Covid-19 : la moyenne d'âge des malades hospitalisés est de 44 ans à Garches, "du jamais vu" selon un infectiologue

Certains jeunes adultes cherchent délibérément à attraper le Covid-19 afin d'obtenir une immunité "naturelle" que le Benjamin Davido juge illusoire.

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L'hôpital Raymond Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine, le 14 août 2015. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

La moyenne d'âge des malades du Covid-19 hospitalisés à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine, la semaine du 26 juillet au 1er août était de 44 ans, "du jamais vu", affirme l'infectiologue Benjamin Davido mercredi 4 août sur franceinfo, qui s'inquiète du rajeunissement des malades qui font parfois des formes "extrêmement sévères qui font froid dans le dos des équipes".

franceinfo : Est-ce une bonne idée de se faire contaminer exprès au Covid-19 pour être immunisé ensuite ?

Benjamin Davido : C'est exactement ce qu'il ne faut pas croire. Cette maladie n'est pas immunisante quand on est jeune et qu'on l'attrape, les études scientifiques le montrent, c'est-à-dire qu'on ne fera pas ou très peu d'anticorps. C'est pour cela d'ailleurs qu'on vaccine ceux qui ont déjà eu la maladie. Ça, c'est un premier point. La deuxième chose, c'est qu'aujourd'hui il y a un âge très rajeunissant des patients hospitalisés. Dans mon service cette semaine, il y avait un patient qui avait 27 ans, aucune comorbidité, donc on peut être jeune et se retrouver à l'hôpital et croyez-moi, ce n'est pas une sinécure. Et enfin, surtout, on sait maintenant via des études scientifiques que 5% à 10% des sujets, et particulièrement les jeunes de moins de 40 ans, vont faire des Covid longs, c'est-à-dire contracter une maladie chronique qui peut même être plus gênante pour ces individus qu'un passage de quelques jours à l'hôpital. Donc il faut prendre très au sérieux le fait que ce n'est pas du tout quelque chose de bénin d'avoir cette maladie et que si on peut se faire vacciner, avoir ses deux doses et être protégé, je pense que c'est un soulagement.

"C'est une sorte de roulette russe."

Benjamin Davido

à franceinfo

Constatez-vous le rajeunissement des malades sévères du Covid-19 à l'hôpital de Garches ?

Oui, c'est vraiment quelque chose d'assez inédit. J'ai regardé la semaine passée la moyenne d'âge des patients inscrits dans le service, c'était 44 ans, c'est du jamais vu. De mémoire, lors de la première vague, on était autour de 60 ans. On voit vraiment des formes qu'on n'avait pas l'habitude de voir et parfois extrêmement sévères, qui font froid dans le dos des équipes, et qui montrent que le virus, finalement, est en train de se trouver une niche là où jusqu'alors il n'avait pas encore frappé. La probabilité de se retrouver à l'hôpital, de saturer l'hôpital et de prendre la place de quelqu'un qui a une autre maladie, est une réalité, et encore plus au mois d'août. L'objectif, c'est d'éviter la saturation de l'hôpital et de faire en sorte qu'on reprenne notre vie d'avant. Une étude anglaise récente a montré que lorsqu'on est vacciné, on a trois fois moins de chances de se faire contaminer que les non-vaccinés. C'est très simple, à l'hôpital, les cas sévères sont à 90% des gens qui n'ont pas été vaccinés. Le reste, ce sont des gens qui ont eu une dose ou qui ont des maladies qui auraient obligé à une troisième dose et qui n'ont pas su qu'il fallait la faire ou pas eu le temps de la faire. Ces 90% ne se pensaient pas du tout vulnérables, ils ne pensaient pas du tout qu'ils auraient pu se retrouver à l'hôpital et ils se sont rassemblés souvent dans une situation d'insouciance, comme des mariages. Ou alors ils avaient pris rendez-vous pour la première dose et ils se sont dit je vais être vacciné, donc je suis immunisé. Ça ne marche pas comme ça malheureusement. 

"Le variant Delta est clairement intraitable."

Benjamin Davido

à franceinfo.

Les chiffres des contaminations diminuent par endroit. Pensez-vous que le pic de la quatrième vague est déjà passé ?

Pour l'instant, non, pas du tout, parce qu'on est dans une situation où, justement, on n'a jamais été autant sollicités par rapport à la fois au nombre de lits disponibles et la situation sanitaire. Au mois d'août, vous fermez les services parce qu'il faut bien que les équipes partent en vacances. On déprogramme des chirurgies qui ne sont pas urgentes et on se retrouve dans des situations où, finalement, on reconstruit les échafaudages. La réalité est que, de toute façon, il y a un décalage entre les hospitalisations et la baisse des contaminations. Pour l'instant, on n'est pas sur une baisse des contaminations. Il y a certains départements où la tendance va au ralentissement et c'est une bonne nouvelle. Mais la partie n'est pas gagnée puisque ce qu'il faut faire, c'est éviter une accélération ensuite, à l'automne, avec la rentrée.

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