Covid-19 : "Donner une troisième dose permet de remonter l'immunité face au variant Delta d'à peu près 86%", assure un immunologue

Alors que la perspective de la vaccination des publics vulnérables à l'aide d'une troisième dose se rapproche, le professeur Cyrille Cohen de l'université Bar-Ilan à Tel-Aviv évalue l'intérêt de cette troisième injection. Pour ce membre du Conseil consultatif sur les essais cliniques des vaccins contre le Covid-19, elle peut contribuer à renforcer l'immunité face au variant Delta.

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Radio France
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Une personne reçoit une dose de vaccin, le 17 février 2021, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. (DELPHINE MAYEUR / HANS LUCAS / AFP)

"Donner une troisième dose permet de remonter l'immunité face au variant Delta d'à peu près 86%, comparé à l'immunité des gens qui n'ont eu que deux doses", assure l'immunologue Cyrille Cohen, professeur à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv et membre du Conseil consultatif sur les essais cliniques des vaccins contre le Covid-19, ce mercredi sur franceinfo.

franceinfo : La troisième dose de vaccin a-t-elle un effet sur le variant Delta ?

Pr Cyrille Cohen : On a commencé à injecter une troisième dose aux immunodéprimés il y a à peu près un mois et demi, puis, à la fin du mois de juillet, on a commencé avec les 60 ans et plus, deux semaines après les 50 ans et plus, une semaine et demi après les 40 ans et plus, et là on en est aux 30 ans et plus. On a les résultats maintenant des 60 ans et plus et ce que l'on voit c'est que donner une troisième dose permet de remonter l'immunité face au variant Delta d'à peu près 86%, comparé à l'immunité des gens qui n'ont eu que deux doses.

Cela permet-il de faire reculer l'épidémie ?

Non, pas encore. Les trois quarts des infections sont des gens de moins de 60 ans et cette population commence juste à avoir une troisième dose. Donc on voit toujours une épidémie qui se propage mais le taux de reproduction du virus est passé, pendant ces deux dernières semaines, d'1,4 à 1,15. Il y a à peu près 10 à 12 fois plus de chances de faire une forme grave si on n'est pas vacciné pour les gens de plus de 60 ans, comparés aux gens qui sont vaccinés.

"Les trois quarts des infections sont des gens de moins de 60 ans et cette population commence juste à avoir une troisième dose"

Pr Cyrille Cohen

à franceinfo

Deux doses de vaccin, ça ne suffit donc vraiment pas sur le long terme ?

Pour les gens vaccinés au mois de janvier avec deux doses, on a vu une chute de la protection de l'infection - pas des formes graves – qui est tombé à 16%, alors que ceux qui ont été vaccinés en février étaient protégés à 44% et ceux qui étaient vaccinés au mois d'avril l'étaient à 75% contre les contaminations. Il faut dire que les gens qui ont été les premiers vaccinés sont essentiellement des gens de plus de 60 ans qui ont généré une immunité plus fragile. Mais en effet, nous avons été les premiers à signaler qu'il y a une baisse de la protection avec le temps. En revanche, les deux doses continuent de protéger contre les maladies graves à 80%, au lieu des 95% qu'on avait à la base contre le variant Alpha.

Dans ces conditions, pensez-vous que la vaccination permettra tout de même d'atteindre une immunité collective ?

Je vous avoue que je ne crois pas que l'immunité collective va être atteinte seulement par la vaccination. Je crois que la chose vers laquelle on s'oriente – et beaucoup de spécialistes l'ont dit, pas qu'en Israël – qui va prendre plusieurs mois ou années, c'est qu'on aura d'une part l'exposition naturelle - les gens qui ne sont pas vaccinés seront exposés, ceux qui survivront auront cette immunité contre le virus - et d'autre part les gens qui seront vaccinés et feront peut-être une forme légère.

"Je ne crois pas que l'immunité collective va être atteinte seulement par la vaccination"

Pr Cyrille Cohen

à franceinfo

En combinant tous ceux-là, on arrivera à une sorte d'immunité collective. Ces variants mutent, ils sont de plus en plus durs donc je crois que ça va être une combinaison. Au bout du compte, on arrivera à une situation endémique, comme la grippe. Il y a aura des "bonnes saisons" de grippe et des "mauvaises saisons" de grippe.

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