L’obésité et le surpoids n'épargnent plus les campagnes

Le surpoids et l’obésité ont augmenté plus rapidement dans les zones rurales que dans les zones urbaines. En cause : une population qui se dépense moins et qui consomme de plus en plus d’aliments transformés.

L’obésité et le surpoids n\'épargnent plus les campagnes
L’obésité et le surpoids n'épargnent plus les campagnes (Crédits Photo : © Pixabay / RitaE)

Une vaste étude publiée le 8 mai 2019 dans la revue Nature renverse l’idée reçue selon laquelle la vie urbaine favorise le surpoids et l’obésité. Selon cette publication, l’obésité et le surpoids progressent aussi vite voire plus vite dans les zones rurales que dans les villes.

A lire aussi : Obésité, sous-alimentation et changement climatique : tout est lié !

L’IMC grimpe dans les campagnes

Entre 1985 et 2017, la proportion de la population mondiale vivant en zone urbaine est passée de 41 à 55%. Dans le même temps, la moyenne de l’indice de masse corporelle (IMC) mondial est passée de 22,6 kilogrammes par mètre carré (kg.m-2) à 24,7 kg.m-2 chez les femmes et de 22,2 à 24,4 kg.m-2 chez les hommes. Mais ces deux augmentations simultanées ne sont pour autant liées, comme le montre cette nouvelle étude.

Pour conduire leur recherche, le réseau de scientifiques NCD Risk Factor Collaboration a utilisé les données de poids et de taille de plus de 112 millions d’adultes âgés de 18 ans et plus entre 1985 et 2017 à travers 200 pays et territoires. Résultat : en moyenne, l’IMC des femmes dans les campagnes a augmenté de 2,09 kg.m-2 et celle des hommes de 2,10 kg.m-2 sur la même période. Des chiffres supérieurs à l’augmentation de l’IMC dans les villes : 1,35 kg.m-2 chez les femmes et 1,59 kg.m-2 chez les hommes.

Moins de travaux ruraux et plus de calories

Comment expliquer que l’augmentation de l’IMC dans les campagnes dépasse celle des villes ? Dans le passé, l’IMC était plus faible en zone rurale qu’en zone urbaine pour deux raisons principales : les dépenses énergétiques étaient plus élevées à la campagne, notamment par le biais des travaux ruraux. De plus, les plus faibles revenus dans les zones rurales étaient associés à une consommation alimentaire plus faible.

Mais au cours des dernières décennies, la mécanisation de l’agriculture, l’usage généralisé de la voiture, la facilitation des tâches domestiques par l’installation de l’eau courante et du fuel domestique ont considérablement restreint les dépenses énergétiques rurales. En parallèle, l’accès aux aliments transformés a été facilité dans les zones rurales, conduisant à une "malnutrition avec consommation excessive de calories de faible qualité". Une combinaison qui contribue au final à une augmentation plus importante de l’IMC dans les campagnes que dans les villes.

Les scientifiques mettent aussi en avant les désavantages sociaux qui frappent plus les zones rurales que les zones urbaines : "une plus faible éducation, des  plus faibles revenus, une disponibilité plus faible et un prix plus élevé d’aliments sains et frais, un moindre accès et une moindre utilisation des transports publics et de la marche que dans les villes, une disponibilité limitée d’installations sportives" sont autant de facteurs liés à la paupérisation des zones rurales qui contribuent à une hausse du surpoids et de l’obésité.

L’obésité, un problème mondial de santé publique

Pour éviter que l’augmentation de l’IMC se poursuive en zone rurale, les auteurs de la publication recommandent d’"élargir la portée de l’aide internationale à la dénutrition afin d’améliorer l’accès à des aliments plus sains dans les communautés rurales et urbaines pauvres."
Le surpoids et l’obésité relèvent d’un véritable problème de santé publique. En 2016, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 1,9 milliards d’adultes étaient en surpoids dans le monde, dont 650 millions étaient obèses. Or, la hausse de l’IMC constitue un facteur de risque majeur pour plusieurs maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’arthrose et certains cancers.