Menaces de mort contre les scientifiques pro-vaccination : le docteur Jérôme Marty s'inquiète "très fortement d'un passage à l'acte"

"On va juger les médecins. Il y aura un tribunal mondial, un deuxième Nuremberg. On va les exécuter". Des menaces comme celles-là, Jérôme Marty affirme en recevoir tous les jours.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Jérôme Marty, médecin généraliste président du syndicat de l’Union française pour une médecine libre. (LP/AURELIE LADET / MAXPPP)

"Ce qui nous inquiète très fortement c'est qu'il y ait un passage à l'acte", a déclaré Jérôme Marty, médecin généraliste président du syndicat de l’Union française pour une médecine libre, mardi 7 septembre sur franceinfo à propos des "menaces de mort" que les scientifiques qui luttent contre la désinformation dans le contexte de la crise sanitaire, reçoivent  "de façon tout à fait régulière depuis des mois".

Il fait partie des signataires d'une tribune publiée par L'Express le 22 août pour dénoncer notamment les menaces relayées par un texte anonyme du site internet France Soir.

franceinfo : Ce texte est la goutte qui a fait déborder le vase ?

Jérôme Marty : C'est tout à fait ça. C'est un texte qui jette en pâture un certain nombre de médecins, de scientifiques et qui les menace puisque ce texte se termine avec la phrase : "La veuve, s'impatiente". Comme vous le savez, la veuve, c'était le nom que l'on donnait à la potence, puis à la guillotine. Tout ça parce que ces médecins et ces scientifiques respectent la science, promotionnent la science, diffusent la science au sein de cette crise sanitaire et on nous reproche cela.

"On nous reproche de vacciner. On nous reproche de promotionner les gestes barrières, etc. avec des menaces de mort que l'on reçoit de façon tout à fait régulière depuis des mois."

Jérôme Marty, médecin généraliste

à franceinfo

Vous en appelez aux pouvoirs publics ?

Ce qui nous inquiète très fortement c'est qu'il y ait un passage à l'acte parce que cette crise a amené un certain nombre de débordements, une politisation extrême, des discours complotistes qui font croire que l'on a assassiné les gens dans les maisons de retraite, que le vaccin va décimer la moitié de l'humanité. Et vous avez des gens qui finissent par croire cela et qui pourraient très bien passer à l'acte. Alors, ce qui nous fait peur, ce n'est pas tant pour nos personnes, mais c'est surtout pour les anonymes, tous ceux que l'on ne voit pas qui sont ces médecins qui vaccinent dans les centres de vaccination ou dans leurs cabinets.

Vous recevez des menaces précises ?

C'est tous les jours, tous les jours qu'on nous dit, on va juger les médecins. Il y aura un tribunal mondial, un deuxième Nuremberg. On va les exécuter. Dernièrement, nous avons assisté à une discussion vidéo entre différents complotistes bien connus, dont des scientifiques qui sont tombés dans cette mouvance, qui discutent des moyens qu'ils vont choisir pour exécuter les médecins. On en est là aujourd'hui. Certains sont tombés dans la folie. C'est une évidence.

"Dans la foule, il peut y avoir des hommes fragiles qui prennent cela au pied de la lettre et qui passent à l'acte."

Jérôme Marty

à franceinfo

C'est un phénomène qui prend de l'ampleur, selon vous ?

Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de personnes qui sont amenées à croire cela. On le voit très clairement aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Il suffit qu'on lance une fake news pour qu'elle soit suivie sans aucune vérification. Et on jette en pâture comme ça des noms. C'est une étape qui a été franchie. Jusqu'à présent, on recevait des lettres anonymes, on recevait tout un tas de menaces comme ça, de façon tout à fait régulière. Et puis, il y a eu à Marseille cette banderole où on voyait des photos de membres du gouvernement et des scientifiques affublés de la moustache d'Hitler. Et là, on a un article qui nomme untel, untel, untel comme responsable de la crise. Ce qui veut dire, en gros : Allez les chercher !  

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Vaccin contre le Covid-19

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.