plus au nord, en Angleterre, en Autriche, en Scandinavie et donc aux Pays-Bas. Mais attention, met en garde le Centre, ces signalements ponctuels ne signifient pas que les tiques géantes aient trouvé les conditions idéales pour s'établir au nord de l'Europe.

La carte montrant la présence ou l\'introduction de tiques géantes (\"hyalomma marginatum\") en Europe, en janvier 2019.
La carte montrant la présence ou l'introduction de tiques géantes ("hyalomma marginatum") en Europe, en janvier 2019. (ECDC)