Vrai ou fake Y a-t-il vraiment eu 1 800 lits fermés ou supprimés dans les hôpitaux publics au premier trimestre de 2021 ?

L'AFP, reprise par plusieurs médias, attribuait cette affirmation au syndicat FO. Il y a une erreur, corrigée depuis : fruit d'un recensement déclaratif, le décompte portait sur une période de 15 mois, et non un seul trimestre.

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Un lit d'hôpital vide au Centre hospitalier Bretagne-Atlantique, à Vannes (Morbihan), le 21 avril 2021. (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP)

Après plus d'un an d'une pandémie de Covid-19 qui a poussé à plusieurs reprises les hôpitaux français jusqu'à la saturation, le chiffre était retentissant. La branche santé du syndicat Force ouvrière (FO) a dévoilé, lors d'une conférence de presse lundi 21 juin, le résultat d'un recensement des fermetures temporaires et des suppressions définitives de lits dans les hôpitaux français. "Hôpital : plus de 1 800 lits fermés ou supprimés en trois mois, s'insurge FO", a titré l'Agence France presse (AFP) dans une dépêche diffusée le jour même.

Le texte a été repris à l'identique par de nombreux médias, comme le sont souvent les dépêches de l'agence. Et il a fait réagir sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, des messages de l'ex-RN Florian Philippot, désormais président du parti Les Patriotes, et de l'économiste souverainiste Philippe Murer, ancien assistant parlementaire de Marine Le Pen, ont suscité de nombreuses réactions.

Plusieurs sections locales de FO ont également partagé des articles évoquant ce décompte de 1 800 lits fermés ou supprimés entre janvier et mars 2021. Soit, en un trimestre, plus de la moitié du nombre total de suppressions enregistrées en 2019, selon la Drees, le service statistique commun à plusieurs ministères dont celui de la Santé.

Une erreur qui change l'interprétation

Pourtant, FO n'a pas recensé 1 800 fermetures ou suppressions de lits au premier trimestre de 2021. Son décompte portait sur une période de 15 mois, débutant au 1er janvier 2020, et non 2021. "Il y a eu un gros bug du côté de l'AFP", constate Emmanuel Tinnes, assistant fédéral au sein de FO-Santé, joint par franceinfo mercredi.

Le dossier de presse (PDF) mis en ligne mardi par FO-Santé présente bien les chiffres du syndicat comme un recensement des fermetures et suppressions de lits à partir du 1er janvier 2020 (il présente en revanche la fin de la période étudiée comme fixée au 1er juin 2021, par erreur, explique Emmanuel Tinnes, car les chiffres présentés sont tous remontés avant le 31 mars). Alertée, l'AFP a mis à jour sa dépêche mercredi, et évoque désormais "plus de 1 800 lits fermés ou supprimés en 15 mois".

Une correction qui change la lecture du bilan de FO : si le nombre total de lits supprimés dans l'hôpital public sur cette période s'élève vraiment à 1 816, cela représenterait une part non négligeable du total de lits en France (392 000 en 2019 selon la Drees), mais une chute fortement ralentie par rapport aux 3 408 lits fermés de 2019.

Un décompte non exhaustif

Reste que le bilan dressé par FO ne prétend pas à l'exhaustivité. "Nous avons demandé à tous nos syndicats de nous faire remonter pour le 31 mars 2021, un état des lieux concernant la fermeture de lits dans leurs établissements. De cette manière, les chiffres collectés reposent sur des éléments déclaratifs", explique Didier Birig, secrétaire général de FO-Santé, dans le texte mis en ligne par le syndicat.

Par ailleurs, le syndicat "n'est pas représenté dans tous les établissements", mais "dans environ 75% d'entre eux", précise Emmanuel Tinnes. Dans le tableau présentant les résultats de ce recensement, certaines lignes de départements sont vides, mais il se peut que ce soit "parce qu'on n'a pas d'informations", explique-t-il.

Le décompte du syndicat présente d'autres limites. Il agrège des lits supprimés dans le cadre de restructurations ou de fusions d'établissements avec des lits fermés. Or, ces derniers "sont susceptibles de rouvrir", reconnaît Emmanuel Tinnes. "On peut fermer des lits par manque de personnel, ou dans des cas où on a besoin de dégager des effectifs ailleurs dans le cadre de la crise sanitaire." En effet, un lit d'hôpital ne demande pas simplement de disposer d'un espace pour un patient : il faut aussi des soignants pour s'en occuper. Les 1 800 lits évoqués par le syndicat n'ont dont pas forcément disparu pour de bon.

Des statistiques officielles connues dans un an

L'assistant fédéral FO redoute cependant que certaines de ces fermetures temporaires deviennent permanentes. "On ne se fait pas d'illusion, commente Emmanuel Tinnes. Les directions se rendront parfois compte que l'hôpital tourne tant bien que mal sans ces lits, et ne les rouvriront pas." Quant au besoin d'effectifs, il ne date pas d'hier, et le syndicat s'inquiète des conséquences négatives du manque de lits et de moyens sur l'attractivité de la profession dans une forme de cercle vicieux.

Le syndicat sait par ailleurs que son décompte ne peut pas être exact. Dans son texte mis en ligne, Didier Birig présente l'intention de FO comme "objectiver ce que nous avions comme retour des syndicats FO des établissements, à savoir que : pendant la crise, le gouvernement a continué à fermer des lits". Le site Bastamag avait déjà mené un travail proche, en octobre dernier, en recensant les projets de suppressions de lits maintenus malgré la pandémie, sur la base d'articles de la presse locale. Ces fermetures s'inscrivent dans une politique de longue date visant à développer la médecine ambulatoire, expliquait à France Culture l'économiste de la santé Nathalie Coutinet en avril. Dans sa conférence de presse lundi, Didier Birig a réclamé "que l'on rompe avec l'approche essentiellement financière, économique, qui prédominait jusqu'à maintenant", et demandé la fin des fermetures de lits.

Interrogé par l'AFP au sujet du décompte et des revendications de FO, le ministère de la Santé n'a pas nié la poursuite des fermetures de lits, mais a mis en avant une mesure annoncée après le Ségur de la santé : la création d'une enveloppe de 50 millions d'euros annuels pour financer l'ouverture de 4 000 lits ponctuels "lors des épisodes de pics d'activité".

Reste une question : combien de lits ont réellement été supprimés ou fermés au premier trimestre de 2021 ? Contactée par franceinfo, la Drees explique qu'elle ne dispose pas de données trimestrielles et rappelle qu'il existe "une 'saisonnalité' dans les ouvertures-fermetures de lits", les besoins n'étant pas identiques tout au long de l'année. Ses statistiques permettront, à terme, d'observer si le nombre total de lits en France a baissé entre 2020 et 2021. Il faudra toutefois patienter puisque les statistiques concernant 2020 sont attendues à l'automne, explique la Drees. Celles portant sur 2021 ne seront donc disponibles qu'en 2022.

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