Vrai ou fake Les Français pourront-ils vraiment être tous vaccinés d'ici la fin du mois d'août ?

Le gouvernement pourrait atteindre son objectif, à condition que tous les vaccins soient autorisés, produits et livrés à temps, et dans les quantités prévues. 

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Un flacon de vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19, dans un centre de vaccination à Fleurance (Gers), le 19 janvier 2021. (SEBASTIEN LAPEYRERE / HANS LUCAS)

L'objectif paraît ambitieux. Le gouvernement sera "en mesure" de vacciner "la totalité de la population française" contre le Covid-19 "d'ici à la fin août". C'est ce qu'a affirmé le ministre de la Santé sur le plateau du "20 heures" de TF1, jeudi 21 janvier. Olivier Véran a cependant posé une condition : tout cela ne sera possible que "si la totalité des vaccins que nous avons commandés est validée par les autorités sanitaires européennes et mondiales". Mais cet horizon est-il seulement atteignable ?

Cette campagne de vaccination – qui n'est pas obligatoire – ne concerne pour l'instant pas les 67 millions de Français, mais 52 millions seulement. Les vaccins n'ayant été testés que sur des personnes majeures, leurs autorisations de mise sur le marché n'ont été délivrées que pour des patients adultes. Les 15 millions de mineurs français devront attendre d'autres essais cliniques et d'autres autorisations de mise sur le marché spécifiques.

"137 millions de doses" attendues

Au fur et à mesure des livraisons,  la France devrait avoir reçu "137 millions de doses", "avant fin août", a précisé Olivier Véran, vendredi sur Twitter. Puisqu'il faut injecter deux doses à une personne pour qu'elle soit vaccinée – à l'exception du vaccin du laboratoire Johnson & Johnson pour lequel une seule dose suffit, mais qui n'est pas encore validé par les agences du médicament européenne et française – ces 137 millions doses sont, en théorie, suffisantes pour vacciner les 52 millions d'adultes français, voire l'ensemble des 67 millions d'habitants, si les autorités décidaient de vacciner également les plus jeunes.

Le gouvernement est aussi plus optimiste sur son calendrier prévisionnel de livraison des doses de vaccin. S'il table toujours sur 9 millions de doses disponibles en février, il en escompte désormais 23 millions en mars (+2), 43 en avril (+5), 64 en mai (+8) et 91 en juin (+14). Leur rythme de livraison "s'accélèrera mois après mois", souligne Olivier Véran sur Twitter.

Des vaccins précommandés qui n'existent pas encore

Comment expliquer ces prévisions revues à la hausse ? Grâce à une nouvelle commande passée pour le vaccin Pfizer-BioNTech. La Commission européenne a précommandé 200 millions de doses supplémentaires, assorties d'une option pour 100 millions de plus. Ce contrat s'ajoute à celui déjà conclu portant sur 300 millions de doses. Il doit surtout permettre d'accélérer les livraisons aux Etats membres, puisque ces doses supplémentaires commenceront à être livrées au deuxième trimestre, selon Bruxelles.

"Tout ça, c'est sous réserve que ça existe", tempère auprès de franceinfo l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill. Car le gouvernement mise sur l'arrivée des vaccins d'AstraZeneca en février, de Curevac en mars, et de Johnson & Johnson en avril. "Il est très difficile aujourd'hui de savoir quelles vont être les doses disponibles", a reconnu l'épidémiologiste à l'Institut Pasteur Arnaud Fontanet sur France Inter vendredi. 

Déjà des retards à la livraison

"Ça va être tendu pendant le premier trimestre 2021", prévient encore le membre du Conseil scientifique. Pendant cette première phase, l'objectif est d'arriver à vacciner les 6,4 millions de personnes de plus de 75 ans et les 2,2 millions qui composent le personnel soignant. Ensuite, si tout se passe comme prévu, "on va se retrouver avec beaucoup de vaccins (...) pour le deuxième trimestre 2021", espère l'épidémiologiste. La phase 2, à destination des 7,4 millions de 65-74 ans, pourra alors commencer. Puis viendra la phase 3, pour les tranches d'âges inférieures de la population.

Encore faut-il que les fabricants tiennent leurs promesses. Pfizer et BioNTech ont donné des sueurs froides aux Européens, vendredi 15 janvier, en annonçant une baisse de cadence "pour trois à quatre semaines". Les laboratoires ont depuis présenté un plan pour revenir au calendrier initial de livraisons au sein de l'Union européenne "à partir de la semaine du 25 janvier". Mais le retard de livraison ne sera rattrapé qu'"à la fin du premier trimestre", a indiqué lundi la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. 

"Si les doses sont disponibles, c'est jouable"

"Si toutes les doses de vaccins arrivent à temps et en quantités suffisantes, reste encore à assurer la logistique d'une campagne de vaccination à si grande échelle. On ne pourra pas faire uniquement avec les centres de vaccination", prévient Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo). "Le seul moyen d'y arriver, c'est de s'appuyer sur le réseau classique de la médecine de ville : les pharmaciens, les médecins généralistes et les infirmiers." Avec cette "armée de 300 000 professionnels de santé""si les doses sont disponibles, c'est jouable", estime le représentant syndical.

Le pharmacien de Montélimar rappelle qu'avec ses confrères, ils sont parvenus à vacciner "1,4 million de personnes en une semaine", lors de la dernière campagne de vaccination contre la grippe. "On peut faire 4 millions de vaccinations en un mois, sans aucun problème, assure Gilles Bonnefond. Soit 20 à 25 millions de personnes jusqu'à l'été, rien que sur les pharmacies." D'autant que la "logistique classique" entre les laboratoires, les pharmaciens et les généralistes ou les infirmiers est bien rodée, souligne-t-il.

43% des Français encore réticents à la vaccination

Même optimisme du côté de MG France, premier syndicat chez les médecins généralistes. "Si on nous le demandait, on pourrait tout à fait le faire, ce n'est pas du tout impossible", confirme son président, Jacques Battistoni. "Ce sera d'autant plus facile à réaliser que les vaccins seront plus faciles à stocker et à utiliser", relève le médecin. Les vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson présentent en effet le gros avantage d'avoir besoin de températures moins basses que ceux de Pfizer-BioNTech ou Moderna pour être conservés.

Médecin généraliste à Caen, le président de MG France prend aussi exemple sur la campagne annuelle de vaccination contre la grippe : "Vacciner plus de populations sur une période plus longue, ce n'est pas difficile. Le facteur limitant, ce n'est pas le nombre de vaccinateurs, mais l'adhésion de la population à la vaccination." 

Le recours aux pharmaciens, aux généralistes et aux infirmiers pourrait être un atout, selon Gilles Bonnefond. Il permet d'"avoir la confiance du patient". Bien plus que les centres de vaccination, éphémères ou non, où les patients n'ont pas l'habitude d'aller et où ils ne retrouvent pas les professionnels de santé qu'ils connaissent. De quoi peut-être lutter contre la réticence à se faire vacciner, qui concerne encore 43% des Français, selon un récent sondage Odoxa pour franceinfo et Le Figaro. Un chiffre cependant largement en baisse par rapport à ces derniers mois.

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