Vaccination contre le Covid-19 : voici pourquoi la France reste prudente sur l'hypothèse d'une quatrième dose

La nécessité de la généralisation d'une deuxième dose de rappel, pour éviter des formes graves du Covid-19, n'est, pour l'instant, pas à l'ordre du jour pour les instances scientifiques françaises.

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Des doses de vaccins Moderna contre le Covid-19 dans le centre de vaccination de Lignières, dans le Cher, le 16 janvier 2022. (ISAERT BRUGERE / HANS LUCAS)

Faut-il une quatrième dose de vaccin pour se protéger du Covid-19 ? Même si l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'Agence européenne des médicaments (EMA) assurent que l'administration répétée de doses de rappel "n'est pas une approche durable à long terme", la question est régulièrement posée au gouvernement. Pour l'instant, l'exécutif reste prudent sur la nécessité ou non de généraliser ce deuxième rappel. "Si [l'intérêt] est de protéger les plus fragiles, nous le ferons et nous l'expliquerons, comme nous l'avons fait depuis le début de l'épidémie. Si, en revanche, nous voyons qu'elle n'est pas nécessaire, nous ne la ferons pas", a argumenté le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur LCI le 25 janvier. 

Pour l'instant, seules les personnes sévèrement immunodéprimées sont concernées par la quatrième dose, qui fait partie de leur schéma vaccinal complet, conformément à l'avis du 19 novembre émis par le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV). D'autres pays comme le Danemark (pour les personnes dites "vulnérables"), ou l'Espagne (pour les personnes "très vulnérables") ont également fait ce choix.

"Il n'est pas sûr qu'on ait besoin d'une 4e dose"

En France, l'administration de la dose de rappel (généralement la troisième dose) progresse lentement, selon les données des autorités sanitairesMais les variants Delta et Omicron circulent toujours activement, contribuant au maintien d'un taux d'incidence au plus haut dans de nombreux départements. Pour autant, cette situation sanitaire nécessite-t-elle l'administration d'une quatrième dose généralisée, en commençant par cibler "les plus anciens" ? s'est interrogé le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, mardi sur franceinfo. "On ne le sait pas", a-t-il admis. 

Saisie par le gouvernement sur cette question, la Haute Autorité de santé (HAS) n'a pour l'heure pas rendu ses conclusions. Selon la présidente de la commission technique vaccination à la HAS, Elisabeth Bouvet, il n'est d'ailleurs pas "du tout sûr qu'on aura besoin d'une quatrième dose" un jour, a-t-elle avancé à franceinfo le 15 janvier. 

"Nous n'avons pas de données, actuellement, qui nous permettent de justifier cette mesure."

Elisabeth Bouvet, membre de la HAS

à franceinfo

En revanche, le COSV a livré un rapport le 19 janvier au ministre de la Santé. Il fait état d'une réserve sur l'utilité de ce deuxième rappel. "On ne voit pas très bien pour le moment ce que cette quatrième dose pourrait apporter, commente le président du COSV, le professeur Alain Fischer, dans Le Monde (article payant). Ça augmente le niveau d’anticorps. Mais avec quelle intensité réelle, quel effet sur les formes graves et pour quelle durée, on n'en sait rien. Quant à la protection vis-à-vis de l’infection par Omicron, le rappel l'améliore, mais de façon limitée. Donc on n'attend pas de merveilles de la quatrième dose."

L'expérimentation israélienne suivie de près

Cette réserve s'explique aussi par la faiblesse de la littérature scientifique sur les bénéfices d'une quatrième dose élargie. Et ce, même si un pays comme Israël a ouvert, depuis le début de l'année, cette piqûre supplémentaire aux plus de 60 ans, aux soignants, en plus des personnes immunodéprimées. 

"Elle est ouverte" aux plus fragiles, mais "elle n'est pas nécessairement recommandée (...). On n'a pas suffisamment de données en ce qui concerne l'efficacité et la sûreté de cette quatrième dose", a admis Cyrille Cohen, immunologue à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv (Israël), auprès de franceinfo, le 3 janvierSi cette quatrième dose permet "d'augmenter le niveau des anticorps", elle n'offre "qu'une défense partielle contre le virus", a précisé la professeure Gili Regev-Yochay, qui dirige une étude israélienne de six mois sur le sujet, dans un communiqué publié par l'hôpital Sheba, le 17 janvier.

Les laboratoires dans les starting-blocks

Si l'efficacité d'une quatrième dose généralisée attend encore une validation scientifique, il faut aussi que les flacons contenant le produit soient disponibles en quantité suffisante. Du côté du laboratoire Pfizer, le président exécutif, Albert Bourla, a précisé, dans une interview sur BFMTV le 17 janvier, qu'"au mois de mars, [ils] auront les données sur l'efficacité d'une quatrième dose", tout en affirmant que son laboratoire sera en capacité de proposer un grand volume de doses au moment venu.

Quant au PDG de Moderna, le Français Stéphane Bancel,  il est convaincu de la nécessité d'une quatrième dose. Et il estime que sa société, basée aux Etats-Unis pourra mettre sur le marché une dose de rappel annuel à la fois contre le Covid-19, la grippe et le VRS (virus respiratoire syncytial, infectant les poumons et les voies respiratoires) "dans le meilleur des cas, à l'automne 2023". "Nous sommes convaincus que c'est possible dans certains pays l'année prochaine", a-t-il précisé.

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