Visons touchés par le Covid-19 : quatre questions pas si bêtes sur la transmission du virus entre l'homme et l'animal

La France vient à son tour de détecter la présence du coronavirus Sars-CoV-2 dans l'un de ses quatre élevages de visons, en Eure-et-Loir. Mille de ces mammifères doivent être abattus.

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Un élevage de visons dans une ferme de Naestved, au Danemark, le 16 novembre 2020. (MADS CLAUS RASMUSSEN / RITZAU SCANPIX / AFP)

Après le Danemark, la Suède, l'Espagne, l'Italie ou encore les Pays-Bas, la France est touchée à son tour. L'un des quatre élevages de visons de l'Hexagone, situé dans l'Eure-et-Loir, est atteint par l'épidémie de Covid-19. Mille de ces petits mammifères élevés pour leur fourrure devront être abattus. "Un autre élevage est indemne. Des analyses sont encore en cours dans les deux derniers et les résultats sont attendus dans le courant de la semaine", a annoncé le ministère de l'Agriculture, dimanche 22 novembre. De quoi relancer les interrogations sur la circulation du virus entre l'être humain et l'animal, en temps de pandémie.

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1Pourquoi abat-on les visons dans les élevages où ils ont été contaminés ?

Parce que le vison peut non seulement contracter la maladie, mais aussi, sous certaines conditions, infecter l'être humain. "L'actualité récente au Danemark et aux Pays-Bas a en effet montré des cas de contaminations humaines à partir de grands élevages de visons", écrit l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), dans un avis publié le 19 novembre. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenu les comptes : "Depuis juin 2020, 214 cas humains de Covid-19 ont été identifiés au Danemark avec des variants du Sars-CoV-2 associés à des visons d'élevage, dont 12 cas avec un variant unique (...)  dans le Jutland du Nord", écrit-elle.

Selon l'Anses, cette transmission du vison à l'être humain est à relier "au contexte de forte pression virale due à une densité élevée de la population animale au sein de ces élevages". "Il y a une question de proximité, pour ne pas dire de promiscuité dans les élevages : le virus circule très facilement de cage en cage", note aussi Radio France.

Abattre les animaux des élevages touchés permet ainsi d'éviter de nouvelles contaminations humaines. Mais au-delà, il s'agit d'éviter de constituer "un réservoir du virus" qui serait susceptible, d'ici quelques semaines ou quelques mois, de faire repartir l'épidémie chez les humains, remarque France 3 Centre-Val de Loire. C'est pourquoi, "une fois le virus détecté au sein d'un élevage, l'abattage des visons est la seule solution pour ne pas prendre le risque de créer un cluster géant", écrit la chaîne. Quitte à ce que l'opération prenne des dimensions importantes : au Danemark, 17 millions d'animaux doivent être tués.

En revanche, note encore France 3 Centre-Val de Loire, il n'y aurait pas de raison de s'inquiéter des mutations du virus constatées chez le vison. Pour François Balloux, professeur à l'University College de Londres, elles n'augmentent pas la transmissibilité ou la létalité du virus chez l'homme. "Ces mutations représentent des adaptations du virus à la transmission chez les visons, et ne rendent pas les souches mutées plus transmissibles ou pathogènes pour l'homme", estime ce spécialiste.

2Des êtres humains ont-ils été contaminés en France par des visons ?

Pour l'instant, non, affirme en substance le ministère de l'Agriculture dans un communiqué publié le 22 novembre. "Les résultats des analyses réalisées sur les éleveurs des quatre élevages se sont tous révélés négatifs. Une surveillance renforcée a été mise en place pour quatre personnes en lien avec l'élevage contaminé et de nouvelles analyses sont en cours", écrit le ministère.

Il rappelle toutefois "l'importance des gestes barrières pour lutter contre la propagation de la Covid-19 : il s'agit de protéger les visons d'une éventuelle contamination à partir du personnel des élevages, mais aussi, par précaution, d'éviter les contacts entre des animaux qui seraient infectés et le personnel des élevages".

3Un chien, un chat ou un furet domestique peuvent-ils me contaminer ?

Non, répond l'Anses, toujours dans son avis publié le 19 novembre, avant d'établir quelques nuances. 

"Très peu de chiens ont développé des signes cliniques en condition naturelle au regard des niveaux d'exposition au virus pourtant très élevés (des milliers de personnes infectées par la Covid-19 ont été en contact étroit avec leur chien)."

L'Anses

dans un avis publié sur son site

"Par ailleurs, les essais réalisés sur des chiens contacts n'ont pas permis de démontrer une transmission du virus entre eux. Enfin, il n'existe pas, à l'heure actuelle, de données scientifiques mettant en évidence une transmission du Sars-CoV-2 depuis le chien vers une autre espèce", ajoute l'agence.

En revanche, non seulement les chats hébergent le virus, mais ils peuvent tomber malades et transmettre la maladie à leurs congénères. Faut-il s'affoler pour autant ? Non, répond l'Anses. "Il n'existe à ce jour pas de données scientifiques mettant en évidence une transmission du Sars-CoV-2 depuis le chat vers une autre espèce". Idem pour les furets (et les hamsters) : ils peuvent héberger le virus, tomber malades, et le passer à d'autres furets (ou hamsters). Mais pas à d'autres espèces. 

4Puis-je transmettre la maladie à mon animal de compagnie ?

Oui, et notamment à votre chat, plus sensible au virus que le chien. Limitez donc les marques d'affection à son égard si vous êtes malade.

"La survenue d'infections naturelles chez les chats par le Sars-CoV-2 intervient dans un contexte de forte pression virale, par contacts étroits avec leurs propriétaires atteints par la Covid-19."

L'Anses

dans un avis publié sur son site

De façon générale, si vous êtes contaminé par le Covid-19, l'agence sanitaire vous recommande d'"éviter tout contact étroit avec les animaux" (chat, chien, hamster, furet, etc.), sans pour autant compromettre leur bien-être". Lorsque le contact est nécessaire (pour soigner votre animal, par exemple), il est "recommandé de porter un masque et de se laver les mains avant et après"

Les mêmes précautions valent vis-à-vis des animaux sauvages détenus en captivité. "Les tigres, lions et pumas" des parcs zoologiques "sont des espèces réceptives et sensibles au Sars-CoV-2", souligne l'Anses. En clair, ils peuvent héberger le virus et tomber malades s'ils sont en contact avec des humains infectés.

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