Pourquoi il ne faut pas craindre l'arrivée du virus Ebola en France

Le risque reste minime, selon de nombreux experts, et les autorités françaises prévoient un dispositif pour parer à tout risque d'importation de la maladie.

Des scientifiques allemands se livrent à un exercice de simulation pour se préparer à une éventuelle épidémie d\'Ebola, le 5 août 2014 à Francfort.
Des scientifiques allemands se livrent à un exercice de simulation pour se préparer à une éventuelle épidémie d'Ebola, le 5 août 2014 à Francfort. (BORIS ROESSLER / DPA / AFP)

L'épidémie d'Ebola continue de se propager en Afrique de l'Ouest. La Banque mondiale a annoncé, mardi 5 août, le déblocage de 200 millions de dollars en urgence pour aider la Guinée, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone à contenir la maladie, mais ce fléau, qui a déjà tué près de 900 personnes (voir le graphique ci-dessous), continue d'inquiéter. Les Etats-Unis ont rapatrié deux de leurs ressortissants atteints de la maladie, suscitant la peur et les critiques outre-Atlantique, note la Tribune de Genève.

En France, un vent de panique souffle dès qu'un cas d'Ebola est suspecté, comme à Limoges vendredi ou à Toulouse jeudi. Il faut dire que la maladie reste effrayante. Transmise par contact avec le sang ou les sécrétions d'une personne contaminée, elle se révèle mortelle dans plus d'un cas sur deux (jusqu'à 90% des cas, selon l'OMS) et il n'existe aucun vaccin ni traitement spécifique. Voilà pour les aspects terrifiants d'Ebola. Mais que les hypocondriaques se rassurent, de nombreux experts estiment qu'une propagation de l'épidémie en France et en Europe demeure improbable. Francetv info vous explique pourquoi.

Parce que les contrôles ont été renforcés

Pour éviter tout risque de propagation du virus, les autorités ont renforcé les contrôles ces dernières semaines, notamment dans les aéroports. A Conakry, en Guinée, la température des passagers est prise à l'aide d'un pistolet laser à l'embarquement, comme le raconte RFI. Une personne qui présenterait des symptômes graves tels que des vomissements ou une hémorragie ne pourrait pas monter à bord de l'appareil.

Côté français, la procédure pour l'accueil des passagers en provenance des pays concernés par la maladie a été renforcée, selon une note de la Direction générale de la santé (DGS) consultée par Le Parisien. "Air France a assuré une information spécifique auprès du personnel navigant de façon à ce que les premières mesures d'isolement d'un passager malade soient mises en place pendant le vol et les autorités aéroportuaires immédiatement alertées", détaille le document de la DGS. Le patient serait ensuite rapidement pris en charge par les autorités sanitaires.

Frédérique Prabonnaud, Ludivine Favrel / France 2

Toujours par précaution, le ministère des Affaires étrangères déconseille tout voyage en Guinée, au Liberia, au Nigeria ou en Sierra Leone, "sauf raison impérative". Des recommandations, mais "aucune restriction de voyage", rappelle la ministre de la Santé, Marisol Touraine, dans Le Parisien. "Le pire serait de céder à la panique et d'enfermer ces pays. Il faut les soutenir", ajoute sur France info Marie-Christine Ferir, directrice des urgences de l'association Médecins sans frontières.

Parce qu'un protocole strict est prévu

En France, "une épidémie est absolument improbable", affirme au JDD Pierre-Marie Girard, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, avant d'ajouter : "Mais il existe tout de même le risque qu'un cas importé ne se révèle." Dans ce cas, les autorités françaises ont prévu un protocole. Si un malade était repéré à son arrivée à l'aéroport, les autorités le prendraient immédiatement en charge et les personnes étant entrées en contact avec lui seraient mises sous surveillance, détaille Sylvain Baize, de l'Institut Pasteur de Lyon, sur Slate.

Dans le cas où un malade suspecté d'être contaminé par Ebola arriverait à Roissy Charles-de-Gaulle, il resterait isolé dès l'aéroport jusqu'à sa chambre d'hôpital individuelle en passant par son transport par le Samu, pour éviter toute nouvelle contagion. Il serait envoyé dans un hôpital spécialisé, équipé pour prendre en charge ce genre de maladies infectieuses. A partir de là, les tests sanguins pourraient être réalisés rapidement pour vérifier la contamination du patient, et les premiers soins pourraient être apportés. 

Parce que les structures de soins sont adaptées

Il reste possible qu'une personne en période d'incubation passe à travers les contrôles et amène le virus sur le sol français. Durant l'incubation, qui dure entre 2 et 21 jours, la personne n'est pas contagieuse, mais elle pourra développer la maladie une fois rentrée chez elle.

Pour faire face à cette possibilité, le ministère de la Santé a publié dès avril une note destinée aux professionnels de santé au sujet du virus Ebola. "Nous avons mis le dispositif de veille sanitaire en alerte pour sensibiliser les professionnels de santé au diagnostic et aux modalités de prise en charge au cas où un malade se présenterait souffrant de fièvre et rentrant de l'un des pays concernés par l'épidémie", a expliqué Marisol Touraine au Parisien.

"Une pandémie est exclue", rassure lui aussi Pierre Tattevin, du service infectiologie de l'hôpital de Rennes, interrogé par Slate. Le médecin explique que la France possède des dispositifs et des structures de soins bien plus performants que ceux des pays africains touchés par l'épidémie. Il n'existe pas de vaccin ou de traitements spécifiques, "mais on peut agir sur les symptômes", explique au JDD Pierre-Marie Girard. "On va traiter les diarrhées par exemple, et éviter par le traitement symptomatique un certain nombre de décès", ajoute ce spécialiste des maladies infectieuses. Une nouvelle rassurante pour la France, mais qui ne doit pas faire oublier, selon ce spécialiste, que la situation reste grave en Afrique de l'Ouest.