TEMOIGNAGE FRANCE 2. Coronavirus : "On nous a mis en danger avec une maladie potentiellement mortelle", estime un marin du porte-avions "Charles-de-Gaulle"

L'un des 1 081 marins testés positifs au Covid-19 a accepté de raconter ce qu'il s'est passé à bord, la contamination et le silence de l'armée.

Visage flouté, voix modifiée... C'est sans l'accord de sa hiérarchie qu'un marin du porte-avions français Charles-de-Gaulle a accepté de témoigner au micro de France 2. Ce militaire fait partie des 1 081 marins de l'équipage testés positifs au Covid-19. S'il brise le silence, c'est pour critiquer les décisions prises par l'armée.

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Depuis Toulon (Var), où le bateau a accosté mi-avril, le marin raconte avoir ressenti les premiers symptômes, maux de tête, perte du goût et de l'odorat, au début du mois. "J'avais quasiment tous les symptômes, dit-il. J'étais mal, très mal. Mais je me suis dit que ça allait passer." A ce moment-là, une cinquantaine de marins sont mis à l'isolement. Mais lui ne fait pas partie des cas suspects, selon ses supérieurs. Le voilà donc qui continue de travailler à son poste, dans la promiscuité, ce que montrent les images de la vie à bord tournées lors de précédents reportages *.

"Les décisions auraient dû être prises plus tôt" 

S'il défend le commandant du porte-avions qui a, selon lui, fait remonter les informations à sa hiérarchie, le marin est "en colère contre la Marine". "Peu importe qui a pris les décisions, elles auraient dû être prises plus tôt", s'agace-t-il.

On nous a mis en danger avec une maladie potentiellement mortelle.

un marin

à France 2

Il pointe notamment du doigt l'escale à Brest (Finistère), où la contamination a eu lieu. Le militaire se rappelle être "sorti avec des collègues dans des bars", "jusqu’à 4 ou 5 heures du matin", "forcément on côtoie des gens"

On commande au comptoir, on est entre deux personnes potentiellement malades. Une personne qui tousse, le serveur pose un verre, vous le prenez… Il peut se passer mille choses.

un marin

à France 2

Quand le porte-avions reprend la mer, des mesures barrières sont prises. Mais au bout de quatorze jours, aucun cas suspect n'est décelé et la vigilance se relâche. Puis il y a eu ce concert à bord, "avec 100 à 200 personnes collées les unes aux autres." Aujourd'hui, le marin ne ressent "presque plus aucun symptôme." Pour autant, a-t-il envie de reprendre la mer ? "Très franchement, non, assure-t-il. Il n'y a pas l'envie pour le moment."

Deux enquêtes sont en cours, l'une de commandement, l'autre épidémiologique. La ministre des Armées a promis la transparence : les premiers résultats devraient être connus dans les prochains jours.

* Les images de l'intérieur du Charles-de-Gaulle sont des archives tournées lors de précédentes missions du porte-avions en 2018 et 2019. Les images du bâtiment en mer ont été fournies par la Marine nationale. 

Des équipes se préparent à désinfecter le porte-avions \"Charles-de-Gaulle\", le 12 avril 2020 à Toulon (Var).
Des équipes se préparent à désinfecter le porte-avions "Charles-de-Gaulle", le 12 avril 2020 à Toulon (Var). (BENOIT EMILE / MARINE NATIONALE)