VIDEO. Covid-2019 : les hôpitaux de l'AP-HP changent de stratégie et vont renvoyer les patients les moins gravement atteints "chez eux avec des mesures de confinement"

Alexandre Bleibtreu, médecin-infectiologue au service de maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière, était l'invité de franceinfo lundi matin. 

FRANCEINFO

Comment éviter l'engorgement des hôpitaux en pleine crise de coronavirus et mieux soigner les malades qui en ont le plus besoin ? Alexandre Bleibtreu, médecin-infectiologue au service de maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière, a indiqué lundi 2 mars sur franceinfo que les patients "peu symptomatiques et positifs" au virus Covid-19 sont renvoyés à leur "domicile avec une surveillance pendant 14 jours". Depuis ce week-end, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, qui exerce le rôle de CHU pour Paris et l'Ile-de-France, met en place "une stratégie ambulatoire pour les gens qui sont peu symptomatiques".

franceinfo : Avez-vous constaté ce week-end un afflux particulier ?

Alexandre Bleibtreu : Je peux vous dire qu'on a bien travaillé tout ce week-end. On n'a pas chômé. On a vu pas mal de malades. On arrive en bout de chaîne et pour que ces malades arrivent jusqu'à nous, il y a tout le travail des services d'accueil des urgences, des Samu. Ils sont vraiment extrêmement sollicités et nos échanges ont été très intenses, en termes de nombre avec les différents SAMU. Nous nous répartissons entre les deux hôpitaux de référence: l'hôpital Bichat et l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. On a tous bien travaillé.

Le patron de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris , Martin Hirsch, dit qu'on est en train de changer de philosophie et qu'on renvoie chez eux des gens qui sont positifs au coronavirus. Vous confirmez ?

Il y a un double objectif. Il y a l'objectif de circonscrire les foyers épidémiques et de transmissions locales. Et c'est pour ça que certaines communes sont isolées, avec des confinements, avec des écoles fermées. Et l'autre partie de faire face à l'afflux de patients qui pensent être infectés. Et pour ça, effectivement, on est en train de progressivement d'aller vers une double stratégie. Une stratégie ambulatoire pour les gens qui sont peu symptomatiques. Grosso modo, j'ai le nez qui coule ou le nez bouché ou je toussote. Et puis vraiment assurer notre mission première de soigner les gens qui en ont vraiment besoin.

Donc vous renvoyez les cas les moins graves chez eux ?

On ne les renvoie pas. On les accueille, on fait le bilan, on définit leur état, on les teste, on les prélève et on attend qu'on puisse les tester si le laboratoire est en capacité de le faire. Et puis ensuite, s'ils sont effectivement peu symptomatiques et positifs pour le virus Covid-19, ils retournent au domicile avec une surveillance pendant 14 jours qui est pour le moment téléphonique, mais qui devrait progressivement monter en charge avec de nouveaux outils. C'est un changement qui s'est opéré progressivement pendant le week-end.

Les patients plus graves sont-ils placés en chambre stérile ?

Il y a une partie des patients qui sont effectivement en chambre d'isolement, qui sont des chambres avec des différences de pression par rapport à l'extérieur. Pour que l'air reste dans la chambre et n'aille pas dans les couloirs. Et puis, on est en train progressivement aussi d'augmenter nos capacités d'hospitalisation et de faire ce qu'on pourrait appeler des "coronathorium".

Le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dit dans Libération ce lundi qu'il faut arrêter de placer des malades en chambre de confinement. Êtes-vous d'accord ?

Oui, je suis tout à fait d'accord avec le professeur. C'est d'ailleurs une partie du message qu'on délivre depuis pas mal de temps. C'est-à-dire que ce virus diffuse énormément et fait malheureusement quelques cas graves et des décès mais si on prend à l'échelle de notre pays à l'heure actuelle, on a quand même très peu de décès. Et si on regarde les données du virus, c'est comme une faible probabilité d'aller vers une évolution fatale. Et donc, vraiment, il faut mettre le paquet pour que les patients qui en ont vraiment besoin soient pris en charge avec l'optimum de ce qu'on peut faire à l'heure actuelle avec la médecine française et que les gens qui ont le rhume qu'ils ont tous les ans, mais simplement cette année, il est étiqueté Covid-2019, et bien qu'ils soient chez eux avec des mesures de confinement pour essayer d'éviter que ça continue de se diffuser.

Alexandre Bleibtreu, médecin-infectiologue au service de maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière, était l\'invité de franceinfo lundi 2 mars. 
Alexandre Bleibtreu, médecin-infectiologue au service de maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière, était l'invité de franceinfo lundi 2 mars.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)