Grippe : "La situation n'est absolument pas sous contrôle"

Pascal Champvert, président de l'association des directeurs au service des personnes âgées, était l'invité de franceinfo vendredi pour évoquer l'épidémie de grippe saisonnière qui touche particulièrement l'Ile-de-France. 

Le vaccin contre la grippe 2017 / 2018. Image d\'illustration. 
Le vaccin contre la grippe 2017 / 2018. Image d'illustration.  (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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Selon le dernier bulletin hebdomadaire de l'organisme Santé publique France, la région Ile-de-France a atteint le seuil épidémique et huit autres régions sont au stade pré-épidémique concernant la grippe saisonnière. Pour Pascal Champvert, président de l'association des directeurs au service des personnes âgées, invité de franceinfo vendredi 15 décembre, "la situation n'est absolument pas sous contrôle". "La grippe de l'an dernier, c'est quatre fois plus de décès que les accidents de la route. Ce n'est pas acceptable", a-t-il ajouté.

Pour lui, l'État, qui a "une grande responsabilité sur ce sujet", doit "informer loyalement les Français et les Françaises" sur la qualité des vaccins, pour répondre à l'hésitation de nombreux patients à aller se faire vacciner.

franceinfo : quelles mesures sont prises dans les Ehpad pour faire face à cette épidémie ? Y a-t-il un protocole précis ?

Pascal Champvert : D'abord, la grippe concerne toutes les personnes âgées, en établissement et à domicile. Les années précédentes, plus de personnes sont décédées à domicile qu'en établissement, notamment parce qu'elles ne vont pas suffisamment voir le médecin quand elles ressentent les premiers signaux, et ne se font pas soigner suffisamment vite. La première chose à faire est de rappeler aux personnes qu'il faut consulter très vite un médecin. Le premier protocole est donc d'expliquer. Ensuite, quand il y a des personnes qui ont des syndromes grippaux, il faut faire en sorte qu'elles soient isolées et qu'elles aient le moins de contact possible avec les autres. Quand ce sont des salariés, il faut qu'ils restent chez eux et surtout pas qu'ils aillent travailler. Et puis, nous attendons aussi un soutien des pouvoirs publics dans cette période. Il faut, en période de crise, augmenter les professionnels et pouvoir remplacer les salariés eux-mêmes malades. L'an dernier nous avons obtenu des crédits supplémentaires en urgence. Nous les redemandons cette année mais il faudra à terme augmenter le nombre de professionnels à domicile et en établissement.

Les personnes âgées, dans les Ehpad ou à domicile, sont-elles réfractaires à la vaccination ? Le personnel est-il difficile à convaincre ?

Oui, on constate que beaucoup de personnes hésitent devant la vaccination. Il faut plus d'information si on veut que les Français choisissent la vaccination. C'est manifestement ce que souhaitent les pouvoirs publics. Il faut informer en toute clarté, en toute transparence. Si une année, le vaccin n'est pas très efficace, il vaut mieux le dire. Parce que si l'année suivante il est plus efficace, peut-être que plus de personnes iront se faire vacciner. Et cela, plutôt que de faire croire qu'il l'est tout le temps, et de laisser prospérer des informations comme quoi il ne le serait pas, ce qui ajoute de la confusion à la confusion. En matière de choix vaccinal, il faut respecter le choix des Français, en particulier celui des personnes âgées. Le personnel est aussi difficile à convaincre. C'est pour cela que l'État a une grande responsabilité sur le sujet. L'État n'est pas très au clair : il dit qu'il faut se vacciner mais refuse de rendre la vaccination obligatoire. Ce qui montre qu'il y a quelques hésitations. Dès lors que la logique est volontaire, il faut dans une démocratie informer loyalement les Françaises et les Français.

Est-il possible aujourd'hui d'éviter ce grand nombre de décès à cause de la grippe ?

Bien sûr qu'on peut éviter ces décès. Cette crise, comme les crises de la canicule l'été, montre le retard de notre pays en matière d'aide aux personnes âgées. Il faut beaucoup plus de professionnels dans les établissements pour mieux accompagner au quotidien les personnes âgées. Il y a une telle incapacité des pouvoirs publics à répondre aux réels défis, qu'on ne parle de ces situations que quand on est en période de crise. Cela ne suffit pas. Les canicules l'été et les grippes l'hiver ne peuvent pas continuer à tuer des dizaines de milliers de personnes. La grippe de l'an dernier, c'est quatre fois plus de décès que les accidents de la route. Ce n'est pas acceptable. La situation n'est absolument pas sous contrôle. Elle le sera le jour où l'État comprendra qu'il faut mieux accompagner nos aînés pour éviter qu'ils ne meurent dans de telles situations inacceptables. Aussi, qu'il y ait un discours de transparence et de vérité sur ces vaccins.

"La grippe de l'an dernier, c'est quatre fois plus de décès que les accidents de la route." Pascal Champvert, président de l'association des directeurs au service des personnes âgées à franceinfo.
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