Rougeole : cinq questions pour comprendre le "rattrapage vaccinal" demandé par la ministre de la Santé

Mi-février, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a invité les adultes n’ayant bénéficié d’aucune ou d’une seule dose de vaccins un "rattrapage" vaccinal. Qui est concerné ? Pourquoi cette préconisation ?

Rougeole : êtes-vous protégé ?
Rougeole : êtes-vous protégé ? (©Fotolia / uwimages)

La rougeole a fait un mort. Une jeune femme de 32 ans est morte, samedi 10 février, à Poitiers, après avoir contracté cette infection. C'est le 21e décès en France depuis 2008 attribué à la maladie. Depuis le 1er novembre, 387 cas de rougeole ont été déclarés en France, qui ont entraîné 83 hospitalisations, dont 6 en réanimation. 

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a demandé mercredi "à toutes les personnes qui ne sont pas vaccinées ou qui n'ont pas fait vacciner leurs enfants de faire un rattrapage". Voici les réponses aux questions que vous vous posez sans doute sur la maladie et la vaccination. 

La rougeole ? J’ai été vacciné. Enfin… je crois…

Le vaccin contre la rougeole a été introduit dans le calendrier vaccinal français en 1983 pour tous les nourrissons. Il s’agissait d’un vaccin recommandé – et non obligatoire, comme c’est désormais le cas pour les enfants nés à partir de 2018. De très nombreux parents ont longtemps suivi cette recommandation. Selon le schéma préconisé, une première injection a souvent été réalisée à l’âge de 12 mois, puis une seconde entre 16 et 18 mois. Mais tout le monde n’a pas bénéficié de cette double injection. Pour savoir si c’est bel et bien le cas, demandez à votre médecin ou votre pharmacien de vérifier votre carnet de santé. Si vous n’avez bénéficié d’aucune injection, ou d’une seule injection dans votre petite enfance, lisez la suite de cet article.

Je suis né avant 1980, dois-je me faire vacciner ?

Il existe une très forte probabilité pour que vous soyez déjà immunisé. Dans les pays où des études ont été menées, on voit que les enfants nés avant l’introduction de la vaccination ont une probabilité élevée d’avoir été exposé au virus, et contracté la maladie [1]. En France, 98,8% des personnes nées entre le début des années 1960 et 1980 ont contracté la maladie (99,8% pour celles nées avant les années 1960). Avant l’introduction des vaccins, des pays comme la France considéraient d’ailleurs l’infection durant l’enfance comme un phénomène quasi-inéluctable [2].

Il est toutefois recommandé aux personnes nées avant 1980 exerçant une profession de santé ou étant en contact avec de jeunes enfants de se faire vacciner si aucun antécédent de rougeole n’est consigné dans leur carnet de santé. Le vaccin est remboursé à 65% par la Sécurité sociale. À cet âge avancé, une dose suffit (voir ci-dessous).

Je n’ai reçu qu’une dose de vaccin en étant enfant, suis-je bien protégé ?

Selon le calendrier vaccinal français en vigueur pour les enfants nés entre 1983 et 2018, une première injection était recommandée à 12 mois, puis une seconde entre 16 et 18 mois. On ne vaccine pas contre la rougeole avant 12 mois, car des anticorps issus de l’organisme de la mère sont encore en circulation dans l'organisme de l'enfant. Introduire un antigène caractéristique de la rougeole dans l’organisme du bébé ferait intervenir ces anticorps, mais ne mettrait pas en branle le propre système immunitaire du bébé ! Ce n’est que lorsque les anticorps maternels ont disparu que l’antigène va entraîner la réaction attendue dans une vaccination : apprendre à reconnaître un antigène et à produire des anticorps contre lui, sans pour autant qu’une pathologie se développe.

Toutefois, chez un certain nombre d’enfants, la vaccination à 12 mois échoue du fait de la persistance des anticorps maternels. Une deuxième injection est donc indispensable quelques mois plus tard pour être quasiment certain que la réaction attendue ait lieu.

Si une seule injection à un âge où les anticorps maternels ont disparu suffit, pourquoi vacciner à 12 mois ? Précisément parce qu’à cet âge, de très nombreux enfants ne sont déjà plus protégés. L’idée est de protéger un maximum d’enfants réceptifs le plus tôt possible. Si vous n’avez reçu qu’une seule dose de vaccins à 12 mois, vous êtes peut-être protégé… mais rien n’est certain. Voilà pourquoi il est conseillé de recevoir une deuxième dose de vaccin plus tard dans sa vie. Avant 17 ans, la Sécurité sociale rembourse ce vaccin à 100%. Au-delà, le remboursement est de 65%.

Est-il possible d’attraper la rougeole même en étant vacciné ?

Comme on l’a vu, les personnes qui n’ont reçu qu’une seule dose de vaccin peuvent attraper la rougeole. Si deux injections ont été réalisées, la probabilité de développer la rougeole est extrêmement faible. L’Inpes estime que 5 à 10% des personnes vaccinées contre la rougeole ne répondent pas à la première dose, mais qu’au moins 90% de celles qui n’ont pas répondu à la première dose répondront à la seconde.

Pourquoi la ministre de la Santé appelle-t-elle aujourd’hui à un "rattrapage vaccinal" ?

La rougeole est une maladie potentiellement mortelle. Si une proportion suffisante de la population est correctement vaccinée, le virus ne trouve pas de relai, ne peut se propager, et donc infecter des personnes fragiles (enfants n’ayant pas reçus les deux doses de vaccins, personnes immunodéprimées, personnes non-répondantes au vaccin, autres personnes non-vaccinées). Il est actuellement estimé qu’un taux de 95% de vaccination permet de constituer une couverture vaccinale efficace. Or, ce taux est beaucoup plus faible en Europe, et en particulier en France. Cette sous-vaccination s’accompagne depuis 2008 d’une recrudescence des cas de rougeole sur le territoire. Or, les complications de la maladie peuvent être sévères, avec notamment des pneumonies ou des encéphalites, se concluant parfois par des décès.

la rédaction d'Allodocteurs.fr

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[1] Par exemple en Norvège, où le vaccin a été introduit dès 1969, 97% des personnes nées avant cette date ont un jour contracté la maladie. Aux États-Unis, cette proportion est voisine de 95%.

[2] La déclaration des cas aux autorités sanitaires était, de ce fait, facultative. L’estimation du nombre de personne infectée découle d’études sur le statut sérologique des populations, autrement dit la présence d’anticorps qui trahissent la survenue d’une infection plus tôt dans la vie.