"Ils osent encore contester leur responsabilité" : l’agglomération de Melun rejugée en appel pour pollution aux dioxines

En 2018, l'agglomération de communes Melun-Val de Seine a été condamnée à une lourde amende, en raison de la pollution aux dioxines émise par l’une de ses usines. Elle a fait appel. Son procès se tient à Paris jusqu’au 23 mai. 

Une centrale électrique au charbon (image d\'illustration).
Une centrale électrique au charbon (image d'illustration). (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

Une première en France : en mars 2018, une agglomération de communes, celle de Melun-Val de Seine a été condamnée à 250.000 euros d’amende, dont 50.000 avec sursis, pour "mise en danger de la vie d’autrui". Le tribunal correctionnel de Paris l’a reconnu coupable d’avoir, entre janvier 1999 et juin 2002, exposé ses habitants à des taux de dioxines extrêmement élevés. Une vingtaine de riverains sont tombés gravement malades ces dernières années, la moitié est morte de cancers.

Des taux 2.260 fois supérieurs aux normes

Le responsable ? Un incinérateur d’ordures ménagères, installé dans la ville de Vaux-le-Pénil en Seine-et-Marne. À moins d’un kilomètre de là se trouve le village de Maincy, dont Pascale Coffinet a été maire entre 2001 et 2008. À l’époque, c’est elle qui insiste pour que des analyses soient réalisées. En 2002, les chiffres tombent : les rejets de dioxines dans l’atmosphère sont 2.260 fois supérieurs aux normes. "J’ai demandé qu’on analyse les œufs des poules que j’avais dans mon jardin, et mon sang", explique t-elle. "Les résultats étaient tellement élevés qu’en cours d’analyse, le laboratoire m’a appelée pour m’avertir du danger".

L’élue découvre également qu’une première étude a été réalisée en 1998, dont les résultats étaient déjà, à l’époque, alarmants. Mais rien n’a été fait. Pascale Coffinet dépose, en 2003, la première plainte dans cette affaire.

La "rue des cancers" 

À Maincy, la rue qui mène au village a été renommée "la rue des cancers" par une habitante. A part deux foyers, toutes les familles de cette rue sont tombées malades. Anaïs Galloy, par exemple, a 29 ans quand les médecins lui diagnostiquent un sarcome des tissus mous. La jeune femme est morte cinq mois plus tard. Aujourd’hui, la décision de l’agglomération de communes de faire appel de sa condamnation continue de scandaliser son père, Francis Galloy : "ils osent encore contester leur responsabilité. Ce n’est pas la colère, le sentiment qui m’habite, mais l’indignation".  

165 riverains se sont constitués parties civiles, lors du premier procès. La plupart sont présents pour ce deuxième round judiciaire. Le procès en appel de l'aggomération de communes de Melun se tient à Paris jusqu’au 23 mai prochain.