Vaccins : la défiance est "à la fois très ancienne et très récente" en France, selon un spécialiste en psychologie sociale

En France, à la fin du XIXe siècle, "la vaccination était une source de gloire". Depuis les années 1990 et "la controverse autour de la vaccination contre l'hépatite B", la défiance s'est fortement développée.

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Radio France
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Une manifestation contre le vaccin Covid, le 16 octobre 2021 en Belgique, devant le siège de Pfizer. (NICOLAS LANDEMARD / LE PICTORIUM / MAXPPP)

La défiance face aux vaccins est "à la fois très ancienne et très récente" en France, estime lundi 24 janvier sur franceinfo Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste des maladies infectieuses alors que le pass vaccinal entre en vigueur. En France, les non vaccinés contre le Covid-19 sont à peu près quatre millions et demi.

>> Covid-19 : sept questions pratiques sur le pass vaccinal entré en vigueur

franceinfo : La défiance contre le vaccin est aussi liée à une défiance envers le président et le gouvernement, ce sont les mêmes personnes ?

Jocelyn Raude : Plus généralement, ce que montrent les études internationales et celles qui ont été faites en France aboutissent à peu près au même résultat. C'est qu'on a plutôt une défiance dans les institutions en général, pas seulement le gouvernement ou la présidence de la République. Ça peut être aussi et surtout de la défiance dans la science, dans les experts et les élites médicales, notamment. Et ça, c'est assez étonnant mais c'est un phénomène qu'on observe dans toutes les démocraties libérales depuis les États-Unis jusqu'en l'Allemagne, par exemple.

"Les grandes enquêtes internationales ont montré que les deux facteurs qui jouent le plus dans l'adhésion à la vaccination ou pas c’est d’une part la confiance dans les institutions et d'autre part, un certain nombre d'idéologies."

Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale

à franceinfo

Et notamment le fait que les plus individualistes, ceux qui pensent que l'on doit décider soi-même et pas être contraint dans ses choix médicaux, c'est une variable clé dans l'adhésion à la vaccination.

En France, cette défiance vis-à-vis des vaccins est-elle nouvelle ?

Elle est à la fois très ancienne et très récente. C'est-à-dire que la France a quand même été pendant très longtemps un pays épargné par les controverses vaccinales. Tout simplement parce que la vaccination moderne avait été développée par des équipes françaises autour de Pasteur à la fin du XIXe siècle donc la vaccination était un peu une source de gloire sous la Troisième République et au-delà, c'était un peu une manière pour la France de rayonner à travers le monde. Quand on compare historiquement à ce qu’il se passait dans des pays voisins comme la Grande-Bretagne ou même les États-Unis ou le Canada, il y avait beaucoup plus de mouvements anti-vaccinaux dans ces pays par rapport à la France. Par contre, si on regarde sur les vingt dernières années, effectivement, il y a eu une évolution beaucoup plus négative dans les attitudes par rapport à la vaccination en France comparée aux autres pays démocratiques. On a notamment vu à partir de la fin des années 1990, d'abord avec la controverse autour de la vaccination contre l'hépatite B, et puis qui s'est prolongée et amplifiée en 2009, au moment de la grande campagne de vaccination contre la grippe H1N1, un mouvement de défiance vaccinale plus élevé en France que dans les pays comparables.

On voit depuis l'été 2021 en France, beaucoup de tensions autour de la mise en place du pass sanitaire, une mesure accusée d’être "liberticide". Est-ce que vous trouvez que la communication autour du pass vaccinal et du pass sanitaire a été bonne ?

Tout d'abord, je pense qu’on peut voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. C’est-à-dire qu’on a quand même un taux de vaccination qui est quasiment inespéré quand on regarde les intentions vaccinales il y a à peine deux ans ou un an et demi, on n'avait que la moitié des Français qui souhaitaient se faire vacciner. Donc, c'est plutôt une méthode qui a réussi si on regarde les indicateurs des comportements, les indicateurs de vaccination effective. Par contre, il est vrai qu'on a une partie de la population qui, du coup, s'est sentie un peu piégée ou coincée par ces politiques publiques très contraignantes, qui font qu'une partie de la population qui s'est radicalisée dans ces attitudes est polarisée sur la question vaccinale. Ce qui ne va pas faciliter les politiques futures de vaccination.

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