Influenceurs contactés pour critiquer Pfizer : "Des YouTubeurs sont approchés" depuis plusieurs mois selon une spécialiste du complotisme

"Il faut s'opposer à ce type de discours parce que si on n'oppose pas une parole politique à ce type de discours, on le banalise", a affirmé l'historienne Marie Peltier.

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Radio France
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Une dose du vaccin contre le Covid-19 Pfizer-BioNTech. (AMIR MAKAR / AFP)

Plusieurs influenceurs comptant plus d'un million et demi d'abonnés sur YouTube au total ont révélé, lundi 24 mai, avoir été contactés par une agence de communication qui leur proposait, contre rémunération, de poster des messages mettant en cause le vaccin contre le Covid-19 Pfizer. 

Marie Peltier, historienne et spécialiste du complotisme, enseignante à la Haute Ecole Galilée de Bruxelles, n'est pas surprise par cette démarche : "Cela fait plusieurs mois qu’on observe des YouTubeurs qui sont approchés par des organes de propagande ou par des régimes autoritaires". 

Êtes-vous surprise par la méthode ?

Malheureusement, cela ne me surprend pas vraiment. Cela fait plusieurs mois que l'on observe sur les réseaux sociaux, sur YouTube particulièrement, mais pas seulement, des YouTubeurs qui sont approchés par des organes de propagande ou par des régimes autoritaires aussi, cela peut être le cas, c’est souvent les mêmes, qui leur proposent des "collaborations", parfois de manière explicite, parfois de manière beaucoup plus implicite, comme c'est le cas ici. C’est donner de fausses informations, mais pas gratuitement, bien évidemment, c'est à dire au service d'un agenda idéologique.

Décrédibiliser un vaccin, c'est évidemment défendre une vision du monde. On pourrait dire une sorte de récit alternatif que prétendent proposer certains acteurs idéologiques.

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Officiellement, l'agence qui a fait cette proposition est basée à Londres, mais ses employés, d’après nos informations, sont russes.

Est-ce que c'est une campagne orchestrée par la Russie?

Il faut être prudent et il ne faut pas nous-même tomber dans le conspirationnisme. C'est quelque chose auquel on doit être très attentif. En tout cas, qu'il y ait des acteurs, disons pro-Kremlin pour rester un peu vague, qui s'activent pour répandre de la désinformation et surtout, répandre de la défiance… C’est cela le moteur de cette rhétorique, c'est accentuer la défiance citoyenne à l'égard de la parole scientifique, de la parole politique et de ce qui fait autorité dans nos sociétés démocratiques. C’est vraiment ce ressort-là qui est central.

Quelle attitude avez-vous face à un conspirationnisme ?

J'ai coutume de dire qu'il y a deux points d'attention à avoir. C'est d'abord qu'il faut s'opposer à ce type de discours parce que si on n'oppose pas une parole politique à ce type de discours, on le banalise. Il y a d'abord à avoir la force de la contre-argumentation. Parfois, on ne l’a pas parce que ça nous fatigue. Il y a quelque chose de laborieux. Il y a quelque chose qui nous demande de quitter un peu l'affect. Et ce n'est pas toujours ce dont on a envie. Par ailleurs, je pense que c'est important aussi de ne pas sombrer ou basculer dans le mépris. C’est l'autre écueil que l’on rencontre souvent, c'est de dire ce sont des imbéciles. Ce sont des ignorants, etc. Je pense, hélas, que ce n'est pas une question d’imbécillités. Ce n’est pas une question d'ignorance. Ce sont des discours politiques.

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