Vaccins contre le Covid-19 : le calendrier du gouvernement est-il réaliste ?

Le gouvernement espère pouvoir commencer début avril la vaccination des plus de 65 ans. En attendant, moins de 15% des Français âgés de plus de 75 ans ont été vaccinés.

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France Télévisions
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Une soignante vaccine une patiente, le 25 février 2021, à Paris.  (ALAIN JOCARD / AFP)

Où en est-on de la campagne vaccinale contre le Covid-19 en France ? Au total, 2,6 millions de personnes ont reçu au moins une dose, dont 1,3 million de personnes ont été vaccinées avec les deux doses. Près de deux mois après la première injection, le Premier ministre Jean Castex, le ministre de la Santé Olivier Véran et le "monsieur vaccin" du gouvernement Alain Fischer sont longuement revenus, lors d'une conférence de presse, jeudi 25 février, sur les résultats et les ambitions de la campagne française. Un point d'étape qui permet d'y voir plus clair sur la route à parcourir. Et de prendre conscience du rythme effréné proposé par ce calendrier ambitieux.

Pour les plus de 75 ans

Quel est l'objectif du gouvernement ? "D'ici fin mars, les deux tiers des personnes de plus de 75 ans seront vaccinées", a fixé le Premier ministre. Pour autant, cette ambition surprend, quand beaucoup peinent encore à obtenir un rendez-vous pour se faire vacciner. "A Bordeaux, je n'arrive pas à faire simplement inscrire ma tante de 94 ans et atteinte d'un cancer... Alors toutes les personnes volontaires vaccinées d'ici fin mars, j'ai quelques doutes", a ainsi commenté une internaute dans le live de franceinfo. "On me propose un rendez-vous en mai pour moi à plus de 75 ans dans le Var. Que de fausses nouvelles dans ces dates", a réagi un autre. "Tout est saturé", a lancé un troisième face à l'impossibilité de trouver un créneau de vaccination à ses deux parents.

Quelle est la situation actuelle ? Deux mois après le début de la campagne de vaccination, "plus du quart des personnes de plus de 75 ans a été vacciné", s'est félicité le chef du gouvernement. Mais pour l'instant, si 23% de la population totale de plus de 75 ans et 26,6% des plus de 80 ans ont bien reçu une dose de vaccin, seuls 10,3% du total des plus de 75 ans et 13,2% des plus de 80 ans sont totalement protégés, selon les données relatives à la campagne de vaccination du site Data.gouv.fr. Dans les Ehpad, 80% des résidents sont désormais vaccinés, a toutefois ajouté Jean Castex. 

Pour les 65-74 ans

Quel est l'objectif du gouvernement ? Au cours de cette conférence de presse, Jean Castex a annoncé que l'étape suivante serait l'ouverture, début avril, de la vaccination aux plus de 65 ans. Pour l'instant, cette catégorie constitue un peu l'angle mort de la campagne vaccinale : hormis les personnes de cette tranche d'âge qui sont atteintes d'une pathologie dite à haut risque et qui ont une prescription de leur médecin traitant pour bénéficier de la vaccination sans critère d'âge, elles sont trop jeunes pour appartenir au premier groupe de vaccinés. Mais elles sont aussi trop vieilles pour le second, à savoir les personnes âgées de 50 à 64 ans inclus souffrant de comorbidités définies par la Haute Autorité de santé.

Quelle est la situation actuelle ? Cela se traduit dans les chiffres : au 24 février, seuls 2,9% des personnes âgées de 64 à 69 ans et 4% de celles âgées de 70 à 74 ans avaient reçu une première injection – soit 251 553 personnes. Pour ce qui est de la deuxième dose, elle a déjà été administrée à 1,6% des 64-69 ans et à 2% des 70-74 ans. Par ailleurs, le Premier ministre a mis en garde à demi-mots contre la possibilité d'un contretemps indépendant de la volonté des autorités française : "Nous dépendons de la fabrication et de la livraison des doses commandées par l'Union européenne et il faut nous armer de patience. Mais je sais que vous mesurez ce chantier titanesque et sans précédent que représente pour l'industrie mondiale le fait de produire des centaines de millions de doses", a-t-il déclaré. 

Pour les 50-64 ans

Quel est l'objectif du gouvernement ? Pour cette catégorie d'âge, la campagne vaccinale a entamé jeudi une nouvelle étape avec la possibilité pour les médecins généralistes ou les médecins du travail d'injecter le vaccin d'AstraZeneca aux 50-64 ans atteints de comorbidités, soit "un objectif de 2,4 millions de personnes", selon le Premier ministre. "A la mi-mai, la totalité des personnes de plus de 50 ans se seront vu proposer une première injection" contre le Covid-19, a-t-il promis. 

Quelle est la situation actuelle ? "Aujourd'hui, 35 000 Français ont été vaccinés avec le vaccin AstraZeneca", s'est félicité pour sa part le ministre de la Santé Olivier Véran. "C'est entre 3 et 4 fois plus que le rythme habituel de vaccination du fait de l'ouverture pour ce public." Mais là aussi, les ambitions du gouvernement sont soumises à l'approvisionnement : jeudi 25 février, le patron d'AstraZeneca, Pascal Soriot, a répondu aux nombreuses questions des eurodéputés, inquiets face aux retards de livraisons. Fin janvier, le laboratoire avait annoncé ne pouvoir livrer aux pays de l'UE que 40 millions de doses au 1er trimestre sur les 120 millions qu'il avait initialement promis.

La raison ? Des difficultés dans une usine de production belge. Le directeur général du groupe s'est toutefois dit "optimiste" sur une augmentation de la production au deuxième trimestre 2021. "Il y a une grande diversité de sites de production dans le monde, y compris aux Etats-Unis", qui pourront "contribuer à approvisionner l'UE", de sorte que "nous pourrons rattraper le retard", a affirmé Pascal Soriot, expliquant que la production du laboratoire s'effectuait à flux tendus, sans constituer de stocks. Ainsi, le moindre problème dans une usine se répercute immédiatement sur les livraisons.

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