Recrudescence du sida en Europe de l'Est et en Asie centrale

L'Europe a enregistré le plus grand nombre de nouveaux cas de VIH depuis les années 1980. Les chiffres ont montré qu'ils provenaient principalement des pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale. 

Les données de surveillance publiées par le Centre européen de prévention et contrôle des maladies et le Bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont montré que 142.197 personnes avaient une infection au VIH diagnostiquée en 2014, selon une récente étude publiée dans BMJ.

L'épidémie continue de progresser rapidement en Europe de l'Est et en Asie Centrale. Les usagers de drogues injectables (UDI) comptent encore pour 45% environ des nouveaux cas. Les chiffres* révèlent une transmission hétérosexuelle croissante. Les homosexuels masculins sont certainement sous représentés dans ces statistiques en raison des tabous qui les frappent, comme c'est le cas pour les prostitué(e)s.

Dans cette région du monde, on estime qu'il y a environ 1,4 million de personnes infectées par le virus du sida. 85 à 90% d'entre elles se trouvent en Russie et en Ukraine où la proportion de gens infectés avoisine 1%. Cependant, ces chiffres sont incomplets. En effet, des pays comme l'Ouzbékistan ne fournissent pas de statistiques, tandis que le Turkménistan "annonce" avoir "zéro cas de sida".

Dans l'ensemble, la transmission du virus mère-enfant a très largement diminué. Dans ce domaine, la Russie a fait des progrès significatifs, avec des taux passés de 19% en 2000 à 6,2% en 2007, selon le gouvernement. Mais l'augmentation du nombre de femmes adultes infectées par le VIH risque de poser problème à l'avenir.

L'accès au traitement antirétroviral reste insatisfaisant

On estime qu'un quart des personnes vivant avec le VIH sont traitées pour l'ensemble de la région, soit environ 350.000, alors que cette proportion est pratiquement de 60% dans l’ensemble des pays en développement à travers le monde. 

En Russie, près de la moitié des séropositifs ignorent leur statut et parmi ceux qui sont dépistés, seulement 20% ont accès à un traitement.

En Ukraine, 260.000 des 360.000 usagers de drogues injectables bénéficient de programmes de réduction de risque via des ONG avec échange de seringues. Mais, en Ukraine comme en Biélorussie, peu d'entre eux bénéficient d'un traitement de substitution à l'héroïne par la méthadone.

La prévention reste très faible, voire inexistante chez les usagers de drogue

De très nombreux obstacles culturels, sociétaux et politiques subsistent. La pénalisation peut conduire les usagers de drogue à être arrêtés et incarcérés. Dans pratiquement tous les pays de la région, la législation empêche le recours à la méthadone. En Russie, il n'y a pas de prévention chez les usagers de drogues injectables, pas d'échanges de seringues, sauf dans quelques villes dont Saint Pétersbourg, mais à très faible échelle. 

En revanche, en Bielorussie et en Ukraine (hors Crimée) - où les nouvelles infections parmi les usagers de drogues ont diminué d'environ 20% ces 5 dernières années - des programmes de prévention ont été mis en place soutenus par le Fonds mondial de lutte contre le sida.  

En Roumanie, entrée dans l'UE en 2007, la proportion des usagers de drogues parmi les nouvelles infections est montée à 40% en 2011 et à 60% en 2012, alors qu'elle n'était que de 5% entre 2004 et 2010. Cette hausse est apparue dans les mois qui ont suivi l'interruption ou la réduction drastique des programmes de réduction des risques financés par le Fonds mondial. Ces programmes se sont arrêtés en 2010 sans que le pays prenne le relais.

Les problèmes sont majorés, en Ukraine comme en Russie, comme dans toute la région, en milieu carcéral. Mais un pays comme la Moldavie a un programme exemplaire donnant accès à la méthadone dans les prisons ainsi qu'aux seringues propres et même à un antidote en cas d'overdoses à l'héroïne.

*Chiffres fournis pas Michel Kazatchkine, spécialiste du sida et envoyé spécial par l'ONU dans cette région du monde.