Grippe : la polémique entre l'interne en médecine, Marisol Touraine et Martin Hirsch, en cinq actes

La vidéo d'une interne en médecine a battu des records de vues sur internet en dénonçant la pénurie de moyens dans les hôpitaux publics parisiens. Ce qui n'a pas plu au directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch. 

Capture d\'écran de la vidéo de Sabrina Ali Benali, une interne en médecine parisienne, postée sur Facebook le 11 janvier 2017.
Capture d'écran de la vidéo de Sabrina Ali Benali, une interne en médecine parisienne, postée sur Facebook le 11 janvier 2017. (SABRINA ALI BENALI)

Elle est devenue une star sur Facebook. En pleine épidémie de grippe, la médecin Sabrina Ali Benali a interpellé la ministre de la Santé, Marisol Touraine, sur la pénurie de moyens dans les hôpitaux publics, dans une vidéo devenue virale.

Une semaine plus tard, le patron de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a répondu sur France Inter en affirmant que la jeune femme n'était pas interne des hôpitaux de Paris. Celle-ci, également coresponsable de la commission santé du Parti de gauche, a riposté en rendant publique sa fiche de paie du mois de décembre 2016, avec en-tête du siège de l'AP-HP. Récapitulatif en actes.

Acte 1. Sabrina Ali Benali dénonce la pénurie de moyens dans les hôpitaux publics

Dans une vidéo postée le 11 janvier sur son compte Facebook, Sabrina Ali Benali interpelle la ministre de la Santé : "Bonsoir Mme Touraine, c'est encore moi, c'est l'interne !" Un petit rappel pour signaler qu'elle poste des vidéos depuis octobre pour dénoncer les conditions de travail dans les hôpitaux publics. Elle poursuit, en brandissant un titre du Parisien sur "l'état d'urgence" dû à la grippe : "C'est quoi cette grosse blague ? (...) C'est tous les jours l'état d'urgence à l'hôpital, Mme Touraine !"

Puis elle énumère, face caméra, quelques exemples poignants de malades en détresse, comme cette vieille dame cardiaque qui passe la nuit sur un brancard aux urgences, faute de lit disponible dans onze hôpitaux à la ronde. "Je voulais juste vous expliquer ce que c'était votre politique en vrai, pour les gens, pas les grands tableaux Excel", conclut-elle, la voix chargée d'émotion. Depuis, la vidéo a fait plus de 11 millions de vues sur Facebook.

Acte 2. La médecin détaille sur France Inter les difficultés aux urgences

Mercredi 18 janvier, après être passée sur i-Télé, Canal+ et dans "Quotidien" sur TMC, Sabrina Ali Benali est l'invitée de Léa Salamé sur France Inter, à 7h50.

La station repasse l'extrait de sa vidéo où elle explique avoir appelé "onze hôpitaux" afin d'obtenir un lit disponible pour une patiente de 75 ans en insuffisance cardiaque. Interrogée, l'interne précise que la ministre de la Santé n'a pas répondu à son interpellation.

Acte 3. Martin Hirsch répond sur France Inter

La séquence fait bondir Martin Hirsch. Invité mercredi 18 janvier à un "Téléphone sonne" spécial santé sur France Inter, le directeur général de l'AP-HP affirme que Sabrina Ali Benali ne travaille pas dans l'un de ses établissements.  "Elle n'est pas de l'AP-HP,  martèle-t-il. (...) Elle y est de temps en temps, si je puis dire." Il ajoute que l'incident avec la patiente cardiaque ne s'est pas déroulé dans les hôpitaux de l'AP-HP. 

Ses propos sont repris dans la soirée par le compte Twitter officiel de l'AP-HP.

Acte 4. Sabrina Ali Benali répond à Martin Hirsch

Jeudi 19 janvier, dans la matinale de France Inter, Patrick Cohen relaie les propos de Martin Hirsch. "Dans sa chronique diffusée à 7h43, le journaliste de France Inter précise que Sabrina Ali Benali est affectée dans un hôpital privé du 12e arrondissement de Paris, où il n'y a pas de service d'urgences, contrairement à ce qu'elle explique dans sa vidéo sur Facebook", écrit The Huffington Post.

Mais la médecin a déjà répondu par une nouvelle vidéo publiée dans la nuit du 18 au 19 janvier sur YouTube.  Elle brandit sa fiche de paie du mois de décembre 2016, à en-tête et adresse du siège de l'AP-HP. "Le vent se lève et on dérange apparemment", conclut-elle.

Acte 5. L'AP-HP persiste et signe

Après la publication de cette nouvelle vidéo, et de nouveau mise en cause, l'AP-HP tient encore une fois à réagir afin de clarifier la situation. Elle donne de plus amples détails sur la jeune interne. "Les internes en médecine effectuent des stages semestriels et changent donc de service et/ou d'établissement tous les six mois, début novembre et début mai", explique la direction de la communication de l'AP-HP au HuffPost.

"Nous confirmons que Mme Ali Benali n'est pas, ce semestre (novembre 2016-mai 2017), en stage dans un hôpital de l'AP-HP", ajoute-t-elle. Une information qui est ensuite tweetée.

"Elle a choisi d'effectuer ce semestre un stage dans un hôpital privé à but non lucratif. Cet établissement privé hors AP-HP a passé une convention avec l'AP-HP, et la paie est assurée par le bureau des internes de l'AP-HP, même si l'interne n'intervient pas dans un des services de l'AP-HP", explique encore l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. C'est ce qui explique que son en-tête apparaisse sur la fiche de paie de décembre 2016 montrée par l'interne dans sa deuxième vidéo, selon l'AP-HP.

Cela ne discrédite pas pour autant la démarche de l'interne, qui alerte sur les difficultés rencontrées dans les hôpitaux en général, et pas uniquement à l'AP-HP. 

Enfin, l'affirmation selon laquelle Sabrina Ali Benali travaillerait dans un hôpital dépourvu de services d'urgences est fausse, démontre Le Monde, qui l'a contactée. "Mme Ali Benali travaille dans un hôpital privé géré par un établissement de santé privé d’intérêt public (Espic), autrement dit un groupe privé chargé de plusieurs établissements, explique le quotidien. Ce groupe possède bien un hôpital sans service d’urgence. Mais l’interne est affectée dans un autre hôpital du groupe, qui, lui, dispose bien d’un service d’urgences."