Moustiques : lutter contre la résistance aux insecticides

Zika, chikungunya, dengue, paludisme… Ces maladies, limitées il y a peu aux zones tropicales, débarquent sous nos latitudes à la faveur du réchauffement climatique et des activités humaines. Face à ces menaces, un phénomène inquiète plus particulièrement les scientifiques. Il s'agit de la résistance de certaines espèces de moustiques aux insecticides.

Depuis plus de quarante ans, l'utilisation intensive et répétée des mêmes insecticides a conduit à cette résistance à l'échelle mondiale. À l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) à Montpellier, des recherches sont en cours pour trouver des stratégies pour lutter contre ce phénomène.

Iran, Brésil, Etats-Unis, Mali, Thaïlande… En tout, quinze chercheurs des quatre coins du monde forment un nouveau réseau international soutenu par l'OMS. Ils se sont donnés un objectif de taille : surveiller la résistance des moustiques aux insecticides. Un phénomène inquiétant en pleine expansion. Depuis 2010, soixante pays ont déjà signalé ce type de résistance.

"Grâce à ce nouveau réseau, nous pouvons partager des expériences de chercheurs venant du monde entier, des expertises différentes sur le même problème car aujourd'hui, les arbovirus comme le Zika, la dengue et le chikungunya sont partout dans le monde", confie Ademir Martins, chercheur en génétique et biochimie à la Fondation Institut Oswaldo Cruz (Brésil).

Pour le Pr Hassan Vatandoost, entomologiste à l'université des sciences médicales de Téhéran (Iran), "les insecticides représentent le dernier rempart contre les maladies". Cette résistance menace donc la prévention des épidémies. Dans le viseur des scientifiques, l'Anopheles gambiae, principal vecteur du paludisme en Afrique. Cette espèce a développé des résistances aux produits insecticides présents sur les moustiquaires. C'est ce qu'on appelle la détoxification. À l'institut, on teste donc la capacité d'une nouvelle molécule à contrer ce mécanisme. Autre cible : l'Aedes aegypti, responsable de la transmission du virus Zika, de la dengue, du chikungunya et de la fièvre jaune. L'objectif de l'étude est de trouver la dose optimale de deltaméthrine, la principale molécule insecticide.

L'enjeu aujourd'hui est donc de multiplier les stratégies pour lutter contre les maladies transmises par les moustiques. Nouvelles molécules, nouveaux traitements… les moustiques doivent être attaqués sur tous les fronts : "On a bien compris maintenant qu'il est illusoire de penser qu'une molécule, qu'un médicament, qu'un insecticide, qu'une seule façon de lutter contre le moustique va nous permettre de régler le problème. Ce n'est pas possible. Le moustique s'adapte très rapidement, est capable de réagir aux méthodes de contrôle qu'on met en face de lui. On le voit avec les insecticides. Il faut maintenant diversifier les manières de l'attaquer", explique Frédéric Simard, entomologiste de l'unité de recherche sur les maladies infectieuses à l'IRD.

Ce réseau international de chercheurs représente donc un espoir : celui de trouver des alternatives à la résistance et avec elles, de lutter contre les maladies transmises par ces moustiques.