Covid-19 : un médecin généraliste dénonce la stratégie de Jean-Michel Blanquer, une école "ouverte" où le virus circule "largement"

Médecin généraliste dans le Pas-de-Calais et membre du collectif "Du Côté de la science" et co-fondateur du collectif "Stop-Postillons", Michaël Rochoy a signé ce week-end dans le "Journal du Dimanche" une tribune avec 50 professionnels pour réclamer le report de la rentrée scolaire.

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Jean-Michel Blanquer, le 22 décembre 2021, à Paris. (S?BASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais), membre du collectif "Du Côté de la science" et co-fondateur du collectif "Stop-Postillons",  a dénoncé lundi 27 décembre sur franceinfo "la stratégie de Jean-Michel Blanquer" qui est "une école qui est ouverte, certes, mais où le virus y circule largement".

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Il a signé ce week-end dans le Journal du Dimanche une tribune avec 50 professionnels pour réclamer le report de la rentrée scolaire, les écoles étant un lieu où le variant Omicron circule largement. "Dans les Alpes-de-Haute-Provence, actuellement, chez les primaires, le taux d'incidence est à 1 575 aujourd'hui, dans la Drôme à 1 504", a-t-il indiqué.

franceinfo : Le retour du masque à l'extérieur est-il une mesure nécessaire ?

Michaël Rochoy : Oui. L'Omicron est plus transmissible. Le masque en extérieur a un intérêt dans les lieux qui sont denses, comme les marchés de Noël, les files d'attente lorsqu'on va faire un test PCR et qu'on est donc potentiellement malade. En dehors de ça, cela n'a pas tellement d'intérêt si vous êtes seul dans la rue. Evidemment, vous n'allez pas transmettre le virus quand il n'y a personne autour de vous. Ce n'est pas un enjeu essentiel, cela permet de montrer qu'on fait quelque chose. Ce qui serait plus pertinent, c'est de fermer certains lieux où il se passe des transmissions. Depuis mars 2020, il y a plein d'études qui ont montré quels étaient ces lieux. L'école, les restaurants sont des lieux où se transmet le virus. Quand on a laissé circuler le virus trop massivement et qu'on a des taux d'incidence qui sont aussi élevés que l’on connaît actuellement avec 100 000 cas par jour, il faut assumer la décision de ne pas avoir fait de la prévention parce qu'une vague, c'est un échec de prévention. Et donc assumer l'échec de la prévention et prendre des mesures plus thérapeutiques cette fois, et donc fermer les restaurants, par exemple.

Selon nos informations, il n'y aura pas de report de la rentrée scolaire comme vous le réclamez. Vous le regrettez ?

Je suis très étonné qu'il y ait un Conseil de défense sanitaire qui va se jouer et un Conseil de ministres pour lequel on a déjà les réponses. On sait qu'il va avoir le masque en extérieur. On sait que l'école ne va pas être reportée. On sait que les restaurants ne seront pas fermés et on sait, heureusement, qu'il n'y aura pas de couvre-feu. On se demande de quoi ils vont bien pouvoir discuter sur cette base. Tout le monde veut que les écoles soient ouvertes. On veut que les écoles soient ouvertes. Il y a deux stratégies. Il y a des gens qui veulent que l'école soit ouverte et sécurisée avec un protocole scolaire niveau 3 ou 4, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de brassage des élèves à la cantine, qu’il n'y ait pas non plus de sport en intérieur sans masque. Ce qui est le cas au niveau du protocole niveau 2. On veut une école qui est ouverte, mais sécurisée, c'est-à-dire avec un taux d'incidence qui est bas. Si on regarde par exemple dans les Alpes-de-Haute-Provence actuellement chez les primaires, le taux d'incidence est à 1 575 aujourd'hui, dans la Drôme à 1 504. Vous avez une quinzaine de départements où le taux d'incidence est à plus de mille et quasiment tous les départements ont un taux d'incidence qui est supérieur à 500 chez les primaires.

On va faire cette rentrée dans ces conditions, sachant que lorsqu'on avait fait la rentrée à la Toussaint, c'était avec un taux d'incidence autour de 100. On part d'un taux d'incidence qui est plus élevé avec un variant qui est plus transmissible, qui arrive. Ce n'est pas une école sécurisée ça ! Donc ce qu'on voulait, c'était non pas l'école qui soit fermée, mais un enseignement qui se fasse en distanciel pour au moins deux semaines, le temps que le taux d'incidence baisse pour pouvoir reprendre une école sécurisée avec un taux d'incidence bas et bien sûr, avec un protocole au niveau 3, une fermeture à partir d'un cas. Ce qui est choisi, c'est une école qui est ouverte, certes, mais où le virus y circule largement. C'est la stratégie de Jean-Michel Blanquer. C'est ce qui a mené à cette vague qu'on connaît.

Le gouvernement veut mettre en place le pass vaccinal dès le 15 janvier. Toutes les personnes auront le temps de se faire vacciner ?

Non. C'est un vrai problème parce qu’on se retrouve toujours avec ce genre de situation. Ce n’est juste pas possible ! On est surchargés. Globalement, les centres vaccinaux ont fermé pour beaucoup. Certains sont restés ouverts, mais ils sont tenus par des médecins généralistes, des infirmiers, des gens qui travaillent à côté. Cet après-midi, j'ai une dizaine de vaccinations, demain j'en fais 20. Jeudi, je vaccine des 5-11 ans. Tout ça, cela prend du temps sur mon planning et mon planning déborde. Il y a des millions de personnes à vacciner en deux semaines. On ne va pas pouvoir réussir. Nos créneaux sont pleins. On n'a aucune visibilité non plus. Ma pharmacie ne sait pas si j'aurai du Pfizer pour le 11 janvier. J'ai 7 créneaux qui sont pris, mais je ne sais pas si j'aurai le flacon.

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