Covid-19 : peut-on vraiment dire que le retour à la vie normale est proche ?

Les modélisations des scientifiques confirment une tendance à l'amélioration de la situation sanitaire dans les prochaines semaines. Mais il y a encore trop d'inconnues autour des vaccins, du virus et de ses variants pour se projeter à plus long terme.

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Le Premier ministre, Jean Castex, le 20 août 2021 en visite au CHU d'Etampes (Essonne), en banlieue parisienne. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"Le retour à une vie normale." L'expression est sur toutes les lèvres et l'espoir dans tous les esprits, en cette rentrée, une fois de plus menacée par l'épidémie de Covid-19. "On n'est pas très loin du retour à une vie proche de la normale", a assuré, lundi 30 août, le président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, Alain Fischer, sur BFMTV. "On veut retrouver une vie normale", "on n'est pas loin, j'espère", "on est sur le bon chemin", a souhaité le Premier ministre, Jean Castex, le lendemain, à l'occasion d'une visite dans un centre de vaccination alsacien. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a lui aussi fait part de son "optimisme prudent", mercredi 1er septembre, après le Conseil des ministres. Mais cet horizon est-il vraiment si proche ?

Une mise au point s'impose d'emblée : une "vie normale", ce n'est pas une vie comme avant l'apparition du Sars-CoV-2, mais une vie la plus normale possible avec ce coronavirus dans notre environnement. "L'expression 'vivre avec le virus' ne doit pas être, comme ça a pu être suggéré l'an dernier, vivre comme si le virus n'existait pas, parce que l'ignorer ne le fait pas disparaître", prévient Florence Débarre, chercheuse en biologie évolutive au CNRS.

Le pic de la quatrième vague semble passé

S'il est tant question d'un "retour à la vie normale", c'est d'abord parce que les chiffres de l'épidémie communiqués par Santé publique France (SPF) sont plutôt encourageants à l'échelle nationale, même si la situation en outre-mer reste préoccupante. Le pic de la quatrième vague semble, en effet, passé et celle-ci a, en outre, été moins importante que les précédentes. 

Au plus fort de cette reprise de l'épidémie, SPF a recensé un peu plus de 23 000 contaminations quotidiennes en moyenne début août. Bien loin des plus de 54 000 cas de début novembre 2020 et des près de 35 000 de début avril. Cette vague a aussi été moins meurtrière, avec un peu plus de 150 morts par jour au maximum à l'hôpital à la fin août, contre plus de 600 en avril 2020, plus de 550 en novembre 2020 et encore près de 450 en avril dernier.

Pour autant, les services de réanimation soignent encore beaucoup de malades du Covid-19 dans plusieurs régions. Ceux-ci occupent plus de 70% des lits en Provence-Alpes-Côte d'Azur, plus de 60% en Occitanie et plus de 50% en Corse. "On aborde la rentrée avec plus de 2 000 personnes en soins intensifs. L'année dernière, on était à moins de 500 à cette époque", relève Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses.

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Une tendance confirmée par les modélisations

D'après les projections de l'Institut Pasteur, ce reflux de l'épidémie va se poursuivre dans l'Hexagone, la baisse des contaminations entraînant la diminution des hospitalisations. Pour l'outre-mer, "nos projections restent très incertaines", reconnaissent les modélisateurs. Mais l'horizon de cette modélisation s'arrête au 12 septembre. Que va-t-il se passer après ? Mystère. "Personne ne peut vous dire avec certitude ce qui va se passer à plus de deux semaines", tranche Samuel Alizon. 

"Il y a beaucoup trop de variables à prendre en compte", pointe Florence Débarre. La première inconnue de cette équation a trait à la vaccination. "Avec la reprise de l'école, il va probablement y avoir une hausse des contaminations chez les plus jeunes, non vaccinés, souligne la biologiste. La question qui se pose est la suivante : y a-t-il assez de personnes vaccinées dans les classes d'âge supérieures pour éviter que les contaminations ne se répercutent sur les plus âgés ? Ça, c'est encore difficile à dire." L'épidémiologiste Vittoria Colizza redoute, elle aussi, cet "effet rentrée".

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Deuxième inconnue listée par Florence Débarre : "l'efficacité du vaccin", "non seulement dans le temps, mais aussi selon l'âge, selon les variants et selon les vaccins". Les études confirmant la légère baisse d'efficacité des vaccins au fil des mois et face au variant Delta se succèdent. Cette diminution de la protection immunitaire conférée par la vaccination a conduit les autorités sanitaires à lancer en septembre une campagne de rappel pour les plus âgés et les plus à risques.

"Le variant Delta a rebattu les cartes"

Troisième inconnue : les variants. "On ne sait pas anticiper l'apparition d'un nouveau variant, expose la biologiste. L'évolution est une source de surprises chaque jour. Le variant Delta en est une illustration : il n'a aucune des mutations clés qui étaient ciblées par le criblage des trois premiers variants préoccupants identifiés." L'enjeu n'est pas seulement national, mais bien planétaire. "Il y a encore plein de régions du monde où l'épidémie n'est absolument pas contrôlée et dans lesquelles la vaccination est très largement insuffisante, notamment sur le continent africain. Il est possible que les prochains variants préoccupants émergent dans ces régions", souligne Florence Débarre.

"Le variant Delta a rebattu les cartes, parce qu'il est deux fois plus contagieux que les lignées qui circulaient initialement, constate Samuel Alizon. Ce qui était la bonne nouvelle de ce début d'année, à savoir que les vaccins empêchaient aussi la transmission, est plutôt vrai dans un cas sur deux : une personne sur deux, même si elle ne fera pas de forme grave, pourra quand même être infectée." Mais le chercheur insiste : "Les personnes vaccinées infectées ne sont toutefois pas aussi contagieuses que les personnes non vaccinées infectées : cette contagiosité est diminuée de l'ordre de 40%."

"On espérait que la vaccination permettrait de stopper complètement la circulation du virus. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'elle aide certes à la limiter, mais qu'elle risque de ne pas être suffisante pour empêcher une vague épidémique."

Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS

à franceinfo

S'ajoute encore une autre variable : les décisions politiques. "Si le gouvernement décide de mettre en place des mesures strictes dès demain ou, à l'inverse, de relâcher toutes les mesures, vous aurez des scénarios complètement différents sur l'épidémie", note Samuel Alizon. Conclusion du chercheur : "A cinq semaines, les scénarios médians qu'on annonce correspondent généralement assez bien à ce qui se réalise. Cinq semaines : c'est déjà beaucoup."

Un risque de nouvelle vague qui submergerait l'hôpital

Quand le retour à la vie normale sera-t-il possible ? Pour tenter de répondre à cette question, les chercheurs ont conçu un logiciel, COVimpact, qui simule l'impact d'une vague épidémique sur l'hôpital. Les scientifiques envisagent le scénario suivant : une vague épidémique de grande ampleur touche la France.

Ce scénario est bâti sur un nombre de reproduction de l'épidémie – le fameux R0 – de 1,15, soit "un peu inférieur à ce qu'on a connu à la rentrée dernière", commente Samuel Alizon. Cela signifie que 100 personnes infectées en contaminent 115. "Si vous laissez passer une vague épidémique de cette ampleur, sans confiner au milieu, comme l'année dernière, vous aurez de l'ordre d'une personne sur quatre exposée à l'infection", calcule le modélisateur.

La vague épidémique modélisée dure environ deux mois. Si 95% de la population adulte, c'est-à-dire âgée de plus de 18 ans, est vaccinée et que le vaccin est efficace à 95% contre les formes sévères du Covid-19, 10 000 patients environ arrivent en réanimation en deux mois. Mais si le vaccin ne protège qu'à 85% contre les formes graves de la maladie, ce sont quelque 20 000 malades qu'il faudrait prendre en charge. Dans le premier cas, la vague épidémique, "comparable à une épidémie annuelle de grippe", "devient absorbable" pour l'hôpital, mais dans le second cas, "le système hospitalier français n'est pas dimensionné pour l'absorber", avertit Samuel Alizon.

Ce taux de vaccination est encore loin d'être atteint, même si plus de 370 000 injections ont lieu chaque jour en moyenne. A l'heure actuelle, 80,5% des Français âgés de plus de 18 ans sont complètement vaccinés. Et 15% des 80 ans et plus et des 40-49 ans n'ont pas reçu de première dose. Cette proportion atteint 20% chez les 30-39 ans.

"Ce que la modélisation nous dit, c'est qu'on ne pourrait pas revenir dès demain à la vie d'avant. On ne pourrait pas tout relâcher, c'est-à-dire arrêter la ventilation, l'aération, le port du masque, la distanciation physique, le suivi de cas contact, l'isolement... Ça, aujourd'hui, ce n'est pas envisageable."

Samuel Alizon

à franceinfo

Pour aller vers ce "retour à la vie normale", Samuel Alizon et son collègue épidémiologiste Mircea Sofonea font une série de propositions dans Le Figaro. "Ce qui nous semble le plus important, c'est de travailler sur la prévention", résume le premier. Un "contact tracing" plus poussé, mais aussi plus de dépistage aléatoire et plus de séquençage des échantillons prélevés garantiraient un meilleur suivi de l'épidémie, selon eux.

Cette prévention des infections passe aussi par une amélioration de l'aération et de la ventilation de tous les espaces clos, que ce soit les lieux de vie, les lieux de travail ou de transit ; avoir le réflexe d'ouvrir plus souvent les fenêtres pour aérer, mais aussi mesurer la qualité de l'air dans les pièces avec des capteurs de CO2 ou installer des purificateurs d'air là où leur utilisation paraît indispensable.

"Vivre avec le virus, cela veut dire adapter nos vies à cette nouvelle réalité qu'est l'existence d'un nouveau pathogène qui nous infecte, et ainsi retrouver une vie qui soit la plus semblable à celle d'avant. Mais cela nécessite des adaptations."

Florence Débarre

à franceinfo

Les deux scientifiques appellent également à investir dans la recherche. "Sur le moyen et le long terme, c'est une perspective pour faire face à cette épidémie", fait valoir Samuel Alizon. Car l'espoir d'un retour à une vie normale réside aussi dans le développement de traitements qui permettront d'éviter les formes graves de la maladie ou la mise à jour des vaccins à ARN messager face à d'éventuelles nouvelles mutations du virus.

"Il y a aussi énormément de marges de progrès sur le soin hospitalier", poursuit Samuel Alizon. L'augmentation du nombre de lits, notamment en réanimation, "pourrait être quelque chose à envisager, si cela permet de 'laisser passer' des vagues de Sars-CoV-2, un peu comme il y a des vagues annuelles de grippe".

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