Vrai ou fake Une étude a-t-elle vraiment découvert que le Doliprane était toxique pour les personnes malades du Covid-19 ?

Sur Twitter, des internautes ont affirmé que ce médicament présentait un danger pour les patients atteints du Covid-19. Des propos erronés, confirme le professeur Bruno Mégarbane à franceinfo.

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un pharmacien vend une boîte de Doliprane, le 24 mars 2020 à Excideuil (Dordogne). (ROMAIN LONGIERAS / HANS LUCAS / AFP)

"Le professeur Didier Raoult a sauvé des vies (...) Les autres ont des milliers de morts sur la conscience en les confinant chez eux avec du Doliprane." Réagissant sur Twitter au possible non-renouvellement du contrat de Didier Raoult à la tête de l'IHU Méditerranée infection, Nicolas Dupont-Aignan s'est attiré les foudres de nombreux médecins. Ainsi, 50 d'entre eux se sont associés à la plainte pour diffamation du docteur Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre, qui a jugé "indignes" les propos du leader souverainiste, a rapporté lundi 23 août RMC.

Surfant sur la polémique, un internaute auteur d'un tweet devenu viral a affirmé que le Doliprane était même dangereux pour les malades du Covid-19 : "Une étude vient de montrer la toxicité du Doliprane contre le Covid", a-t-il assuré. Franceinfo a souhaité vérifier ces accusations de dangerosité reprises par d'autres personnes sur les réseaux sociaux.

Aucune étude ne prouve que le paracétamol est dangereux pour les malades du Covid-19

Après enquête, aucune étude n'apparaît étayer les accusations de l'internaute. Interrogé par franceinfo, le professeur Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière, à Paris, réfute lui aussi les propos des utilisateurs de Twitter sur une éventuelle dangerosité du paracétamol (antalgique commercialisé sous les noms de Doliprane, Dafalgan et Efferalgan) pour les malades du Covid-19.

"Ce traitement est uniquement pour les symptômes", décrit le médecin. "En pratique, on peut prendre du paracétamol quand on a de la fièvre ou des douleurs, notamment musculaires, ou des douleurs articulaires liées au tableau de type grippal de la Covid." "Ça permet de faire baisser la température et de soulager les quelques douleurs bénignes dont peut se plaindre le patient en cas de Covid", explique encore Bruno Mégarbane. Voilà d'ailleurs pourquoi la molécule est recommandée aux malades par le gouvernement français, la base des médicaments Vidal ou encore par les autorités de santé britanniques* et américaines* (qui parle d'acétaminophène, autre terme utilisé pour le paracétamol).

Mais la prise de paracétamol n'a aucun effet sur le déroulement de la maladie, avertit le professeur de l'hôpital Lariboisière. "Si vous avez un Covid à la maison et que vous prenez du paracétamol, ça ne va pas vous empêcher de faire une forme grave si vous deviez la faire. Ça ne modifie en rien le cours de la maladie. A l’inverse, ça n’aggrave pas la maladie non plus." 

L'ibuprofène, cet anti-inflammatoire lui aussi utilisé pour traiter les états grippaux, avait été lui mis de côté au profit du paracétamol au début de la pandémie. Il avait été en effet épinglé par le ministre de la Santé, Olivier Véran, pour sa dangerosité supposée chez les patients atteints de Covid-19. Finalement, il avait été mis hors de cause par l'Organisation mondiale de la santé en avril 2020*, puis par une étude parue en mai dernier qui avait conclu que cet anti-inflammatoire pouvait être utilisé "en toute sécurité chez les patients qui ont le Covid-19".

Une toxicité connue en cas de surdosage

Cependant, la prise de paracétamol n'est pas pour autant sans danger. Comme toute prise de médicament, il est important de veiller à respecter la posologie, rappelée par exemple sur la notice du Doliprane. Un adulte ne doit pas prendre plus de trois grammes par jour en automédication. Il peut aller jusqu'à quatre grammes uniquement sur conseil du médecin ou du pharmacien. La limite quotidienne peut être réduite chez les personnes atteintes d'une maladie hépatique, précise Bruno Mégarbane à franceinfo.

Sans cela, les patients risquent de développer des lésions irréversibles au niveau de leur foie. "Le premier signe de surdosage va être des vomissements, puis parfois des douleurs abdominales", décrit le professeur Bruno Mégarbane. "A ce moment-là, on fait une prise de sang pour mesurer la concentration de paracétamol dans le sang et on va donc détecter une hépatotoxicité (...) ou on va prédire le risque d’une hépatotoxicité à venir." Dans ce cas, "il existe un antidote très efficace  (...) pour éviter l’hépatotoxicité", rassure le chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière. Néanmoins, en cas de prise en charge trop tardive, il arrive que seule une transplantation puisse être envisagée.

Ces conséquences avaient poussé l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à apposer en 2019 un message d'alerte sur les boîtes de médicaments contenant du paracétamol, achetées à près de 500 millions d'unités chaque année en France, avec pour slogan "Surdosage = Danger". Pour autant, "il n'y a aucune raison rationnelle de penser que la toxicité du paracétamol est plus marquée chez les patients atteints du Covid-19", souligne Bruno Mégarbane.

* Ces liens renvoient vers des articles en anglais.

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