Production du vaccin Pfizer par Sanofi : "C'est une manière de redorer leur blason", estime l'économiste Carine Milcent

Le groupe Sanofi va aider les laboratoires Pfizer et BioNTech à produire leur vaccin contre le Covid-19.

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La façade des bureaux du laboratoire Sanofi à Paris. (YOAN VALAT / EPA)

La production par Sanofi du vaccin développé par Pfizer "est une manière de redorer leur blason et d'améliorer leur image", a déclaré mercredi 27 janvier sur franceinfo Carine Milcent, chercheuse au CNRS, professeure associée à l’École d’économie de Paris, spécialiste de la santé. Elle estime qu'avec cette collaboration le laboratoire français peut "apprendre des choses sur les chaînes de distribution qui pourront potentiellement lui être utile lorsque l'un de ses vaccins ou les deux seront prêts"

franceinfo : Sanofi va participer à la production du vaccin Pfizer. Peut-on dire que le laboratoire français n'avait pas le choix étant donné son retard dans la course au vaccin ?

Carine Milcent : Ils ont toujours le choix. C'est une décision qui est particulière. Ca joue sur leur image quelque part, en prenant en compte les tests de vaccins qui ne sont pas aussi prometteurs que ce qu'ils attendaient, C'est une manière de redorer leur blason et d'améliorer leur image. C'est une situation complètement gagnante pour tout le monde, c'est à saluer puisque c'est une initiative qu'on n'avait pas encore vue jusqu'à maintenant. C'est une situation où on est tous gagnants, même si ce n'est pas dans l'immédiat mais pour cet été. Il faut quand même du temps pour mettre en place et pour les faire correctement. Il s'agit de conditionnement, mais c'est un vaccin qui demande à être conservé dans des températures très froides, il y a des précautions à prendre, donc il est évident que les choses ne peuvent se faire du jour au lendemain.

Pourquoi ne pas mobiliser d'autres chaînes de production laboratoires ailleurs en France, où Sanofi a beaucoup de sites ?

Ils ont opté pour l'usine qui leur semblait être capable de produire à ce moment-là des doses [à Francfort, en Allemagne]. Vous savez qu'il y a eu des plans de départs à Sanofi qui avaient été annoncés un peu plus tôt. Donc, il faut attendre et il faut voir si d'autres sites en France finalement, seront à même de développer des vaccins patients et voyons comment les choses évoluent. En distribuant Pfizer, Sanofi va apprendre des choses sur les chaînes de distribution qui pourront potentiellement lui être utile lorsque l'un de ses vaccins ou les deux seront prêts. C'est une manière également d'avoir de l'apprentissage sur la suite.

Pourquoi n'avons-nous pas de vaccin français et pourquoi les vaccins mettent-ils autant de temps à être mis sur le marché français ? On est trop lent ?

Il ne faut pas commencer à généraliser. Il y a des prises de risques sur la distribution du vaccin. On a une Agence européenne du médicament et des agences nationales qui regardent précisément les risques de mise sur le marché du vaccin, comme pour d'autres produits de santé. Ces agences protègent la population et imposent en fait aux laboratoires pharmaceutiques de s'assurer, au maximum de ce qui est possible, que cela n'aura pas d'effets secondaires ou de minimiser ces effets secondaires pour les patients. Toutes ces contraintes font que la recherche principale avance vite mais aussi prudemment. D'autres n'ont pas ces contraintes en entonnoir.

Y a-t-il des leçons à tirer en termes de prise de risques et de financements de la recherche en France ?

C'est évident qu'il y a des leçons à tirer, notamment sur la place de la biotechnologie et le mode de financement de la recherche, le fait que la recherche souffre en France et le fait que des crédits ont été gelés ou sont insuffisants pour faire avancer les choses. Ce sont des éléments qui ne sont pas nouveaux. Il est clair que des alliances plus fortes entre l'État et des start-up de recherche pourraient effectivement accélérer les choses dans le futur, dans une ère où on pourra être resoumis à des crises sanitaires importantes.

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