Hypertension : des conflits d'intérêts dans une publication de la HAS ?

Une association de professionnels de santé dénonce des conflits d'intérêts dans la rédaction d'une "fiche mémo" sur l'hypertension, validé par la Haute autorité de santé (HAS), en mars 2017. Certains de ses auteurs seraient liés à plusieurs laboratoires pharmaceutiques.

Dans une lettre ouverte à la Haute Autorité de Santé (HAS), l'association Formindep alerte sur les conflits d'intérêts qui pèsent sur la Société française d'hypertension artérielle (SFHTA) dans le cadre d'une coproduction de "fiche mémo" sur l'hypertension avec la HAS.

La SFHTA est "en situation structurelle de conflit d'intérêts, étant financée par des entreprises commercialisant des produits concernés", dénonce Formindep, association qui oeuvre pour une médecine indépendante.

Conflits d'intérêts entre la SFHTA et plusieurs laboratoires

Dans cette lettre ouverte, Formindep pointe les liens entre la SFHTA et des laboratoires, "Servier, Novartis, Menarini, Bouchara Recordati, Takeda" ainsi que des entreprises de mesure de la tension. Formindep évoque aussi les liens d'intérêts "majeurs" du "chef de projet de la SFHTA, Jean-Michel Halimi, principal rédacteur de ces recommandations".

Interrogée par la rédaction d’Allodocteurs.fr, une représentante de la HAS précise que cette fiche mémo n’a pas été publiée en mars 2017, mais en octobre 2016, comme le prouve ce document. De plus, cette fiche mémo "reprend des recommandations de 2013 de la HAS sur l’évaluation des médicaments qui sert à évaluer des classes thérapeutiques, en aucun cas des molécules ou des marques de médicaments", précise la représentante de la HAS. En outre, selon l’institution, "les déclarations publiques d’intérêts ont toutes été acceptées par un comité de validation de la HAS qui a écarté tout lien d’intérêt des auteurs de la fiche car ils n’avaient pas à évaluer des produits de santé".

Bis repetita

La fiche contestée par Formindep est censée, selon l'association, remplacer des recommandations professionnelles formulées en 2005. Ces dernières ont été suspendues par la HAS en septembre 2011, en raison déjà de problèmes de conflits d'intérêts, tout comme d'autres qui concernaient les spondylarthrites, la prévention des AVC, la polyarhtrite rhumatoïde et la dépression (six recommandations au total).

Six mois avant ces suspensions, la HAS avait été contrainte par le Conseil d'Etat d'abroger sa recommandation sur le diabète en raison là encore de conflits d'intérêts. C'est Formindep qui avait déposé le recours devant le Conseil d'Etat. "Il est navrant de constater que la Haute Autorité persiste à négliger ses obligations en matière d'indépendance", commente Formindep, qui critique en outre la "qualité scientifique" du rapport sur l'hypertension.

"Formindep demande le retrait de cette fiche mémo et la création d'un groupe de travail réellement indépendant de l'industrie du médicament et des dispositifs médicaux pour rédiger de nouvelles recommandations de bonne pratique", conclut la lettre ouverte.