Covid-19 : trois questions sur les ruptures de stock de vaccins contre la grippe saisonnière

De nombreuses personnes se plaignent de ne pas trouver de vaccin en pharmacie, une semaine après le début de la campagne de vaccination.

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France Télévisions
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Un homme se fait vacciner contre la grippe, le 31 janvier 2020, à Washington (Etats-Unis). (EVA HAMBACH / AFP)

"Mon rendez-vous pris en pharmacie pour une vaccination contre la grippe a été annulé car plus de vaccins", témoigne un internaute dans le live de franceinfo, mardi 20 octobre. La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a débuté depuis une semaine et la tension sur les stocks se fait déjà sentir. En pleine deuxième vague d'épidémie de Covid-19, le ministère de la Santé encourage la population à se faire vacciner pour éviter un afflux de patients atteints d'une forme grave de la grippe à l'hôpital. Le ministère, qui anticipe "une demande accrue en vaccins cette année", engage en conséquence "les personnes ne présentant pas de risque particulier, qui souhaiteraient se faire vacciner, à différer leur vaccination à début décembre". Franceinfo répondre à trois questions sur les ruptures de stock de vaccins. 

Quel est le problème ?

Le vaccin contre la grippe saisonnière est recommandé pour les plus de 65 ans, pour les personnes souffrant de pathologies chroniques (insuffisance respiratoire, insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale, asthme, bronchopneumopathie obstructive...) et pour les personnes en obésité morbide. Sont également concernés les femmes enceintes et l'entourage des nourrissons de moins de 6 mois à risque de grippe grave et des personnes immuno-déprimées. Les soignants en contact avec les personnes à risque sont aussi invités à se faire vacciner.

La majorité des personnes ciblées reçoivent un bon de prise en charge du vaccin par l'Assurance-maladie, tandis que les autres peuvent se le faire délivrer "par leur médecin, sage-femme et, pour les personnes adultes, par leur infirmier ou pharmacien". Mais certaines personnes doivent actuellement attendre en raison de ruptures de stock dans certaines pharmacies.

A Rennes, Lille, Bourges... De nombreux internautes se plaignent dans le live de franceinfo de ne pas parvenir à trouver de vaccin contre la grippe. "Vous verrez que le prochain scandale qui va arriver très vite (...) c'est qu'il n'y aura pas assez de vaccin pour ceux qui veulent se faire vacciner", a ainsi alerté sur franceinfo le républicain Renaud Muselier. Le président de la région Paca assure qu'il n'a pas pu acheter de vaccins "chez les grands laboratoires, comme Sanofi".

Comment expliquer ces pénuries ?

Le succès du début de cette campagne vaccinale explique ces ruptures de stock localisées. Selon les premières estimations, plus de 5 millions de doses ont été vendues en une semaine. "La première journée de campagne, mardi dernier, a vu s'écouler 2,2 millions de doses de vaccins – dont 400 000 faits par les pharmaciens eux-mêmes", affirme Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, dans Le Journal du dimanche. "On a déjà vacciné pratiquement cinq millions de Français en moins de cinq jours, précise Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), contacté mardi par franceinfo. C'est pratiquement la moitié de ce qui a été fait toute l'année dernière pendant toute la campagne de vaccination."

"La semaine dernière, on a vendu 51% des doses écoulées l'an dernier", confirme dans Le Point Pascal Fontaine, directeur des achats du groupe Pharmacie Lafayette. Ce dernier alerte sur la venue en pharmacie de patients non prioritaires, contrairement aux recommandations des autorités sanitaires qui leur demandent d'attendre décembre. "Les quantités produites ne couvrent déjà pas toute la population à risque et le personnel soignant", explique-t-il. 

Même constat du côté de la Corse. "On n’a pas reçu suffisamment de vaccins pour honorer toutes les demandes", glisse Antoine-François De Prémont, membre du conseil de l’Ordre des pharmaciens en Corse, interrogé par France 3"La  communication autour de la campagne a trop bien marché." L’Agence régionale de santé de Corse explique de son côté qu’il est trop tôt pour faire un "bilan" et écarte une pénurie. "Les officines ont commandé un nombre suffisant de vaccins et sont approvisionnées par vagues, tout a été anticipé", assure l'ARS.

Plus qu'un problème de stock, il y aurait surtout un problème de logistique, selon Gilles Bonnefond. "À peu près 50% des pharmacies commencent à avoir des stocks très réduits et parfois carrément à zéro parce qu'elles attendent des livraisons supplémentaires de la part des laboratoires et dont les stocks aujourd'hui sont dans des frigos des laboratoires au lieu d’être dans les frigos des pharmaciens, déplore-t-il. Très clairement, si le laboratoire n'accélère pas de livraisons à la fin de la semaine, il y a 70% des pharmaciens qui n'ont plus de vaccins. Laisser un temps d'interruption d'approvisionnement de vaccins est inacceptable."

Combien de doses seront disponibles ?

Les autorités sanitaires ont pour objectif d'"approcher les 75% de couverture" pour la vaccination contre la grippe cette année, chez les personnes ciblées par les recommandations. C'est nettement supérieur au niveau atteint l'année dernière, qui "n'était que de 47,8%", rappellent les autorités sanitaires dans un communiqué. Pour cela, la campagne de vaccination s'étend jusqu'à fin janvier 2021.

En prévision de la demande accrue, les autorités sanitaires ont visé "30% de doses de vaccins supplémentaires disponibles, par rapport aux 12 millions de doses consommées lors de la précédente campagne 2019-2020, via un approvisionnement continu auprès des laboratoires pharmaceutiques", rappelle le communiqué. Cela représente donc plus de 15 millions de doses qui devraient être disponibles pour l'ensemble du territoire tout au long de la campagne de vaccination.

"Si on a les 15 millions de doses, cela sera à peu près suffisant, souligne Gilles Bonnefond qui souhaite surtout que ces doses soient bien disponibles. J'espère que ces doses ne sont pas parties, par exemple dans des entreprises, alors que, dans les entreprises, le personnel qui se vaccine n'est pas prioritaire par rapport aux personnes âgées ou aux personnes qui ont des pathologies chroniques."

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