Vidéos Covid-19 : du Bangladesh au Mexique, ils racontent une année d'écoles fermées

A l'heure d'une nouvelle fermeture des établissements scolaires en France, franceinfo a interrogé des élèves et enseignants de République tchèque, des Etats-Unis ou encore du Kenya, confrontés depuis plus d'un an à l'enseignement à distance. 

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Des élèves au Kenya, aux Etats-Unis, en République tchèque et au Bangladesh, ainsi qu'une enseignante au Mexique, témoignent de leurs difficultés après une année d'enseignement à distance.  (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Un bond en arrière pour 12,4 millions d'élèves français. Les écoliers, collégiens et lycéens ont repris leurs enseignements à distance, mardi 6 avril, pour tenter d'endiguer la troisième vague de l'épidémie de Covid-19. Les cours "se feront à la maison" pour au moins trois semaines, a prévenu Emmanuel Macron mercredi 31 mars au soir. 

Si la France a choisi de laisser ses écoles ouvertes ces derniers mois, d'autres pays ont, eux, fermé les établissements depuis mars 2020. Selon les données de l'Unicef (en anglais), 168 millions d'élèves dans le monde ont été entièrement privés d'école en présentiel ces 12 derniers mois. Près de 215 millions, soit un élève sur sept, ont suivi plus des trois quarts de leurs enseignements loin de leurs salles de classe.

Au total, 211 jours sans aller en classe au Panama, 198 jours au Bangladesh, 180 au Mexique… Aujourd'hui encore, 888 millions d'enfants et d'adolescents voient leur année scolaire perturbée par la pandémie de Covid-19. Franceinfo a interrogé quatre élèves et une enseignante, pour qui "l'école à la maison" est une réalité quotidienne depuis un an.

Saira Fakiri, 12 ans, collégienne aux Etats-Unis

Cette année passée si loin de l'école a été particulièrement éprouvante pour Saira Fakiri. L'adolescente a brusquement quitté son école primaire de Pleasanton, en Californie (Etats-Unis), quand l'épidémie a renvoyé chez eux les élèves de l'Etat. "Nous pensions que nous allions quitter l'école pour deux semaines, que ce serait une sorte de pause. On était contents !" sourit la jeune Américaine. Le virus progressant, ces quinze jours de "pause" sont devenus des semaines, puis des mois d'école en ligne. C'est ainsi que Saira Fakiri est devenue collégienne – devant son ordinateur, (trop) loin de son école. 

La transition de l'école primaire au collège, déjà loin d'être anodine, est devenue insurmontable pour la jeune fille. Elle qui suivait déjà difficilement un seul cours sur Zoom chaque jour en primaire a dû composer dès la rentrée avec des classes virtuelles changeant à chaque heure. Et surtout, une charge de travail sensiblement plus importante. "Je n'arrivais pas à dormir, je n'arrêtais pas de m'agiter. Je pensais constamment aux devoirs", décrit Saira Fakiri, évoquant le poids très lourd de ces changements sur sa santé mentale. L'élève a perdu pied. 

Saira, collégienne aux Etats-Unis

Désormais, "tout est sous contrôle", résume avec soulagement la collégienne. Après ces mois d'obstacles, sa concentration sur Zoom et ses devoirs s'améliorent, tout comme ses notes. Et depuis trois semaines, elle et ses camarades reprennent progressivement le chemin de l'école, à raison de deux jours chaque semaine. Le retour en présentiel a été à la fois heureux et "très étrange", confie-t-elle. "Je voyais tous ces bureaux, le professeur… Moi je n'avais vu personne en une année !" 

Fatema, 13 ans, élève au Bangladesh

D'une voix timide, Fatema nous répond depuis sa maison d'Uttar Pukuria (Bangladesh), à proximité du port de pêche de Cox's Bazar et de la frontière avec la Birmanie. C'est ici que l'adolescente étudie chaque matin, loin de ses camarades et de sa professeure. "Je me réveille, je prends mon petit déjeuner et je commence à étudier. Cela fait un an que je ne suis pas allée à l'école", relate la jeune fille.  

Fatema retrouve son enseignante en ligne, mais pour une version drastiquement réduite de ses cours. "J'utilise mon téléphone pour suivre les cours. A l'école, nous avions l'habitude d'étudier pendant cinq heures chaque jour. J'ai maintenant cours pendant une heure."

Fatema, élève au Bangladesh
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Un tuteur privé l'aide au quotidien, à raison d'une heure chaque jour. Une seule heure de plus pour travailler les mathématiques, les sciences ou le bengali. Ce professeur revoit trois matières par heure avec Fatema, puis trois autres matières le jour suivant. 

La Bangladaise, discrète et souriante, s'estime chanceuse. Parmi ses camarades, "tout le monde n'a pas les moyens d'avoir un tuteur", reconnaît l'adolescente. Plusieurs de ses amis se contentent ainsi d'une heure quotidienne d'enseignement sur Zoom. Jusqu'à quand ? Fatema n'en a aucune idée. A ce stade de l'épidémie, son école est fermée jusqu'à nouvel ordre

Prokop Válek, 18 ans, lycéen en République tchèque

Prokop Válek, lui, a eu l'espoir d'un retour bien engagé à l'école il y a sept mois, le jour de la rentrée dans son lycée d'Opava (République tchèque). Pendant ce mois de septembre et après six mois d'absence, le jeune homme et ses camarades ont retrouvé leurs salles de cours, comme un semblant de vie d'avant. Une nouvelle plongée dans la réalité de l'épidémie n'a pas tardé : Prokop Válek a retrouvé sa chambre et son écran d'ordinateur en octobre, pour six nouveaux mois d'enseignement à distance. 

Se lever "cinq minutes avant le début des cours" est appréciable, sourit le jeune homme de 18 ans, mais ce contexte devenu une routine est pesant. "Je suis assez fatigué, et j'ai l'impression que nous sommes tous très fatigués depuis des mois", souffle le lycéen, résigné. Les "six heures" passées chaque jour en ligne "ne sont pas très bonnes" pour sa santé, "et je parle de ma santé physique comme mentale", glisse-t-il. "J'ai dû apprendre à vivre dans ma tête. Cela peut entraîner de la dépression, et je me bats contre cela depuis le printemps 2020."

Prokop, lycéen en République tchèque

Ce deuxième printemps à distance est moins difficile à gérer, car les contacts avec les enseignants sont plus fréquents, le temps dédié aux activités physiques et personnelles plus important. Prokop Válek va mieux, mais il reste profondément atteint. "J'ai appris à perdre tout espoir de revenir à l'école pour l'instant", lâche-t-il. Et le jeune Tchèque d'ajouter : "J'espère que nos vacances seront libres, que nous passerons beaucoup de temps dehors avec nos amis. Ce sera la lumière au bout du tunnel."

Mark Wega Waiganjo, 17 ans, lycéen au Kenya

Comme Prokop Válek, Mark Wega Waiganjo, 17 ans, suit sa troisième et avant-dernière année de lycée. Une année qu'il a débutée en janvier 2020, avant que le Covid-19 ne perturbe profondément son programme. 

Dès le mois de mars, "les professeurs nous ont envoyé les devoirs sur WhatsApp. Nous n'avions pas très souvent des cours sur Zoom, peut-être trois, quatre fois par semaine", relate le lycéen, évoquant les problèmes d'accès à internet de certains enseignants. Et en septembre, ces classes en ligne ont complètement cessé. Les enseignants ont dû se concentrer sur les élèves de quatrième année, revenus au lycée pour préparer leurs examens. 

"Pendant cette période, j'ai dû lire seul les manuels scolaires. Je rencontrais des amis dans le quartier, pour travailler ensemble sur des devoirs", raconte Mark Wega Waiganjo. Pendant ces mois d'automne, il a eu pour seul enseignement des cours diffusés à la télévision. 

Mark, lycéen au Kenya

C'est en janvier que l'adolescent a pu retrouver son lycée. Il suit actuellement, chaque matinée de ses vacances, des cours en ligne pour combler les retards. En quelques jours, "nous avons couvert beaucoup de choses", constate le lycéen, qui entrera en quatrième année cet été, six mois plus tard que prévu.

Pourra-t-il finir sa troisième année en présentiel ? "Nous n'en sommes pas encore sûrs", répond-il. Un confinement partiel a été récemment imposé dans la région de Nairobi (lien en anglais), du fait de la troisième vague de l'épidémie. Les écoles resteront peut-être fermées en mai. 

Yane Markmann, enseignante au Mexique

L'école privée où Yane Markmann enseigne l'anglais, dans la ville de Mexico, a cessé ses cours en présentiel le 17 mars 2020. L'enseignante, 38 ans, se remémore vivement cette journée où tout a basculé. "C'était l'anniversaire de mon mari, et le jour où on nous a dit de rentrer chez nous, relate la Mexicaine. En un après-midi, nous nous sommes mis d'accord pour utiliser Zoom, puis nous avons informé les parents le soir-même." A 8 heures le lendemain, ses élèves, ses filles de 4 et 10 ans et elle-même plongeaient dans plus d'un an d'école entièrement virtuelle.

Depuis, la même routine s'est installée chaque matin. Ses élèves suivent leurs cours sur Zoom de 8 heures à 14 heures, avec une pause toutes les 45 minutes. Sur la plateforme, la professeure d'anglais enseigne à jusqu'à 25 enfants et adolescents, des petits de maternelle ou des jeunes au lycée. Elle tente des activités plus ludiques, des temps d'apprentissage en plus petits groupes. L'expérience n'en reste pas moins "éprouvante", surtout avec des enfants de 5 ou 6 ans. Tous, élèves comme enseignants, se rapprochent dangereusement de l'épuisement. 

Yane, enseignante au Mexique
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A cette fatigue professionnelle s'ajoute celle, plus personnelle, du foyer. Yane Markmann doit gérer avec son mari, en même temps que ses cours sur Zoom, l'école à distance pour leurs deux enfants. "Dieu merci, ma fille [de 10 ans] est responsable et indépendante", lâche l'enseignante. Leur cadette, elle, retient en ligne "peut-être 10%" de ce qu'elle pourrait apprendre entre les murs de l'école. "Je ne peux pas être avec elle pour l'aider", regrette sa mère.

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