Pénurie de gynécologues médicaux : comment s'en sortir ?

Alors que le nombre de gynécologues médicaux ne cesse de diminuer, quelles sont les pistes pour faire face à la pénurie ?

En France, il existe deux spécialités en gynécologie : la gynécologie obstétrique et la gynécologie médicale. Celle-ci correspond au suivi gynécologique des femmes tout au long de leur vie (contraception, ménopause...) alors que l'obstétrique concerne plutôt le suivi des grossesses, les accouchements, les actes chirurgicaux...

En France, la filière de gynécologie médicale a été créée au début des années 60 et supprimée en 1987. Il s'agissait alors d'une décision des pouvoirs publics pour une question de coût et pour harmoniser les diplômes avec le reste de l'Europe. Elle a été rétablie en 2003 après un long combat, avec des pétitions, des manifestations menées notamment par le Comité de défense de la gynécologie médicale, qui rassemble des gynécologues mais aussi des femmes, des patientes.

Une pénurie de gynécologues médicaux

Depuis plusieurs années, la France fait face à une pénurie de gynécologues médicaux. Comme la filière a été supprimée pendant près de seize ans, on n'a pas formé de gynécologues médicaux et aujourd'hui, on assiste à une vague de départs à la retraite des derniers diplômés de la fin des années 80. Plus de la moitié de ces spécialistes ont plus de 60 ans aujourd'hui. Concrètement, il y a eu une chute de plus de 40% des effectifs en dix ans, entre 2007 et 2017. Et sept départements n'ont plus aucun gynécologue médical.

Et depuis la réouverture de la spécialité en 2003, le nombre de jeune médecins formés est moins important.. En 2018 par exemple, 82 postes ont été ouverts, contre 130 avant la suppression de la filière. Selon ses défenseurs, il faudrait plus de places en internat pour assurer le remplacement des départs à la retraite. 

Quelles conséquences sur la santé des femmes ?

Pour les gynécologues médicaux, cette pénurie est dramatique. C'est un retour en arrière qui met en danger la santé des femmes. Pour l'une des coprésidentes du Comité de défense de la gynécologie médicale, des milliers de femmes vont se retrouver sans suivi gynécologique, avec comme conséquences des diagnostics tardifs, des complications, une augmentation des cancers du col de l'utérus, du sein, des IST non détectées, un accès plus difficile à la contraception.

Le discours des gynécologues médicaux est très alarmiste. Mais les gynécologues médicaux ne sont pas les seuls à pouvoir assurer le suivi gynécologique des femmes.

Qui pour remplacer ces spécialistes ?

Les gynécologues obstétriciens peuvent assurer le suivi gynécologique des femmes. Si les gynécologues médicaux ne peuvent pas faire ce que les gynécologues obstétriciens font comme les accouchements, la chirurgie...  les gynécologues obstétriciens peuvent faire ce que font les gynécologues médicaux : la contraception, les frottis... D'ailleurs, la plupart du temps, les femmes ne savent même pas qu'il existe une distinction et dans quelle catégorie est leur gynécologue. Beaucoup de femmes sont suivies par un obstétricien.

Les médecins généralistes peuvent aussi assurer le suivi gynécologique. Un syndicat de médecins généralistes, MG France, rappelle que le suivi gynécologique constitue aujourd'hui une part très importante de leur activité à travers les prescriptions de contraception, de mammographies, la réalisation de frottis. Certains généralistes ont une formation complémentaire en gynécologie, ils sont un peu plus formés et disposent du matériel nécessaire.

Enfin, les sages-femmes peuvent aussi assurer le suivi gynécologique. Beaucoup de femmes ne le savent pas mais les sages-femmes ne suivent pas seulement les grossesses, elles font aussi le suivi gynécologique des femmes qui ne sont pas enceintes : la contraception, par exemple poser ou retirer un stérilet, les dépistages du cancer du sein ou du col de l'utérus. Et en cas de pathologies, comme cela ne rentre pas dans leur champ de compétences, elles doivent orienter leurs patientes vers des spécialistes.

Les gynécologues médicaux divisés

Toutefois, les gynécologues médicaux ne voient pas forcément les choses de cette manière. Certains sont contents de pouvoir compter sur les généralistes et les sages-femmes pour faire face à la pénurie actuelle et assurer le suivi des patientes et essaient de favoriser ce tissage entre les différents professionnels de santé.

Mais pour d'autres, il n'existe pas d'alternatives : une sage-femme ou un généraliste ne remplaceront jamais un gynécologue. Ils n'ont pas les mêmes compétences, pas la même formation. Pour une coprésidente du Comité de défense de la gynécologie médicale, dire que les sages-femmes ou les généralistes peuvent assurer le suivi gynécologique est une propagande des pouvoirs publics.

Il y a donc une défense très ferme de la spécificité de la gynécologie médicale. Vouloir défendre un métier est légitime, mais prétendre être les seuls à avoir telle ou telle compétence n'est pas exact, c'est de la désinformation.

Une défiance grandissante envers cette profession

Au-delà de la pénurie de gynécologues médicaux, des femmes préfèrent aujourd'hui consulter des sages-femmes. Il y a une défiance à l'égard des gynécologues, et notamment avec la dénonciation des violences gynécologiques.

Autre explication : le coût. La grande majorité des gynécologues pratiquent des dépassements d'honoraires. Il faut aujourd'hui compter autour de 50-60 euros pour une consultation avec un gynécologue. Alors qu'une consultation chez un généraliste ou une sage-femme sans dépassement coûte 25 euros. Beaucoup de femmes renoncent donc à se rendre chez le gynécologue pour cette raison.

\"La gynécologie médicale en danger ?\", chronique de Lucile Degoud, journaliste, du 28 février 2019 - Crédit photo : ©Fotolia
"La gynécologie médicale en danger ?", chronique de Lucile Degoud, journaliste, du 28 février 2019 - Crédit photo : ©Fotolia