Covid-19 : pourquoi on peut s'attendre à ce que des personnes vaccinées soient infectées malgré tout

Si la vaccination est présentée par les autorités sanitaires du monde entier comme le principal espoir d'un retour à la normalité après plus d'un an de pandémie, elle ne constitue pas un remède miracle contre le Sars-CoV-2.

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Des flacons du vaccin Moderna contre le Covid-19 dans l'usine de Recipharm, à Monts (Indre-et-Loire), le 22 avril 2021. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

En pleine accélération de la campagne vaccinale contre le Covid-19, l'affaire avait attiré l'attention des médias nationaux. Un regroupement de cas de coronavirus a été signalé début avril au sein d'un Ehpad de Biscarosse, dans les Landes, où 97% des résidents avaient pourtant été vaccinés. Au moment où le recours au vaccin est présenté par les autorités sanitaires du monde entier comme le principal espoir d'un retour à la normalité après plus d'un an de pandémie, l'apparition de cas de Covid-19 au sein d'une population vaccinée a de quoi provoquer l'inquiétude. Mais cette situation est en réalité normale et ne devrait pas vous faire hésiter à vous faire vacciner.

Parce qu'il faut un peu de temps avant que les vaccins soient pleinement efficaces

Première précision à apporter : un patient peut tout à fait contracter la maladie tant qu'il n'a pas complété son processus de vaccination. Or, à l'exception du vaccin Johnson & Johnson qui ne nécessite qu'une dose et dont les injections n'ont débuté que samedi, tous les vaccins contre le Covid-19 autorisés en France ont besoin d'être administrés en deux fois pour être pleinement efficaces.

"Dans le cas des vaccins à ARN messager [comme ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna], il faut entre 12 et 15 jours après la première injection pour que les premiers anticorps apparaissent. Auparavant, il est tout à fait possible d'être infecté", prévient le professeur Yves Buisson, président de la cellule de veille Covid-19 au sein de l'Académie nationale de médecine. Surtout, les vaccins donnent leur pleine mesure deux semaines après l'injection de la seconde dose.

"Dans bien des situations, les contaminations après la vaccination surviennent dans les 14 jours qui suivent la première injection. Ces cas sont souvent attribués à une forme de relâchement liée à un faux sentiment de sécurité procuré par la première étape de la vaccination", relève Anne-Claude Crémieux, professeure de maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis de Paris. Une étude parue fin mars dans le New England Journal of Medicine (en anglais) montre ainsi que 379 cas de Covid-19 ont été recensés parmi les 36 659 soignants californiens ayant reçu au moins une dose de vaccin. Dans 71% des cas, ces contaminations sont survenues dans les deux premières semaines qui ont suivi la première injection.

Parce que les vaccins empêchent surtout de développer une forme grave de la maladie

Même si une écrasante majorité de la population était vaccinée demain, les tests PCR positifs ne disparaîtraient sans doute pas immédiatement comme par enchantement. "Aucun vaccin n'est efficace à 100%, rappelle Anne-Claude Crémieux. Les vaccins à ARN messager, qui sont aujourd'hui les plus efficaces, apportent après la deuxième dose une protection de 90% contre les formes symptomatiques de la maladie, et de 80% contre les formes asymptomatiques."

Même après une vaccination complète, il reste donc un faible risque de développer une forme symptomatique ou non de la maladie.

Anne-Claude Crémieux, infectiologue

à franceinfo

Parmi les profils les plus à risques de contracter la maladie une fois vaccinés, on retrouve les personnes les plus âgées et les patients dits immunodéprimés, dont les défenses immunitaires peuvent être affaiblies par un recours à la dialyse, qui viennent de subir une greffe ou un traitement à base de chimiothérapie, énumère la spécialiste. C'est en ce sens que la direction générale de la santé a recommandé le 11 avril dernier (PDF) l'injection d'une troisième dose de vaccin à ARN messager pour les personnes immunodéprimées.

L'intérêt de la vaccination ne réside de toute façon pas dans la garantie de ne jamais contracter une forme peu sévère du Covid-19. "Ce qu'il faut prendre en compte, c'est qu'elle protège des formes graves ou des décès liés au virus. Ça n'est pas parce qu'il est possible de contracter la maladie qu'il ne faut pas se faire vacciner : à l'échelle collective, le vaccin permet de faire baisser le nombre d'hospitalisations", abonde Paul Loubet, infectiologue au CHU de Nîmes (Gard).

Pour démontrer l'efficacité de la vaccination, Didier Couteaud, le directeur départemental de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine dans les Landes, remarque qu'en début d'année, lorsque la campagne débutait, 300 cas de contamination avaient été relevés dans une vingtaine d'Ehpad pour un total de 25 décès. "Au mois de mars, une fois la quasi-totalité des résidents vaccinés, et en dehors du cas de l'Ehpad de Biscarosse, nous avons comptabilisé 13 cas dans sept établissements, explique-t-il. Parmi les personnes contaminées, on n'a recensé ni cas grave et ni décès."

Parce que certains variants du Sars-CoV-2 semblent plus résistants aux vaccins

L'efficacité de la vaccination pourrait également être amoindrie par la montée en puissance de variants du Covid-19 plus résistants. "On sait aujourd'hui que même s'ils restent très efficaces contre lui, les vaccins à ARN messager voient leur capacité neutralisante diminuée par le variant dit sud-africain", confirme Anne-Claude Crémieux.

En Israël, où la population a été largement vaccinée, une étude en pré-publication (en anglais) a ainsi comparé la situation d'un groupe de 400 personnes positives au Covid ayant reçu une ou deux doses de vaccin avec celle de 400 personnes également positives mais non vaccinées. Le taux de prévalence du variant sud-africain était huit fois plus élevé chez les personnes ayant reçu deux doses de vaccin que chez les non-vaccinés (5,4% contre 0,7%). 

"Par rapport au britannique, qui est sensible au vaccin, les variants plus résistants à la vaccination ont pour l'instant une très faible incidence en termes de nouveaux cas en France", tient à rassurer Yves Buisson. Pour le président de la cellule de veille Covid-19 au sein de l'Académie nationale de médecine, le scénario d'une campagne de vaccination rendue vaine par un nombre incontrôlable de contaminations par un variant résistant aux vaccins "relève pour l'instant de l'imaginaire".

Parce la durée de la protection conférée par les vaccins est encore mal connue

Il est enfin possible que des personnes ayant reçu deux doses puissent contracter le Covid-19 une fois l'immunité provoquée par le vaccin disparue. Faute d'expérience, les certitudes à ce sujet sont hélas assez rares. "On manque de recul sur la durée de la protection vaccinale, car les premiers pays concernés n'ont commencé leur campagne qu'en décembre dernier, reconnaît le docteur Paul Loubet. Le laboratoire Pfizer a récemment communiqué sur une très bonne efficacité de son vaccin six mois après l'injection, mais l'immunité sera très probablement plus longue."

On sait que l'infection naturelle par le Covid-19 confère une protection d'au moins 8 à 9 mois. Nous n'avons pas de raison de penser que la vaccination protège moins longtemps.

Paul Loubet, infectiologue

à franceinfo

De la durée de cette protection dépendra la nécessité d'effectuer un éventuel rappel, à l'image de ce que les Français connaissent avec le vaccin contre la grippe. "On ignore encore quel est le seuil précis d'anticorps neutralisants résiduels nécessaires pour assurer une bonne immunité, notamment face aux variants. Une fois que cela sera fait, on pourra déterminer quand et avec quel vaccin faire un rappel", conclut Anne-Claude Crémieux. Jusqu'à espérer une extinction totale du virus.

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