Vrai ou fake Covid-19 : les rassemblements en plein air favorisent-ils la propagation du virus ?

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Des Parisiens prennent un bain de soleil le 27 février 2021 sur les quais de Seine. (THOMAS COEX / AFP)

Même si le risque de contamination est faible à l'extérieur, il reste théoriquement possible d'être contaminé par des gouttelettes ou des aérosols projetés par une personne infectée se trouvant à proximité, selon plusieurs études.

Une dangereuse respiration en pleine épidémie de Covid-19 ? Profitant de belles journées ensoleillées, de nombreux Parisiens se sont rassemblés sur les quais de Seine, samedi 27 et dimanche 28 février. Des moments d'insouciance écourtés, dimanche, par les policiers qui ont fait évacuer les lieux en fin de journée. 

Mais avant cela, cet après-midi de détente a pu faire oublier à certains les gestes barrières. Sur les photos et vidéos prises de cette foule, les visages démasqués sont légion. Que ce soit pour pique-niquer, prendre un apéritif ou bavarder en fumant avec des amis, les occasions n'ont pas manqué.

Ces images ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux. Certains se sont offusqués de ces comportements. D'autres ont à l'inverse dénoncé une intervention policière inutile et demandent les preuves de l'existence de contaminations et de clusters en extérieur.

"Le risque de contamination en extérieur existe", assure Pascal Crépey, enseignant-chercheur au département d'épidémiologie et de biostatistiques de l'Ecole des hautes études en santé publique. "Qu'on soit à l'intérieur ou à l'extérieur, la transmission par manuportage ne varie pas", confirme le virologue Jean-Claude Manuguerra, responsable de la cellule d'intervention biologique d'urgence à l'Institut Pasteur. Toucher une surface contaminée, se serrer la main, picorer dans le même sac de chips peut suffire à s'infecter.

Le risque des gouttelettes et des aérosols

La contamination par gouttelettes ou aérosols est également possible, même si, souligne Jean-Claude Manuguerra, "dans le milieu extérieur, il y a forcément une meilleure ventilation et donc un effet de dilution extrêmement grand". Reste qu'"à l'extérieur, il y a une possibilité d'être infecté par des gouttelettes à une distance de moins d'un ou deux mètres", indique le virologue.

"Si on est en face d'une personne qui parle sans masque, on peut être contaminé."

Jean-Claude Manuguerra, virologue à l'Institut Pasteur

à franceinfo

De même, les aérosols émis par une personne éternuant à proximité représentent un risque potentiel. "Lorsqu'on éternue, on crée plus d'aérosols que de gouttelettes. Les gouttelettes tombent tout de suite, mais les aérosols peuvent être projetés sur 6 ou 8 mètres, expose Jean-Claude Manuguerra. A l'extérieur, si quelqu'un éternue et si on ne porte pas de masque, on peut très bien être atteint, expose le virologue. Mais le virus va très vite être dilué dans l'air et, à moins d'être vraiment en face, le risque d'être infecté est faible."

Un danger bien plus faible qu'en intérieur

"Il n'y a pas de comparaison possible entre les risques à l'intérieur et ceux à l'extérieur", affirme cependant Isabella Annesi-Maesano, codirectrice de l'Institut Desbrest d'épidémiologie et de santé publique de l'Inserm à l'université de Montpellier. "Il est fort probable que le risque de cluster en extérieur soit très limité voire quasi-nul", abonde Pascal Crépey. 

"Ce qui provoque les clusters, ce sont en général les contaminations par aérosols, expose le spécialiste. Ces micro-gouttelettes, qui restent en suspension dans l'air et qui, lorsqu'elles s'accumulent deviennent contaminantes, peuvent contaminer un grand nombre de personnes, si elles se trouvent dans la même pièce et que l'air n'y est pas renouvelé. Par définition, en extérieur, l'air est renouvelé tout le temps et ces aérosols ne peuvent pas s'accumuler." Pour cette même raison, "le risque d'événement de sur-propagation avec un super-contaminateur est beaucoup plus faible qu'en intérieur", indique Pascal Crépey.

"Les connaissances en matière de physique et d'aérosols nous disent qu'il est possible d'aller vers le risque zéro", garantit Isabella Annesi-Maesano. "On peut prendre des précautions simples. On peut voir quelques amis, mais pas tout un groupe. On peut porter le masque, maintenir une distance, réduire la durée de la rencontre, ne pas rester au même endroit ni dans des lieux très peuplés, ne pas partager de boisson ou de nourriture", énumère l'experte.

Oui à la promenade, non au pique-nique

Mieux vaut également discuter avec ses amis tout en se promenant plutôt qu'en partageant un pique-nique ou un apéritif. "Toutes les activités statiques et de proximité vont forcément être plus à risques de contamination que les activités mobiles", ajoute Pascal Crépey. D'autant que "si on fume, si on boit, si on mange, le masque tombe", souligne Jean-Claude Manuguerra.

"La distance et le masque jouent vraiment un rôle protecteur."

Anne-Claude Crémieux, professeure spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis de Paris

à franceinfo

En plein air, le soleil peut certes être un atout contre le virus, mais limité. "Les UV ont tendance à détruire le virus, mais lorsqu'il est à l'extérieur de notre organisme, déposé sur une surface, note Pascal Crépey. Mais on se contamine relativement peu via les poignées de portes par exemple."

Moins de 10% des cas rapportés

Les preuves de contaminations en plein air existent elles aussi. A San Francisco (Etats-Unis), des chercheurs du département d'épidémiologie de l'université de Californie ont passé en revue les études traitant des modes de transmission du Sars-CoV-2, le virus responsable du Covid-19. Leurs travaux ont été publiés dans le Journal of Infectious Diseases (en anglais), le 15 février. Les contaminations à l'extérieur représentent moins de 10% des infections et moins de 5% sont liées à des activités en plein air, évaluent ces scientifiques, en se basant sur cinq publications différentes.

Ils notent qu'une étude de médecins du groupe d'intervention sur les foyers de contamination du ministère de la Santé japonais a ainsi calculé que la probabilité d'être contaminé était 18,7 fois moins élevée en extérieur qu'en intérieur. Ils relaient un autre constat notable. Une étude d'universitaires chinois a constaté que sur 318 clusters identifiés dans 120 villes de Chine, un seul était survenu à l'extérieur. Leur analyse confirme que le risque de contamination en extérieur existe, mais qu'il est bien plus faible qu'en intérieur. Mais les auteurs soulignent que leurs conclusions se fondent sur des données très limitées.

"On sait que ça existe, mais pour le chiffrer, pour savoir quelle est sa part dans la transmission, on a raté le coche."

Anne-Claude Crémieux

à franceinfo

Pour comprendre les raisons de ce manque de connaissances scientifiques sur les contaminations à l'extérieur, il faut remonter au début de la deuxième vague épidémique, qui a frappé les pays occidentaux à l'été, explique Anne-Claude Crémieux, professeure spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis de Paris. "Nous avons connu la période estivale où le virus a circulé et où les gens ont pris des repas à l'extérieur. Mais on n'a pas fait de 'contact-tracing' rétrograde. On a recherché les contacts en aval, mais pas du tout en amont, afin de savoir ce qui s'était passé cinq jours avant les symptômes. On a perdu une somme d'informations impressionnantes et notre connaissance des sources de contamination est extrêmement limitée", déplore la membre de l'Académie de médecine.

Un type de contamination difficile à identifier

Si les contaminations et les clusters en extérieur sont si rares dans les études, c'est aussi parce qu'ils sont difficile à identifier. Pascal Crépey pointe "un biais d'observation""C'est très compliqué de mettre en évidence des contaminations et des clusters en extérieur, reconnaît l'expert. Les gens qui se retrouvent en extérieur le font en général temporairement et pas dans un cadre très fixe."

Qui était cet inconnu qui toussait près de vous sur les bords de Seine ? Comment être sûr que vous avez été contaminé sur cette pelouse des Buttes-Chaumont et pas dans le métro ou le bus pris pour y aller ou en revenir ? "Recréer les liens entre ces personnes, lorsqu'elles ont été infectées, et identifier qu'elles ont été en contact à un moment précis seulement en extérieur, c'est souvent impossible", relève le spécialiste. 

Pour Anne-Claude Crémieux, la meilleure preuve de l'existence des contaminations en extérieur est apportée par les études sur l'efficacité du port du masque dans l'espace public, réalisée en Allemagne, aux Etats-Unis ou encore en Italie. "On a maintenant des données très solides pour démontrer que les Etats et les régions qui ont mis en œuvre l'obligation du port du masque dans les lieux publics, y compris dans la rue, ont connu une diminution de la circulation du virus, comparés à d'autres Etats ou régions où la mesure n'a pas été mise en place", souligne la membre de l'Académie de médecine.

"Ce sont les pays qui ont rendu le masque obligatoire partout dans les lieux publics, y compris dans la rue, qui ont été capables de contrôler plus rapidement l'épidémie."

Anne-Claude Crémieux

à franceinfo

Pascal Crépey espère que le projet de festival-test, qui pourrait avoir lieu durant deux jours près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) au mois de mai avec 2 000 spectateurs qui seraient testés avant et après l'événement, apportera "des éléments sur ce risque de contamination en plein air" et sur "les niveaux de risques, notamment de sur-propagation".

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.