RDC : défiance et désinformation, principales causes de la propagation de l'épidémie d'Ebola

La République démocratique du Congo traverse une nouvelle crise liée à la résurgence de la fièvre hémorragique, qui a fait plus de 600 morts depuis le 1er août 2018. Les causes en sont multiples.

Travailleurs de santé dans le centre de traitement Ebola, à Butembo, attaqué le matin du 9 mars 2019.
Travailleurs de santé dans le centre de traitement Ebola, à Butembo, attaqué le matin du 9 mars 2019. (JOHN WESSELS / AFP)

La République démocratique du Congo (RDC) connaît le 2e épisode le plus meurtrier d'Ebola sur le continent depuis 2016 (plus de 11 300 morts sur la période 2014-2016 dans l'ouest de l'Afrique). C'est la 10e fois que le pays est touché par le virus qui a tué plus de la moitié des quelque mille cas constatés, selon le ministère congolais de la Santé. Ce dernier précise également que 89 000 personnes ont été vaccinées depuis août dans le pays.

Un manque d'information

Une étude, publiée le 28 mars 2019 dans la revue médicale britannique The Lancet Infectious Diseases, revient sur les motifs qui ont favorisé la diffusion du virus dans la région de Butembo et Béni. Cette étude montre que sur 961 individus interrogés dans la région, seuls 589 sont favorables au vaccin auquel de gros moyens ont été consacrés. 

En cause, la défiance de la population envers les autorités locales, notamment. Les deux tiers des personnes interrogées ne leur font pas confiance pour les aider durant l'épidémie. Ainsi, une partie des malades n'est pas déclarée aux autorités de santé et est prise en charge par sa seule communauté. "Cela influe directement sur les risques de transmission", déclare l'auteur principal de l'étude, Patrick Vinck, de l'université d'Harvard (Etats-Unis).

Par ailleurs, 36% des sondés pensent que la maladie a été montée de toutes pièces pour déstabiliser le pays et 25% jugent qu'Ebola n'existe pas. 

Patrick Vinck insiste sur le "niveau de confiance très, très bas envers les institutions" de la population, lié notamment à la mauvaise gouvernance et à des décennies de violences. Selon le chercheur, il est compliqué dans ce cas d'amener les habitants à croire ce qu'on leur dit "et à adopter les comportements  recommandés".

En RDC, une prise de conscience de la société serait un grand pas vers l'éradication d'Ebola.