VIDEO. Covid-19 : comment l'Afrique fait-elle face à la pandémie ?

Chaque semaine dans "le monde en face", une même actualité vue par quatre correspondants de franceinfo. Aujourd'hui, direction la Tunisie, le Nigeria, l'Egypte et le Burkina Faso pour comprendre comment l'Afrique a pu jusqu'ici à limiter le nombre de victimes du coronavirus par rapport aux autres continents.

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Pourquoi l'Afrique est-elle aussi peu touchée par le Covid-19 ? Le continent africain représente 17% de la population mondiale et seulement 4% des cas. Sur 1,2 milliard d'habitants, on dénombre deux millions de personnes contaminées selon les chiffres officiels et 47 000 morts, soit autant qu'en France à elle seule. Alors, quelle est l'explication ? Absence de tests, immunité collective, jeunesse de la population, contrôle strict ? Y a-t-il aussi une deuxième vague en Afrique et des controverses politiques ? Cette semaine, nous vous emmenons en Tunisie, au Nigeria, en Egypte et au Burkina Faso.

En Tunisie, on vit une situation paradoxale. Au printemps, un confinement total avait été décrété, les rues étaient absolument désertes alors qu'il n'y avait que quelques dizaines de cas de Covid-19 supplémentaires seulement chaque jour. Aujourd'hui, la courbe est très alarmante : 1 200 cas de Covid-19 sont déclarés chaque jour. La situation est absolument critique et se dégrade. Les hôpitaux sont dépassés. Pourtant, la vie suit à peu près son cours. L'Etat souhaiterait, d'un point de vue sanitaire, pouvoir décréter un nouveau confinement, sauf que c'est absolument intenable d'un point de vue économique. Le gouvernement s'était engagé à verser des indemnités au printemps dernier en deux tranches. Aujourd'hui, les plus démunis, ceux qui y avaient droit, les attendent toujours.

Au Burkina Faso, l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, on compte 19 millions d'habitants et moins de 70 morts du Covid-19. Le pays est confronté à un autre problème majeur, le terrorisme, mais cela ne l'empêche pas d'être vigilant face à l'épidémie. A l'arrivée à l'aéroport, un test PCR est demandé aux passagers ainsi que le port obligatoire du masque. Mais dans les rues de Ouagadougou, le masque, même s'il est obligatoire, ne se porte pas parce que c'est difficile : il fait chaud. Si on se déplace en dehors de Ouagadougou, comme à Kaya, il est quand même demandé de le mettre le plus souvent possible parce qu'ici se trouvent 300 000 personnes déplacées, des gens qui ont fui leur village pour venir se réfugier à Kaya, à cause de l'insécurité.

Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent avec près de 200 millions d'habitants, on dénombre environ un millier de morts. Mais la situation économique est plus préoccupante que le Covid-19 pour une majorité de Nigérians. Confronté à une important baisse de ses revenus pétroliers depuis le mois d'avril, l'Etat fait face à des problèmes de trésorerie et les autorités ont dû prendre des mesures en supprimant notamment une partie des subventions historiques sur le prix du pétrole à la pompe. Une augmentation des prix de l'essence qui s'inscrit dans un contexte d'inflation généralisée : celle-ci frôle actuellement les 14%. Or, selon les économistes de la Banque mondiale, près de 80% des Nigérians ont enregistré une baisse de leurs revenus depuis le début de la crise sanitaire, alors que le chômage atteint des sommets chez les jeunes qui composent la moitié des habitants. Actuellement, 100 millions de personnes vivent dans l'extrême pauvreté, une situation encore exacerbée par la pandémie mondiale.

En Egypte, qui compte 100 millions d'habitants et on dénombre 6 500 morts du Covid-19 selon les chiffres officiels. Mais là encore, il existe peu de tests et il est difficile d'avoir des chiffres fiables. Reste que la deuxième vague est bien là et qu'elle frappe notamment les médecins : plus de 200 morts rien que lors de la semaine écoulée. Le syndicat des médecins réclame une reconnaissance spéciale pour les docteurs décédés au cours de cette guerre contre le virus - il les appelle des "martyrs de l'armée blanche" - pour que la prise en charge de leurs familles soit alignée sur celle des familles des policiers et des militaires morts dans la guerre contre le terrorisme. Leurs enfants seraient par exemple dispensés de frais universitaires. Les revendications du syndicat des médecins trouve un certain écho dans l’opinion. Ce n'est pas la première fois depuis le début de la pandémie que le syndicat monte au créneau pour avoir dénoncé le manque de masques et les dangers pris par les soignants, plusieurs de ses membres ont été arrêtés. Depuis, en signe d’apaisement, une revalorisation du salaire des médecins a été annoncée. Pas sûr que cela suffit à calmer leur colère.

Pourquoi l\'Afrique s\'en sort mieux que les autres continents.
Pourquoi l'Afrique s'en sort mieux que les autres continents. (STR / AFP / STEPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)