Covid-19 : où en est Sanofi dans le développement et la production de vaccins ?

Le laboratoire français a annoncé mardi l'arrêt du devéloppement de son vaccin à ARN messager, mais il continue de travailler sur un deuxième produit.

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Image d'illustration. Le vaccin développé par Sanofi, allié à son concurrent britannique GSK, s'appuie sur la technologie des "protéines recombinantes". (ARTUR WIDAK / NURPHOTO / AFP)

Sanofi abandonne son projet de vaccin à ARN messager contre le Covid-19. Le laboratoire français a annoncé, mardi 28 septembre, qu'il n'irait pas jusqu'à la phase 3 des essais pour ce produit, qui arriverait trop tard sur le marché. Le groupe continue toutefois de contribuer à la lutte contre la pandémie en travaillant sur un deuxième candidat-vaccin et en produisant des doses de ceux développés par trois autres laboratoires. Franceinfo fait le point sur les avancées (et reculades) de Sanofi dans ce domaine.

Le vaccin à ARN messager abandonné

Le laboratoire français a décidé de ne pas aller jusqu'à la phase 3 des essais, soit la dernière étape avant une commercialisation, pour son vaccin à ARN messager. Les données initiales de l'essai mené sur cette technologie sont pourtant positives, selon un communiqué de l'entreprise. Elles montrent une séroconversion, c'est-à-dire la fabrication d'anticorps, chez 91% à 100% des participants dès deux semaines après la deuxième injection, précise Sanofi. Le laboratoire assure qu'aucun effet secondaire n'a été observé et que le profil de tolérance est comparable à celui d'autres vaccins contre le Covid-19 à ARN messager, comme ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Sanofi ne développera toutefois pas de phase 3 pour ce produit car "il n'y a pas de besoin de santé publique d'avoir un autre vaccin ARN messager", explique Thomas Triomphe, le vice-président de la branche vaccins. Selon des données de la Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique, la production totale de vaccins contre le coronavirus devrait atteindre 24 milliards de doses d'ici mi-2022. "Le besoin n'est pas de créer de nouveaux vaccins [anti-Covid] à ARN mais d'équiper la France et l'Europe d'un arsenal de vaccins à ARN messager pour une prochaine pandémie, pour de nouvelles pathologies", souligne-t-il.

Sanofi compte donc développer des vaccins contre d'autres virus avec cette technologie et a déjà lancé de premiers essais contre la grippe saisonnière. Le groupe a ainsi annoncé en juin qu'il allait consacrer, d'ici à 2025, au moins deux milliards d'euros à la recherche sur l'ARN messager. "Notre objectif est de libérer le potentiel de l'ARN messager dans d'autres domaines stratégiques, comme l'immunologie, l'oncologie et les maladies rares, en plus des vaccins", a souligné Paul Hudson, directeur général de Sanofi, durant l'été.

Un deuxième vaccin en cours de développement (malgré un retard à l'allumage)

Sanofi va concentrer ses efforts sur le développement d'un autre vaccin contre le Covid-19, basé cette fois sur une protéine recombinante. Selon l'Inserm, cette technologie consiste à "utiliser la protéine spike du virus Sars-CoV-2 [qui lui permet d'attaquer nos cellules] pour aider l'organisme à reconnaître et combattre le virus si une personne est infectée". Le laboratoire français utilise déjà ce procédé pour l'un de ses vaccins contre la grippe saisonnière. Ce type de vaccin est par ailleurs relativement stable, ce qui lui permet d'être conservé à une température comprise entre 2 et 8 °C et d'être transporté plus facilement.

Le produit est entré dans la dernière phase des essais cliniques fin mai, précise Le FigaroMais Sanofi a accusé un retard de plusieurs mois dans son développement, démarré dès 2020 avec le groupe britanique GSK. Fin décembre, le duo avait en effet annoncé des résultats intermédiaires décevants sur la réponse immunitaire chez les adultes de 50 ans et plus, "potentiellement attribuables à une concentration insuffisante d'antigènes". Selon La Croix, cette "erreur" s'explique par "la mauvaise qualité d'un réactif, acheté dans l'urgence à un sous-traitant alors que le groupe le fabrique d'habitude lui-même".

Il a donc fallu retravailler la formulation du vaccin et recommencer cette étape, avant de passer à la dernière phase des essais. Dans l'espoir de livrer de premières doses dès le feu vert des autorités sanitaires, sans doute au quatrième trimestre 2021, Sanofi a déjà "démarré la production commerciale de son vaccin", rapporte Le Figaro

En parallèle, le laboratoire a lancé des études sur la vaccination de rappel. "On peut estimer qu’une troisième dose sera utile pour 'booster' le système immunitaire, en particulier chez les personnes les plus vulnérables, 6 à 12 mois après la deuxième dose", rappelle l'infectiologue Odile Launay sur le site de l'Inserm. Dans cette perspective, le vaccin de Sanofi pourrait tirer son épingle du jeu. "Sa technologie est maîtrisée, connue et utilisée dans d'autres vaccins. Cela va permettre d'offrir pour les vaccinations de rappel une alternative aux technologies existantes, notamment aux vaccins à ARN messager", a ainsi déclaré Thomas Triomphe au Figaro.

Des doses d'autres vaccins produites par Sanofi

Le laboratoire français s'est par ailleurs engagé à "contribuer à la production d'un demi-milliard de doses de vaccins autorisés" et développés par des concurrents. "Sanofi est la seule entreprise à mettre ses capacités de fabrication mondiales et son savoir-faire au service de la production de trois vaccins différents, à savoir ceux développés par Pfizer-BioNTech, Moderna et Johnson & Johnson, rappelle le groupe dans un communiqué. Les équipes de fabrication de trois de ses sites industriels, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, sont en effet à pied d'œuvre et 30 millions de doses ont été produites [à la date du 28 septembre]."

Dans le détail, Sanofi doit fournir à l'Union européenne plus de 125 millions de doses du produit de Pfizer-BioNTech, dont il assure les dernières étapes de la fabrication sur son site de Francfort. Depuis l'été, le groupe produit par ailleurs "environ 12 millions de doses" du vaccin de Johnson & Johnson chaque mois. Il a également mis son site américain de Ridgefield (New Jersey) à disposition de Moderna, depuis septembre, "pour les opérations de remplissage et finition de jusqu'à 200 millions de doses de son vaccin contre le Covid-19".

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