Covid-19 : pourquoi l'exécutif rechigne à prendre des mesures plus drastiques pour enrayer l'explosion des cas de contamination

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Le Premier ministre, Jean Castex (à gauche) et le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 27 décembre 2021 à Matignon. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Pour tenter d'endiguer l'épidémie, le gouvernement n'a pas souhaité resserrer la vis autant que dans la plupart des pays européens. La stratégie de l'exécutif ? Miser sur la vaccination et éviter au maximum les mesures impopulaires à quatre mois de l'élection présidentielle.

Pas de couvre-feu pour le réveillon de la Saint-Sylvestre et encore moins de nouveau confinement ; une rentrée scolaire maintenue pour le 3 janvier et des lieux culturels ou sportifs toujours ouverts malgré des jauges réduites : face à l'inquiétante progression du virus qui a dépassé la barre symbolique des 100 000 cas avant Noël, le gouvernement a décidé d'imposer sans vraiment contraindre, en annonçant des nouvelles mesures, lundi 27 décembre. Une stratégie politique propre, qui se démarque des choix faits par la plupart de nos voisins européens. Plusieurs pays de l'Union européenne ont en effet opté pour un sérieux tour de vis, avant et après le réveillon de Noël, afin de freiner l'extrême viralité du variant Omicron qui déferle sur le Vieux Continent.

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Ce sont les Etats nordiques qui ont décidé de prendre les mesures les plus drastiques. Si, depuis la mi-décembre, le Danemark a par exemple fermé ses lieux culturels et imposé aux restaurants de baisser le rideau entre 23 heures et 5 heures, c'est bien aux Pays-Bas que les restrictions sont les plus importantes. Depuis le 19 décembre et au moins jusqu'au 14 janvier, le pays est en effet totalement confiné.

En Allemagne, où la barre symbolique des 60 000 contaminations quotidiennes a été franchie fin novembre, les tests négatifs ne suffisent plus pour accéder aux lieux recevant du public. Et à compter de ce mardi, les rassemblements sont limités à 10 personnes pour les vaccinés et à deux personnes pour les non-vaccinés. En Italie, le port d'un masque FFP2 est obligatoire dans les transports, les stades ou encore les lieux culturels. En Espagne, c'est également un couvre-feu qui a été décidé pour la Catalogne, entre 1 et 6 heures du matin.

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Des choix radicaux qui détonnent donc, au regard des décisions annoncées par le Premier ministre Jean Castex lundi soir. Franceinfo vous explique pourquoi l'exécutif rechigne à prendre, pour le moment, des dispositions beaucoup plus contraignantes.

Parce que la France mise sur la vaccination

Jean Castex et son ministre de la Santé, Olivier Véran, l'ont rappelé lundi lors de leur conférence de presse : "La vaccination reste au cœur de notre stratégieElle prémunit contre les formes graves de la Covid-19" et donc contre "les risques d'hospitalisation". Alors que 77% des Français ont reçu au moins deux doses de vaccin, selon les chiffres de Santé publique France, et que la campagne de vaccination pour la troisième injection bat son plein (22 millions de personnes sont triplement vaccinées), le gouvernement préfère miser sur la stratégie du tout vaccin pour tenter d'endiguer la cinquième vague épidémique.

Une stratégie vaccinale utilisée comme arme principale face au variant Omicron et que l'exécutif a voulu renforcer encore un peu plus. Le délai entre deux doses de rappel a été réduit de quatre à trois mois dès ce mardi et le gouvernement martèle qu'il souhaite "faire peser la contrainte sur les non-vaccinés tout en cherchant à aller vers et à convaincre nos concitoyens qui sont encore très éloignés du système de soins".

La chasse aux faux pass sanitaires est également ouverte par Jean Castex. "Ce n'est pas admissible et nous devons collectivement nous donner les moyens de l'enrayer, et de le sanctionner plus lourdement". Le projet de loi sur le pass vaccinal, qui sera prochainement débattu au Parlement, entend mettre la pression sur les cinq millions de Français non vaccinés, et en particulier ceux qui contournent illégalement la vaccination. "Cela signifie que dans les lieux où le pass s'applique depuis plusieurs mois, il faudra justifier d'être vacciné pour pouvoir entrer", assure le chef du gouvernement.

Parce que les hôpitaux ne sont pas (encore) submergés

Alors que les contaminations liées au variant Omicron explosent à travers tout le pays, l'hôpital tient encore le choc pour le moment. Les conditions de travail sont difficiles pour l'ensemble du personnel soignant, mais les établissements ne sont pas saturés comme lors de la toute première vague, en mars 2020.

Selon Santé publique France, les hospitalisations quotidiennes sont actuellement stables, même si 1 634 nouvelles admissions à l’hôpital ont été comptabilisées ces dernières 24 heures. Ce chiffre est en augmentation par rapport à la semaine précédente, où 1 466 nouveaux patients avaient été recensés, et cette tendance commence à mettre les services hospitaliers du pays sous pression. Toujours selon Santé publique France, le nombre de patients en soins critiques a également augmenté de 10% et les décès quotidiens à l'hôpital de 14%.

"A chaque mesure prise par le gouvernement, on peut toujours trouver un côté ridicule, comme le fait de ne plus pouvoir boire son café debout au comptoir. Mais ces mesures vont sans doute réduire les situations les plus à risque. Cela reste difficilement mesurable, contrairement aux données globales qu'on peut récolter avec un confinement généralisé. Mais réduire par exemple les jauges à l'intérieur comme à l'extérieur aura forcément un impact positif", se projette Astrid Vabret, cheffe du service de virologie au CHU de Caen.

Parce qu'Emmanuel Macron "ne peut pas être impopulaire à quatre mois de la présidentielle"

Le chef de l'Etat, qui n'est pas encore officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2022, sait qu'il joue gros avec cette nouvelle vague de l'épidémie. Pour ne pas prendre des mesures trop liberticides et donc apparaître comme impopulaire à quatre mois seulement du scrutin, Emmanuel Macron continue donc de miser sur la stratégie qu'il a adoptée il y a un an : la vaccination, combinée au strict respect des gestes barrières.

"Emmanuel Macron essaie d'éviter de devenir impopulaire, ça c'est certain (...) Mais si les hôpitaux venaient à être totalement débordés, le sujet de l'avenir de l'hôpital en France pourrait revenir dans la campagne présidentielle et donner des angles d'attaque aux opposants politiques d'Emmanuel Macron", analyse Bruno Cautrès, politologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Parce que le gouvernement ne veut pas mettre un coup d'arrêt au fonctionnement du pays

Le président de la République ne souhaite pas changer son pari face au virus et faire tourner au ralenti l'économie du pays. Face à la multiplication des arrêts maladies – entre le 1er novembre et la mi-décembre, le nombre d'arrêts de travail dérogatoires pour les personnes devant s'isoler a été multiplié par plus de 7, passant de 5 763 à 42 541 –, le gouvernement envisage même d'assouplir les régles d'isolement pour les cas contacts.

Pas question non plus de céder aux desiderata des personnels de santé. Cinquante soignants ont signé, dimanche, une tribune dans le JDD pour demander au gouvernement de reporter la rentrée scolaire de janvier, en raison des nombreux cas de contaminations recensés dans les écoles.

"Début 2021, Emmanuel Macron n'avait pas suivi les recommandations du Conseil scientifique et avait choisi l'optique d'une reprise de la vie économique. Comme jusqu'à maintenant, cela avait plutôt bien fonctionné, il reste aujourd'hui dans la même logique."

Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

à franceinfo

L'exécutif pourra-t-il donc tenir encore longtemps face à l'extrême contagiosité du variant Omicron ? Des mesures plus drastiques devront-elles être prises comme chez nos voisins européens ?

Ces mesures "marketing", comme les a qualifiées l'écologiste Sandrine Rousseau au micro de France Inter mardi, le monde scientifique les a aussi commentées. Le professeur Enrique Casalino a, par exemple, estimé sur franceinfo qu'elles ne permettraient pas "une réduction de la vague épidémique rapide". De son côté, l'épidémiologiste Mahmoud Zureik a salué les mesures prises par le gouvernement, même s'il aurait voulu que le protocole sanitaire soit renforcé dans les écoles, bars et restaurants. 

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